‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 240 sur 268 · EvUt. XXIV · texte numérisé non relu

EvUt. XXIV

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n'en a point fait usage, c est qu'il a craint la mort. Cette insulte fut punie par les évéques de France ; ils excommunièrent Tabbé de Vendôme, et il est probable qu'ils y furent excités par le pape lui-même.

Deux consolations lui arrivèrent en même temps^ Alexis Comnène, empereur d*Orient, le félicita de sa délivrance et manifesta le désir d'être couronné par lui ; la comtesse Mathilde renouvela, de son côté, sa donation, dont le titre avait disparu dans cette invasion des Allemands. Mais la mort de cette comtesse ralluma h guerre. Henri V revendiqua son héritage comme son proche parent. Il revint en Italie, s'empara de quelques forteresses, et somma le pape d'abolir les sentences de tous ses conciles. Le pape s'en défend, il prétend ne pouvoir le faire sans le consentement de ceux qui les ont prononcées, et il ne violera pas son serment, dit-il à l'empereur. Mais il renouvelle tous les décrets de Grégoire VII, et l'excommunication de Henri V en était la conséquence. « Nous verrons, dit ce prince, et puisqu'il est • libre, j'irai chercher mon absolution à Rome. » Pascal en eut peur, il se réfugia dansMontcassin; et l'empereur, ne le trouvant plus dans sa capitale, somma le clergé romain de le couronner de nouveau. D'où lui venait cette fantaisie et qu'avait-il besoin de cette seconde consécration? Il obligea cependant l'archevêque de Brague Bourdin de renouveler celte cérémonie; et les chaleurs de Tété l'ayant chassé de Tltalie, Pascal II, rentré dans son palais, excommunia l'archevêque pour avoir refait ce qu'il avait fait lui-même.

La résistance des deux empereurs faisait rougir le roi

(l'Angleterre des concessions qu'Anselme lui avait arrachées. A la mort de ce primat, il s'était remis en possession des revenus de son archevêché , et pendant cinq ans il s'était opposé à l'élection de son successeur. Il ne permettait pas aux envoyés de Rome d'entrer dans ses États sans son ordre ; il imposait aux églises des évêques de son choix, se faisait juge suprême de leurs querelles, tenait des conciles au gré de son caprice, et payait fort mal le denier de saint Pierre. Il ne se décida enfin à donner un primat à l'Angleterre que sur les instances de ses prélats et de ses grands vassaux; et le pape ne se vengea du mépris de ses vaines admonitions qu'en faisant attendre au roi toute une année le pallium du nouvel archevêque, sous prétexte qu'on l'avait transféré du siège de Rochester à celui de Cantorbery. Ces translations étaient si communes, et Rome en avait donné tant d'exemples, que ce vain prétexte dissimulait assez mal le mécontentement du pape. Les évêques anglais n'étaient pas plus soumis que leur roi. Au bruit de l'arrivée d'un neveu du vieil Anselme comme légat du saint-siége, ils envoyèrent leur nouveau primat en Normandie, où Henri se trouvait alors, pour le prier de s'opposer à cette légation ; et le roi, qui ne demandait pas mieux, retint à Rouen l'envoyé de Rome. Ces évêques voulurent également s'affranchir de leur soumission au primat de Cantorbery. Un prêtre nommé Turstain refusa le siège d'York pour ne pas faire cet acte de dépendance ; et le clergé de ce diocèse, qui tenait à cette élection, envoya des députés à Rome pour prier le pape d'en exempter cet archevêque. Pascal II craignit de déplaire à l'une ou à l'autre de ces Églises. Il

venait de déclarer au primat qu'il ne diminuerait eu rien la dignité de celle de Cantorbery ; et n'en ordonna pas moins rintronisation de l'élu d'York avant que cet élu ne satisfit aux prétentions de son supérieur. Il songea seulement à maintenir les prérogatives du saint-siége, en ajoutant que s'il s'élevait après quelque différend entre eux, les deux prélats viendraient à Rome plaider leur cause et se soumettre à son jugement ^. La mort ne lui laissa point le temps de terminer cette affaire. Elle finit ses tergiversations et ses palinodies le 48 janvier iil8, et il laissa le saint-siége moins puissant et surtout moins considéré qu'il ne l'avait reçu.

Jean de Gaête, chancelier de TËglise romaine, lui succéda sous le nom de Gelase II, malgré l'opposition des comtes Frangipanes qui avaient acquis une grande influence dans Rome. Un d'entre eux, nommé Gencius, avait même troublé cette ordination en dispersant les cardinaux et en saisissant le nouveau pape à la gorge. Hais le peuple, ameuté par le préfet de Rome, força les Frangipanes à rendre leur prisonnier, et le conduisit en grande pompe au palais de Latran. Sa joie neui pas une longue durée. Henri V, entré dans la ville avec quelques chevaliers, lui fit dire de confirmer le traité qu'il avait fait avec Pascal II, en lui signifiant que, sur son refus, il ferait élire un autre pape 2. Gelase s'enfuit de nuit sur une galère, se retira à Gaëte, et l'empereur exécuta sa menace en faisant nom-

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