‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 213 sur 268 · Flenry, Uv. LVI, ch. xi · texte numérisé non relu

Flenry, Uv. LVI, ch. xi

jetés dans la boue. Jean XIII fut plus cruel encore envers le préfet de Rome qui fut livré à sa vengeance. On le tortura de mille manières. Il fut fouetté, emprisonné, promené sur un âne dans les rues de Rome et banni enfin de Tltalie. L'empereur, avant de partir, fit couronner son fils Othon par le pape, et il est probable qu'il ne croyait pas lui donner par là le droit de* disposer des diadèmes. Il eut en même temps l'idée de marier ce même fils à la fille de Romain le Jeune, empereur d'Orient, et Luitprand fut envoyé par le pape à Gonstantinople pour demander la main de la princesse. Romain Porphyrogénète n'y régnait déjà plus. Nicépliore Pho(*as avait exilé ses fils et usurpé le trône. Ce nouveau César trouva étrange que la lettre du pape fût adressée à l'ehipereur des Grecs; il s'indigna qu'un Allemand eût diminué son empire en prenant le titre d'empereur des Romains. Il répondit par des perfidies dont cet Allemand se vengea par de nouvelles victoires. Gette ambassade n'essuya que des mépris et des injures. Luitprand raconte lui-même que son compagnon et lui furent traites d'esclaves mystiques, de gueux couverts de haillons. Ils furent mis en prison, et ne furent admis à l'audience du patrice Christophe que pour être abreuvés d'injures. Cet eunuque ne voulut pas même donner le nom de pape à un liomme qui avait, disait-il, communiqué avec un sacrilège et un adultère tel que Jean XII. « Votre pape, » ajouta Christophe, est un impertinent de ne donner à • notre maître que le titre d'empereur des Grecs. Ne > sait-il pas que lorsque Constantin transféra lempire à » Byzance, il emmena tout le sénat et la noblesse ro-

» maine, qu'il ne laissa à Rome que des esclaves, des » péclieurs et une vile populace. Votre pape est indigne » de recevoir des lettres de l'empereur. Le curopalatc lui • répondra, et s'il ne se corrige, dites-lui qu'il est perdu » sans ressource. » Christophe se vantait, et l'armée grecque envoyée à Naples expia cette impertinence; mais elle montra le peu de cas que l'Église d'Orient faisait alors de celle qui prétendait toujours la dominer, et il faut avouer que les peuples d'Occident donnaient un grand exemple de constance en tolérant les scandales qui souillaient alors la capitale et le chef de leur Église. Ces scandales se renouvelèrent îi la mort de Jean XIII et d'Othon le Grand; Benoît VI fut assassiné en 973, Tannée même de son avènement, par le tribun Crescentius. chef du parti opposé à l'empereur. Il était fils du pape Jean X et de Théodora, et rêvait le rétablissement de la république romaine à condition d'en être le dominateur suprême, suivant l'usage de la plupart des modernes imitateurs de l'antique Brutus. Un misérable du nom de Francon, qui l'avait poussé à ce parricide, fut imposé au saint-siégesous le nom de Boniface VII par la faction du tribun. Cette faction était celle des comtes de Tusculum, cadets de cette maison de Toscane qui avait longtemps disposé de Rome et de la papauté. Ces comtes partageaient avec Crescentius le gouvernement de la ville. Mais on ne sait quel motif les porta à se débarrasser de ce même Boniface, leur complice. Il y a une telle confusion dans les annalistes de ce temps que la suite même des Papes en est fort incertaine. Il est seulement avéré que Boniface VII fut déposé et chassé par

ceux qui l'avaient fait élire, qu'il emporta le trésor de saint Pierre à Constantinople; mais nous l'en verrons revenir pour commettre de nouveaux sacrilèges. Crescentiuset les comtes de Tusculum lui donnèrent pendant son absence deux successeurs qui prirent les noms de Domnus II et de Benoit VU. Celui-ci était de leur famille. £t cest pendant son pontificat qu*eut lieu le voyage de l'empereur Othon II et de l'impératrice Théophanie, cette fille de Romain le Jeune, que Jean Zimiscès, assassin et successeur de NicéphorePhocas, lui avait accordée.

