Méieray, t. II, p
vicairede Jésus-Ghrist?Avait-il le droit de commencer une pareille procédure, de rendre un pareil jugement, prélude de ce qui attend les rois eux-mêmes dans le siècle qui vient à peine de s'ouvrir ? Ah ! si, comme Tont prétendu les moines, il y avait du diable dans la vie de ce pape, c'est dans ce jugement qu'il faut le chercher, plutôt que dans son avènement et dans sa mort, comme l'ont fait ses ennemis. C'est au diable, disent les uns, qu'il s'était donné pour être pape. C'est le diable, disent les autres, qui le fouette jusqu'au sang et le fait mourir sous son fouet. Un troisième ajoute que ses os s entre-choquaient dans sa tombe quand un pape devait mourir. Un quatrième, compilateur d'une chronique belge, dit que c'était une chose avérée que dans ce même cas sa tombe jetait des larmes. Voilà comment les moines du moyen âge écrivent l'histoire ! voilà les conservateurs des trésors littéraires de l'antiquité ! On ne sait quels sont les plus stupides, ou de ces chroniqueurs ou de leurs panégyristes.
Sylvestre II mourut le 12 mai 1003 et fut remplacé par Jean Sick ou Sicco qui passa cinq mois sur la chaire apostolique sous le nom de Jean XVIi, et la laissa le 19 mars 1004, à Jean Phaïsan qui prit le nom de Jean XVIII. Celui-ci régna cinq ans sans honte et sans gloire, fut très-respectueux pour les conciles, et eut le bonheur d'apprendre que TËglise deConstantinople était unie à l'Ëglise romaine, que le nom du pape était cité à la messe comme celui du patriarche, sans que l'histoire nous ait fait connaître comment et par qui s'était opéré ce rapprochement. Serge IV, son successeur en 1009, montra une grande charité pour les pauvres, un grand zèle pour
l'Église; et, à sa mort, en 1012, reparut le faction des marquis de Toscane, qui firent élire un fils du comte de Tusculum leur parent, pendant qu*une autre faction élisait un autre évéque du nom de Grégoire. Le premier l'emporta d'abord et prit le nom de Benoît VIII. Mais la faction opposée ayant repris le dessus, il s'enfuit en Allemagne et courut implorer l'assistance de Henri de Bavière, nouveau roi des Germains. Benoît Vlil parut devant ce monarque dans tout l'appareil de la puissance pontificale, et il obtint de la piété de ce prince beaucoup plus qu'il n'osait espérer lui-même. Cette alliance d'un roi dévot et d'un pape ambitieux fut fatale à la royauté et procura de grands avantages au saint-siége. Henri II suivit Benoît VIII en Italie, et la seule annonce de son arrivée suffit pour réduire les Bomains qui, toujours mécontents de leurs maîtres, étaient toujours prêts à les changer. Ils se hâtèrent de chasser leur antipape Grégoire; et Benoît recompensa la piété de son royal protecteur en lui ceignant la couronne impérfale.
Les détails de ce nouveau couronnement doivent être remarqués parce qu'ils furent de nature à accréditer cette opinion fatale que les Papes seuls pouvaient décerner le diadème. Pour même faire sentir en quoi il différait des précédents, résumons en peu de mots ce qui s'était passé jusqu'alors. J'ai déjà dit que Charlemagne avait senti toute la portée de cet acte, que pendant tout son règne il s'était efforcé d'en atténuer les effets. Il n'attendit pas les ordres de Bome pour associer son fils à l'empire, et pour anéantir les conséquences du couronnement par le pape ou par un évéque, il lui ordonna de
prendre lui-même cette couronne. Louis le Débonnaire montra dès son avènement qu'il avait compris son père, et il agit comme maître de Rome en châtiant une révolte du peuple romain. II continua cette tradition en léguant le titre d'empereur à son fiIsLothaire, mais il l'affaiblit en ne lui laissant qu'une mince partie de Tempire. Lothaire partagea avec son fils Louis II la puissance impériale, mais il la diminua encore et il y eut en France et en Allemagne des rois plus puissants que Tempereur, qui n'était plus rien dès qu'il ne réunissaitpas tout dans ses mains. Louis II étant mort sans héritiers, les exemples de ses aïeux furent perdus. Le pape Jean VIII se hâta de couronner Charles le Chauve, et Louis le Germanique son frère aîné eut le tort de le souffrir. Il fit croire au pape que c'était à lui seul de décerner cette couronne. Louis le Bègue n*osa ni la prendre ni la demander *, et le pape n'eut point envie de l'offrir à un prince aussi faible de corps et d'esprit. II oublia même les droits héréditaires de la maison de France pour l'adjuger à Charles le Gros, le dernier des fils de Louis le Germanique. Cet empereur étant mort, nous avons vu cette couronne passer sur la tôte de quelques seigneurs italiens qui ne pouvaient que la dégrader, avant qu'Othon le Grand lui fit l'honneur de la convoiter. On dut croire qu'elle allait reprendre toute sa dignité, quand on vit cet empereur faire justice des trahisons de Jean XII, et se faire même accorder le droit d'élire les souverains-pontifes. Mais son fils Othon II, associé de son vivant à l'empire, le soutint
i. Hist. Univ., t. LXXIX, p. 186.
avec moins d'éclat, et sa veuve Théophanie eut tort d'attendre qu'il plût au pape de la conférer à son flls Othon ni, que, dès la mort de son époux, cette fille d'un César byzantin aurait dû déclarer empereur. Mais enfin les plus faibles de tous ces princes avaient reçu le serment de fidélité des Papes qui les couronnaient, et conservé le droit de confirmer leur élection, quand ils ne la faisaient pas eux-mêmes. Le dévot Henri II, que le saintsiège a eu raison de canoniser pour avoir avili cette dignité à son profit, lui porta le coup de grâce en déposant sur l'autel de Saint-Pierre la couronne royale qu*il tenait de l'hérédité, pour ne garder que celle dont le pape Tavait gratifié. Il en abandonna toutes les prérogatives, le droit d'élection et de confirmation; il affranchit même les Papes du serment de fidélité qu'ils lui prêtaient. C'est au contraire Benoît VIII qui se fait prêter ce serment à luimême et à ses successeurs par cet Henri II de Bavière dont la dévotion obscurcissait la prévoyance et qui abdiquait sa dignité *. M. de Saint-Marc a nié ce serment dans son Abrégé chronologique ^, mais il était bien loin de l'événement. Tout ce que j'en dirai, c'est que le pape et l'empereur étaient capables l'un de l'exiger, Tautre de le faire. Muratori démontre aussi la fausseté du diplôme par lequel Henri H aurait renouvelé les donations *, mais il y a tant de ces prétendus renouvellements que Baroniusaurait pu se passer de celui-là. Ce (jui est plus sûr, c'est l'opinion du temps, recueillie et résumée dans
i. Dilhmar, Chron, Sax., liv. VII.