‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 215 sur 268 · Raoul Glaber, liv. II, ch. iv · texte numérisé non relu

Raoul Glaber, liv. II, ch. iv

trop disposé à suivre ses conseils. Il fit casser le mariage du roi de France par un concile de vingt-huit évêques italiens, en présence de l'empereur Othon III. Il excommunia les deux époux et tous les évêques qui les avaient autorisés. La résistance de Robert donna lieu à un nouvel empiétement, et c'est la première fois qu'on entend parler d'un interdit jeté sur un royaume. Cet acte de Grégoire V est aux yeux de la raison comme de la politique une injustice atroce, une monstruosité inouïe. Dans quelle loi divine pouvait-il puiser une mesure qui punissait tout an peuple pour le crime d'un roi? Et quel crime! je ne veux point l'examiner, mon siècle ne le comprend plus. Je m'attache aux conséquences de cet acte sauvage : les temples abandonnés, le sacrifice suspendu, les images, les vases sacrés dans la poussière, recouverts d'un voile noir comme les autels; les morts sans sépulture, les mariages célébrés dans les cimetières; et ces horreurs sont inllig es à tout un peuple qui n'a outragé ni le ciel ni lEglise, qui n'a violé ni la loi ni les mœursl Et sur quel principe est fondée cette odieuse invention d'un fanatique! Ce pape allemand prétend-il forcer le peuple de se mettre en révolte ouverte contre son souverain? Mais alors c'est le parjure qu'il conseille, c'est la guerre civile qu'il provoque, c'est le bouleversement d'un empire, l'anarchie, le régicide qu'il ordonne, car le peuple de France était façonné pour cette rébellion. Esclave d'une superstition ridicule, il approuvait la sentence dont son roi était frappé. Robert fut abandonné même par ses domestiques, les deux qui lui restèrent ne touchaient rien de ce qu'il avait touché, ils jetaient aux chiens ce qu'ils

desservaient de sa table *. Les moines comptaient trop bien sur la crédulité de ce peuple pour ne pas accroître ses terreurs par un miracle. Ils publièrent que la reine Berthe avait engendré un monstre avec une tête et des pattes d'oie, et le peuple crut à cette invention d'un fanatique*.

C'était assez pour illustrer un pontificat. Grégoire V mourut le 18 février 998, et Gerbert parvint à cette dignité. Après sa déposition de Tarchevêché de Reims, il avait obtenu^ comme je Tai dit, le siège de Ravenne de Tamitié d'un empereur dont il avait été le précepteur, et c est encore à la faveur d'Othon III qu'il dut son élévation. Baronius a écrit qu'il était indigne d'occuper un siège qu'il avait diffamé. D'autres, comme Platine, font intervenir le diable dans son élection en l'accusant de magie comme tous ceux qui s'occupaient alors de science. Un Jacobin polonais qui vint à Rome dans le seizième siècle pour continuer les Annales de Baronius, crut devoir le défendre de ces ridicules accusations; mais il poussa trop loin sa complaisance en lui créant une généalogie qui, par le roi d'Argos Temenus THéracIide, le faisait remonter jusqu'à Hercule et à Jupiter. Ce paysan d'Aurillac, qui ne se doutait pas d'avoir eu de pareils ancêtres, prit tout bonnement le nom de Sylvestre II et fit voir par le premier de ses actes que les souvenirs de Reims troublaient sa conscience. Mais il ne parla plus qu'en pontife suprême. La condamnation d'Arnoul n'a été révoquée

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