Que croire maintenant de cet horrible festin pendant lequel Othon II aurait fait massacrer les principaux chefs delà faction qui lui disputait Tautorité dans Rome? aucun contemporain n'a parlé de ce guet-apens. C'est seulement deux siècles après qu'on le trouve dans les vers léonins du Panthéon d'un Godefroy de Viterbe, secrétaire et chapelain de trois Césars d'Allemagne ; et il n'a pas d'autre authenticité que d'avoir été répété par Sigonius et par le Père Maimbourg. Mais la prolongation des jours de Crescentius est un puissant argument à opposer à ce massacre. C'est lui qu'on aurait dû tuer avant tous les autres, et cependant il continue à gouverner Rome sous le titre de consul pendant vingt autres années. Il y eut pourtant des lacunes dans son gouvernement, puisqu'à la mort d'ûthon II, nous voyons Tinipératricc Théophanie commander en Italie et dans Rome comme tutrice de son fils Othon III. Crescentius se cachait sans doute dans ces intervalles, mais dès que cette cour assez vagabonde retournait en Allemagne, le

consul reparaissait à Rome dans la plénitude de sa puissance. Le pape Jean XIV fut nécessairement élu pendant le séjour de Théophanie, dont le mari l'avait déjà nommé chancelier d'Italie. Mais son pontificat ne dura que quatre mois. Boniface VII avait quitté Constantinople dt's r|u'il avait appris la mort d'Othon II; et la faction de Crescentius le replaça sur le saint-siége qu'il déshonora par de nouveaux crimes. Dieu ne l'y souffrit que pendant onze mois; mais ces derniers jours de son exécrable vie furent signalés par un nouveau parricide. Il fit mourir Jean XIV de faim dans les cachots du môle Adrien. Et si l'on doutait de la participation de Crescentius au rétablissement de ce misérable, il suffirait de dire que cette forteresse était la demeure du consul et qu'elle n'était connue alors que sous le nom du château de Crescentius avant de prendre celui de Saint-Ange. On dit que Boniface VII fut assassiné par ses propres domestiques; mais on ne peut attribuer l'élection de son successeur Jean XV à la faction de son protecteur, car, peu do jours après, ce nouveau pape s'enfuit de Rome pour échapper à la vengeance de Crescentius. Il alla se réfugier en Toscane dans un domaine de l'Église. Mais la faction n'eut pas le temps d'en nommer un autre. Othon III et sa mère revenaient d'Allemagne; et au seul bruit de leur retour, Crescentius s'était hâté de rappeler ce pape impérial et de le rétablir dans le palais de Latran.

Il est triste de n'avoir à raconter que des assassinats, des sacrilèges, des révolutions purement politiques, dans une histoire consacrée au développement de la puissance des Papes. On ne sait où et comment il auraient trouvé

le temps d'exercer leur autorité spirituelle. L*ÉgUse allait partout d'elle-même : en France, en Allemagne, en Angleterre, les évéques seuls soutenaient la foi et l'existence de la papauté en parlant au nom de celui qui en était revêtu. Quant à leur puissance temporelle, par où les Papes pourraient-ils prouver qu'ils l'ont exercée après la donation d'Othon le grand? quel acte d'autorité pourrait-on citer dans les provinces comprises dans celte donation? On n'y voit que des gouverneurs et des troupes allemandes. Ils ne sont pas même maîtres de Home. Ils n'y sont que les sujets de l'empire ou les esclaves de la faction opposée. Un document de la plus haute importance va nous peindre leur honteuse situation, et ce sont des évêques français qui nous la feront connaître. La France avait changé de dynastie. La race capétienne y avait succédé à celle de Charlemagne, et les évéques avaient pris.une grande part à cette révolution, sous la direction de l'archevêque de Reims Adalbéron. Hugues Capot avait été couronné par lui, mais il restait un faible rejeton des Carlovingiens dans la personne du duc Charles de Lorraine, que soutenait un assez bon nombre de seigneurs mécontents. A la mort d' Adalbéron, Hugues Capet avait donné le siège de Reims à l'évêque Arnoul, frère naturel de Charles, dans l'espoir de rompre cette coalition. Mais Arnoul l'ayant trahi pour se rallier au parti de son frère, Hugues les avait battus dans plusieurs combats, et les deux frères s'étaient réfugiés dans la ville de Laon. Un concile avait déposé l'archevêque Arnoul; mais l'usurpateur qui avait dépouillé un roi, ne se crut pas assez fort pour dépouiller un dignitaire de

l'Église. Capet demanda au pape de confirmer la déposition d'Arnoul, qu'il appelait un nouveau Judas, titre injurieux que les deux Carlovingiens lui auraient rendu s'il avait été vaincu. Les sullragants de Reims écrivirent en même temps contre leur archevêque, et prièrent le pape d'autoriser sa déposition.

