I. Fleury, Ht. LUI
caire. Léon III avait montré la même tolérance aux envoyés de Charlemagne qui lui avait soumis cette même question; mais il n'avait point infligé aux défenseurs du filioqtie des qualifications qui lui auraient enlevé le droit de le permettre. Jean VIII ne montrait qu'une lâche com- • plaisance pour les deux partis, et c'était dire à Photius : Fais de moi ce que tu voudras. Ce patriarche n*y manqua point. Le pape lui avait ordonné de demander miséricorde au concile pour ses vieux péchés, et Photius lui répondit que ceux-là seulement qui avaient mal fait devaient demander miséricorde. Il maintint les évêques grecs en Bulgarie, où Jean VIII prétendait rétablir la juridictionjde l'Église latine. Il fit mettre en prison le légat Marin qui lui apporta plus tard les répliques du pape et qui refusait de souscrire à l'abrogation des conciles qui l'avaient condamné. Il écrivit enfin aux évêques français qui persistaient à altérer le Symbole de Nicée.
Jean VIII était moins touché de cette altération que des invasions et des menaces des Sarrasins. La flotte de Basile leur avait fait éprouver des pertes. Mais leur nombre augmentait tous les jours ; et telle était leur puissance que l'évêque de Naples Athanase avait fait alliance avec eux pour conjurer leurs ravages. Le pape s'indigna d'un traité pareil. Il excommunia un prélat qui se faisait l'allié des infidèles ; et ne le releva de cette excommunication qu'en lui imposant la condition de lui envoyer les chefs des Sarrasins après avoir égorgé tous les soldats. C'était une barbarie bien inutile; et il y avait presque de la folie à ordonner ce qu'un malheureux
évéque était hors d'état d'accomplir ^ Hais le pape n'avait pas d'autres armes. Il lui restait seulement uoe couronne impériale que Louis le Bègue avait oublié ou dédaigné de réclamer comme un héritage de son père; et Jean VIII l'offrit au roi d'Allemagne pour l'engager à ve* nir le défendre. Charles le Gros vint la prendre lo jour de Noël 881. Il reçut le serment des Romains et n'envoya point de secours, malgré les instances du pape qui ne cessait de lui reprocher son ingratitude. Certes, si les quatre donations avaient été réelles, ces deuK ou trois Papes les avaient bien souvent rétrocédées à qui les avait voulues. Mais que pouvaient-ils faire de cette propriété si précaire? Les évêques mêmes d'Italie se moquaient des commandements du pape. Ânspert, archevêque de MSIan, sommé cinq fois de comparaître devant un concile, n'avait obéi à aucune de ces citations. Excommunié par le pape, il n'en continuait pas moins ses fonctions épiscopales. Il instituait des évéques malgré les défenses de Rome^ et Jean VIll avait fini par céder pour être en paix avec lui ^, L'archevêque de Ravenne avait montré la même résistance aux sommations du pape; et celui-ci les avait révoquées sans que le rebelle se fût humilié. Le peuple de Capoue avait chassé son évêque Landulfe dont le pape avait cependant autorisé l'ordination, et mis à sa place un laïque marié du nom de Landenulfe ; mais ce laïque était le frère du gouverneur de Capoue qui combattait contre les Sarrasins, et Jean VIII, qui avait tant soutenu
i. amdles, t. IX, p. 336.
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contre Photius rinterdiction des laïque39 donna un nouveau démenti à l'infaillibilité en autorisant le sacre de Landenulfe. Plusieurs évéques, appuyés par le puissant abbé de Montcassin, s^étant révoltés contre cette dé* cision, le pape partagea en deux Tévéché de Capoue pour satisfaire les deux partis «. Charles le Gros, le nouvel empereur, ayant nommé l'évêque Optandus au siège de Genève, Jean VIII s'était empressé de le consacrer. Mais l'archevêque de Vienne Otram avait bravé à la fois l'empereur et le pape en repoussant cet étranger d une église dont il était le métropolitain, et en ajoutant que le roi d'Arles Boson avait seul le droit de confirmer l'électioii d'un évéque de Genève. Cité par le pape devant un concile de Rome, excommunié comme les autres, il se joua de la citation et de l'anathème, et Jean VIII aurait cédé sans doute si la mort ne l'eût délivré de ce nouvel étnbarras. Qui dirait que la papauté ne comptait que quinze années depuis la mort de Nicolas? Mais si elle avait dégénéré à ce point, la puissance épiscopale s'était considéraMe* ment agrandie. Toute l'ambition, toute l'opiniâtreté des anciens évéques de Rome avaient passé dans l'esprit de tous les dignitaires de l'Église. Les anciens Papes avaient tenté de dominer les rois et ils en avaient été souvent punis. Les évéques du neuvième siècle étaient les maîtres des rois comme des peuples.
Le vieil Hincmar abusait de la faiblesse des 61s de Louis le Bègue. Ces rois de France ayant fait élire ua évêque du nom d'Odacre pour le siège de Beauvais, un