I. Epist. V
venant aux paroles de saint Paul sur le mariage, ajoutant qu'il était cruel de vouloir les forcer à vivre comme des anges, et qu'ils renonceraient plutôt à la prêtrise qu'à leurs femmes *.
La naïveté de ces étranges justifications prouve que les colères de Grégoire VII n'étaient pas sans fondement; et s'il s'était borné à réprimer ces désordres au lieu d'y chercher un prétexte pour humilier les puissances de la terre, l'histoire le compterait au nombre des plus illustres réformateurs de l'Église. La juste sévérité de ses reproches lui attira plus que des outrages de la part des évéques d'Italie et d'Allemagne. Une vaste conspiration fut ourdie par l'archevêque de Ravenne, Guibert, ancien chancelier de l'empereur Henri III, qui aspirait à la papauté. Il se lia secrètement avec Cencius, préfet de Rome, factieux de profession, qui aVait déjà soutenu l'antipape CadaloCis contre Alexandre II, et que Grégoire VII venait de comprendre dans l'immensité de ses anathèmes . Pendant que le pape célébrait la messe de minuit, le 25 décembre 1075, dans Sainte-Marie-Majeure, une populace effrénée ramassée par Cencius, fondit sur l'église, arracha le pontife de l'autel, le traîna jusque dans le Vatican, et l'aurait assassiné peut-être si le peuple n'eût pris les armes et ne l'eût arraché des mains des séditieux. Grégoire retourna sur-le-champ à l'église et acheva tranquillement sa messe, pendant que les conjurés s'enfuyaient par les chemins de Ravenne.
Henri IV était prévenu de ce complot, et l'issue dut le
i. Lambert de Schaffembourg, an. 1074.
contrarier, car les légats de Grégoire le fatiguaient de leurs remontrances et de leurs intrigues. Vainqueur des Saxons et des Bavarois, il soutint ouvertement ceux de ses conseillers que le pape avait frappés de ses foudres; et Grégoire en vint à le citer lui-même à son tribunal, l'accusant de n'avoir pas rempli ses promesses, de protéger les simoniaques et les concubinaires, de garder des nunistres condamnés par le saint-siége, et le menaçant de ses anathèmes s'il n'obéissait à cette étrange sommation. Le roi brave ces menaces, chasse les envoyés de Rome, et rassemble un concile àWorms, où les prélats, les abbés et les seigneurs d'Allemagne se rendent en foule. L'archevêque de Ravenne, Guibert, y arrive accompagné de plusieurs évêques de Lombardie et du cardinal Hugues Le Blanc, récemment excommunié pour ses débauches. Celui-ci apporte une histoire du pape fabriquée par le cardinal Bennon, où étaient accumulés tous les crimes imaginables^ et cette assemblée, présidée par l'empereur lui-même, prononce la déposition d'Hildebrand comme •usurpateur, apostat, criminel de lèse-majesté, préférant les adultères et les paillardises aux chastes mariages ^ L'étrange décret de ce concile, dont je n'oserais citer toutes les expressions, est communiqué aux évêques de Lombardie et de la marche d'Ancône, qui jurent tous sur l'Évangile de ne plus reconnaître Grégoire VII pour pape. Henri IV écrit en même temps au peuple de Rome, au pontife lui-même et lui enjoint de quitter le saint-siége. Un clerc, Roland de Parme, a le courage de lui remettre