Ce témoignage de respect pour l'évéque de Rome de la part d'Hugues Capet était d'autant plus étonnant, qu'il avait assisté comme duc de Paris au couronnement d'Othon le Grand, et qu'il avait vu sur le saint-siége un jeune homme méprisé de tous et un clergé sans mœurs et sans puissance. Mais les évéques de France avaient tant d'autorité qu'il devait en supposer une fort grande dans le chef de toutes les Églises. Jean XV fut peu touché de cette déférence. Prévenu par un envoyé du comte Herhert de Vermandois qui restait fidèle à la maison de Charlemagne, il reçut fort mal les envoyés de l'usurpateur. Il leur interdit l'entrée du palais et les renvoya sans daigner répondre aux lettres qu'ils lui avaient apportées. Hugues Capet et ses évéques se passèrent de son autorisation. L'évéque Anselin lui ayant livré la ville de Laon et les deux Carlovingiens, il fit juger Arnoul par un synode assemblé à Reims, le dépouilla de son siège et lui substitua l'abbé Gerbert, qui devait être pape sous le nom de Sylvestre II.

Ce synode acquit une grande célébrité par le discours qu'y prononça un autre Arnoul, évêque d'Orléans, et que je devrais, transcrire en entier pour montrer l'état de l'Église de Rome et les privilèges que l'épiscopat de France avait conservés. Mais en l'abrégeant, j'aurai soin

de ne rien oublier d'essentiel. Le vieil Arnoul proteste d'abord de sa vénération pour le saint-siége. Mais il ne pense pas qu'on en viole les prérogatives en jugeant un évéque suivant les anciens canons : € Que Rome est à » plaindre, ajoute-t-il, elle qui après avoir produit tant » de grandes lumières, répand aujourd'hui des ténèbres

• aussi monstrueuses I Nous avons vu autrefois des Léon, » des Grégoire, un pape Gélase, un pape Innocent. Qu'a- » vons-nous vu de nos jours? Un Jean XII plongé dans de » sales voluptés, conspirant contre son bienfaiteur Othon, » mutilant ses adversaires; un Léon VIII détrônant, f exilant son compétiteur ; un Boniface VII, le plus 1 méchant de tous les hommes, couvert du sang de son » prédécesseur, faisant mourir en prison le grand pape

• Jean XIV. Est-il ordonné que tant d'évêques distini gués par leur science et leur vertu, seront soumis à de 1 pareils monstres, vides de science humaine et divine

• et couverts d'infamies aux yeux des hommes? C'est

• notre faute ; c'est que nous ne cherchons que nos » intérêts et non ceux de Jésus-Christ. C'est qu'on

• met dans le premier siège de l'Église celui qui ne « mériterait pas la dernière place du clergé. Et quel est » cet homme assis sur un trône éclatant d'or et de pour*

• pre? C'est un antéchrist assis dans le temple de Dieu

• et se montrant comme Dieu lui-même. S'il n'a ni charité » ni science, c est une idole ; et le consulter, c'est con- » ^ulter le marbre. C'est en Belgique, c'est en Germanie

• qu'il faudrait chercher d'excellents évêques plutôt qu'à

• Rome où tout est vénal, où les jugements se vendent » au poids de l'or. Si quelqu'un dit comme Gélase qu'il

> juge toute l'Église et ne peut être jugé lui-même, qu'on » mette à Rome un pape dont le jugement ne puisse » être réformé. Mais quand il n*y a personne qui étudie, » de quel front osent-ils enseigner ce qu'ils n'ont, point » appris? Si on peut tolérer l'ignorance dans un simple » évéque, elle est intolérable dans un pape qui doit juger » de la foi, des mœurs, delà conduite des évoques, en un » mot de l'Église universelle. Damase a dit dans sa lettre

