‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 217 sur 268 · Muratori, t. VI, p · texte numérisé non relu

Muratori, t. VI, p

Tan 1001 . C'est là, dit-on, que par esprit de piété, il ne prit plus que le titre de serviteur des Apôtres; et les ultramontains, qui profitent de tout, en ont conclu plus tard qu'il faisait ainsi l'aveu que le titre d'empereur ne lui donnait d'autre qualité que celle d'avoué ou de défenseur de l'Église romaine. S'il en est ainsi, c'était à lui de prêter serment au chef de cette Église. Pourquoi donc les Papes lui juraient-ils fidélité? Othon III ne survécut pas longtemps à cet acte d'humilité chrétienne, il mourut dans les bras de Sylvestre le 13 janvier 1002 ; et^ comme tous les événements de ce temps, sa mort fut attribuée à diverses causes. La version la plus dramatique est celle que Gibbon a adoplée, en disant que la veuve de Crescentius se donna le plaisir de venger son mari en empoisonnant l'empereur dont elle avait fait son amant ^

C'est pendant le pontificat de Sylvestre II que Robert de France, voyant la détresse où l'interdit avait jeté son peuple, se soumit à l'autorité du saint-si«'?ge en renvoyant la reine Berthe. Mézeray raconte qu'avant de s'y résoudre il avait fait un voyage à Rome pour fléchir le pape, et qu'il y avait perdu ses peines et ses prières. Sylvestre fut implacable, il laissa agir l'interdit, cette mine inventée par Grégoire V pour faire sauter les rois et les empires. C'était un grand levier que la cour de Rome venait de trouver pour soulever le monde ; et il ne fallait ni force ni génie pour le manier. La simple volonté d'un homme y suffisait; le fanatisme des peuples faisait le reste. Encore deux ou trois règnes et l'usage ou l'abus qu'eu feront

i. Gibb, ch« XLix.

les Papes sera fécond en désordres, en bouleversements de toute espèce; et il faudra pour le détruire le travail incessant de huit siècles.

On a fort exagéré les qualités de Sylvestfe II. Il était versé dans toutes les sciences de son temps, il montrait plus de respect que ses prédécesseurs pour les conciles, et ne décidait rien que sur leur avis. Mais comment concilier ses paroles d'archevêque et ses sentiments de pape? Que dire de son étrange, de sa brutale sentence contre le vicomte de limoges? Ce vicomte, nommé Guy, sollicitait de révêque d' Angoulême la jouissance de l'abbaye de Brantôme, et, sur le refus de l'évéque, il l'avait jeté dans une prison. L'appel de ce captif devait, suivant toutes les lois, être porté devant le roi de France; mais Robert étant excommunié, c'est au pape que l'évéque demanda justice. Le vicomte fut mandé à Rome ; et il eut la faiblesse d'obéir à la sommation d'un pape qui s'établissait de sa propre autorité juge criminel d'un seigneur laïque. Un de ses |)rédécesseurs avait rêvé cette monstruosité, mais on n'avait jamais exécuté ce décret. Sylvestre II l'osa et sa sentence fut d'une révoltante barbarie. Il ordonna que le coupable serait attaché au cou de deux chevaux indomptés, que son corps traîné sur la terre, brisé, déchiré, serait jeté à la voirie, et il ne donna qu'un sursis de trois jours pour l'exécution de cet arrêt. L'évéque qui en fut chargé fut heureusement plus doux que le pape. 11 eut horreur de tant de cruauté et se sauva de Rome avec le vicomte *. Comment qualifier cet acte d'un

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