> aux Africains que les causes dés évêques, que toutes » les grandes affaires devaient être portées aux Papes. » Nous l'avons fait. Celle-ci lui a été portée par nous et ï par notre prince ; et on a donné au pape toute la liberté » de s'instruire et déjuger. Nous ne jugeons que parce » qu'il ne veut pas le faire lui-même; et qu'il nous faut » absolument un évêque. » Arnoul d'Orléans rappelle alors les causes qui peuvent être portées devant les conciles provinciaux, les canons qui autorisent leur convocation sans l'intervention des Papes. Il infirme enfin leur autorité, si elle se trompe, par ces paroles remarquables contres lesquelles l'infaillibité a peine à se soutenir : i Nous avons, dit-il, porté cette cause devant lui, qu'il » prononce ! Si son jugement est juste, nous I e recevrons » en paix. S'il ne Test pas, nous n'oublierons pas que » l'apôtre ordonne de ne pas écouter même un ange con- » tre l'Évangile. Si Rome se tait, consultons les lois, car » où nous adresserons-nous puisque Rome semble aban- » donnée de tout secours humain et divin et s'abandonner » elle-même? Depuis la chute de l'empire d'Occident, » elle a perdu les Églises d'Alexandrie et d'Antioche, » l'Europe même commence à la quitter. L'Église de

» Constantinople s*est soustraite à sa domination, celle

• d'Espagne ne connaît pas sesjugements. C'est donc cette » révolte dont parle Tapôtre, non-seulement des nations

• mais des Églises, qui annonce l'approche de Tanté- » christ. » Et le vénérable évéque d'Orléans conclut qu'il ne faut plus consulter que les canons pour juger le coupable.

Ce discours, arrangé peut-être par Gerbert qui se fit l'historien de ce synode, est le plus fort qu'ait produit l'Église gallicane; et on s'étonne en le lisant que la papauté ait pu sortir de l'abîme où elle était tombée., et triompher du mépris que lui avaient attiré les vices et l'ignorance des vingt Papes que nous venons de rencontrer. Mais Jean XV montra qu'elle était plus puissante qu'on ne le disait. Il n'approuva ni la déposition d'Arnoul de Reims ni l'élection de Gerbert. Il interdit tous les évêques qui y avaient coopéré. Gerbert résista vainement. Il eut beau dire que le jugement de Rome n'était pas plus puissant que celui de Dieu, que si le pape pèche contre un de ses frères et n'obéit pas à l'Église, il doit être regardé comme un païen ; il eut beau répéter, en écrivant à l'évêque de Strasbourg, que le silence du pape ne saurait préjudicier aux lois établies, qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Hugues Capet écrivit vainement, avec plus de respect qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, qu'on n'avait rien fait contre Sa Sainteté, il l'engagea vainement à venir s'entendre avec lui. Jean XV ne bougea ni ne recula. II chargea un légat d'aller déposer Gerbert dans un concile. Il désigna la petite ville de Mouson dans le diocèce de Reims. Les

évêques de France, convaincus de la légalité de leurs actes, dédaignèrent de s'y rendre. Il n'en vint que trois de l'Allemagne avec l'archevêque de Trêves. On ne pouvait dire à qui resterait la victoire. Gerbert, sûr de ses juges, comparut à Mouson. il se justifia de toutes les accusations dont il était l'objet; et le légat Léon n'osa le déposer. II prétexta que cette assemblée était trop peu nombreuse; et les évêques présents en convoquèrent une autre dans la métrople de Reims, après s'en être entendus avec le duc Godefroy de Lorraine qui avait assisté à ce synode. Ces évêques conseillèrent à Gerbert de suspendre ses fonctions jusqu'au jugement ; il hésita quelque temps, mais il céda à leurs instances. Le légat Léon sentit de son côté que la violence aurait tout perdu, et il s'en remit au temps et k la ruse. Hugues Capet et Jean XV ne virent point la fin de cette querelle.

Ce dernier mourut au mois d'avril 996 sans avoir obtenu la liberté d' Arnoul, que le roi retenait en prison pour prouver au pape que s'il respectait ses décisions spirituelles, il ne voulait pas lui sacrifier les prérogatives de la royauté. Le peuple et le clergé de Rome obéissaient en même temps aux lois établies par Othon le Grand, en demandant à l'empereur Othon III la permission de se donner un pape; et l'empereur leur désigna son propre neveu Brunon qui, malgré son âge de vingt-quatre ans, était déjà évéque de Verdun. Les Romains s'empressèrent d'obéir. Brunon fut élu, et prit le nom de Grégoire V. Othon III le suivit de près et se fit couronner par lui le 25 mai 996. Sa prévoyance lui conseilla de se défaire de Crescentius qui avait troublé les jours de Jean XV. Mais l'imprudence

du jeune pape implora malheureusement la clémence de son oncle pour ce rebelle, et il ne tarda point à s'en repentir. Dès que l'empereur eut repassé les Alpes, Crescencius souleva le peuple contre un pape allemand, se fit réélire consul, dictateur même de la république romaine, chassa Grégoire V de Rome, et vendit le saintsiège à un moine nommé Philagathe qui était déjà évéque de Plaisance. Tout était vénal à Rome comme l'avait dit révêque d'Orléans. Ceux qui achetaient la papauté vendaient les palliums et les décisions canoniques; et Jean XY était cité comme un simoniaque dans toute l'Europe qui ne respectait pas moins en lui le successeur de saint Pierre. Philagathe prit le nom de Jean XVI, mais cet antipape ne le garda pas longtemps. Othon III revînt, et prit d'assaut le château Saint-Ange avec Crescentius et son évéque. Ils furent promenés tous deux sur un âne, le visage tourné vers la queue, châtiment fort usité à Rome depuis un siècle, mutilés et tués par la populace, ou par l'prdre de l'empereur, car l'histoire est tellement embrouillée qu*il est difficile de connaître exactement les événements de cette époque. Bayle a dit à ce sujet, que s'il se hasardait à condamner ceux qui rapportent un fait do certaine manière, on ne manquerait pas de témoins à lui opposer. Quoi qu'il en soit, Rome fut délivrée de son tyran et Grégoire V reprit possession de son siège en 998.

C'est lui qui renoua l'affaire de l'archevêché de Reims. Hugues Capet était mort; et son fils Robert, trop docile envers Rome, avait mis l'archevêque Arnoul en liberté. Le légat Léon travaillait sourdement contre Gerbert, et

le concile de Reims ne fut pas même tenu. C'est le roi Robert et le pape Grégoire V qui terminèrent ce dilFérend. Abbon, abbé de Fleury, fut leur intermédiaire. Envoyé à Rome par le roi, il en rapporta l'ordre de rétablir Arnoul et de chasser Gerbert. Les évéques de France, qui avaient montré tant d'énergie, se laissèrent enlever leurs privilèges. Arnoul reprit son siège par le seul ordre du pape, et Gerbert s'enfuit à la conr d'Othon III qui lui donna rarchevêché de Ravenne. Grégoire V obtint ainsi une grande victoire en faisant reconnaître par le clergé de France, qu'un évêqûe ne pouvait être déposé, même sur sa propre confession, sans le consentement de Rome. Si cet évêque en avait appelé au saint-siége, le pape eût été dans son droit, suivant le concile de Sardique. Mais l'appel n'avait pas été fait, et les lois de l'Église ne permettaient pas au pape de s'en mêler, tandis que le concile de Nicée autorisait les évêques qui avaient déposé Arnoul. L'opiniâtreté de l'évêque de Rome triompha nonseulement de l'Église gallicane, mais de l'Église entière; et le cardinal Raronius n'a point manqué de célébrer le triomphe du saint-siége en accablant le futur pape Gerbert des injures les plus grossières *. La fortune de celui-ci n'en fut pas plus interrompue que les libertés de l'Église gallicane qui prit souvent d'éclatantes revanches et que défendirent plus tard, à propos de cette même alfaire, Pierre de Marca et le célèbre Arnauld. L'opinion même des contemporains la soutenait encore, comme l'atteste la Chronique de Raoul Glaber, qui, en vagabon-

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