‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 252 sur 268 · I. Liv. LXX, cb. XV · texte numérisé non relu

I. Liv. LXX, cb. XV

lègue, et révéque de Ghichester fit des excuses à son maître en protestant qu'il n'avait prétendu en rien diminuer la puissance royale. Cette scène était d'autant plus piquante qu'elle se passait en présence de Thomas Becket, alors chancelier d'Angleterre, et qui, en sa qualité de primat de Cantorbery, devait avoir bientôt des différends plus dangereux avec ce même roi dont il approuvait la fermeté trop passagère.

Frédéric Barberousse défendait en même temps contre le pape lui-même ses prérogatives et sn dignité. Un archevêque de Lunden avait été pris par un parti d'Allemands qui le retenaient en prison pour le rançonner, et le pape s'était indigné que l'empereur n'en eût pas fait justice. Il lui envoya deux légats pour lui demander raison de cette tolérance. Ces légats joignirent Frédéric à Besançon, et la lettre d'Adrien parut si arrogante aux seigneurs qui accompagnaient l'empereur, qu'ils firent éclater quelques murmures. Un d eux observa sans doute que le pape se croyait le maître de l'empire, puisque un des Romains demanda brusquement de qui donc leur maître le tenait s'il ne le tenait pas du pape ? Cette insolence avait accru ri ;:ilation, au point qu'Othon, comte palatin de Bavière, avait soulevé son épée et menacé le légat de lui faire sauter la tête. Frédéric avait apaisé ce tumulte, mais il avait chassé les deux légats de l'Allemagne. Ils revinrent à Rome; ils ajoutèrent à leurs plaintes des incidents calomnieux pour irriter davantage le Saint-Père; et Adrien IV se plaignit à son tour à tous les évêques allemands de la conduite de leur empereur, les exhortant à le ramener dans le droit chemin, à obtenir quelque sa-

tisfaction des seigneurs qui avaient menacé ses légats. € Dites au pape, leur répondit Frédéric, que je lui rends 1 volontiers le respect qui lui est dû, mais que je ne • tiens ma couronne que de Dieu; si l'Église veut dé- 1 truire l'empire^ qui Ta mise à la tête de l'univers, je ne 1 pense pas que Dieu l'y autorise, i II parle alors de rinjarieux tableau, où le pape Innocent II avait fait représenter l'hommage de l'empereur Lothaire ; et s'étonne que cette peinture n'eût pas encore disparu du palais de Latran. Les prélats allemands transmirent à Rome la réponse de leur empereur et ne cachèrent point au pape qu'ils l'avaient approuvée.

Frédéric Barberousse ayant repris en même temps la route de l'Italie à la tête de son armée, deux nouveaux légats, choisis parmi les plus modérés, coururent au-devant de lui pour l'assurer des sentiments pacifiques du pape, pour excuser les mots blessants dont il avait pu se servir et pour lui demander la paix. Les lettres dont ils étaient chargés furent lues à l'empereur par ce même Othon de Frissingen qui nous a raconté tous les détails de cette querelle ; et Frédéric, satisfait de ces explications, combla les deux légats de présents et de joie. Mais il n'arrêta point sa marche. Il tint une grande assemblée à Roncaille entre Crémone et Plaisance, et força les évéques et seigneurs lombards de renoncer en sa faveur aux droits régaliens. Adrien IV, qui les prétendait pour lui-même, en témoigna son mécontentement par une lettre si vive, qu'elle fut remise à l'empereur par un inconnu qui s'enfuit bien vite avant qu'il l'eût décachetée. Frédéric répondit au pape en le tutoyant suivant

qu'en usaient alors les s\ipérieurs à l'égard des subordonnés; et le pape, irrité de ce manque de respect, lui rappelant d'autres torts que le saint-siége avait à li^ reprocher, osa le menacer de lui enlever sa couronne s'il ne devenait plus humble et plus docile. La fierté de l'empereur ne fit que s'en accroître. < Ma^

> couronne ne dépend pas de vous, répondit ce prince.

> Ce sont les seigneurs d'Allemagne qui me Tont don- » née. Est-ce que du temps de Constantin le pap^ Syi-

• vestre se serait avisé d'attenter à la dignité royale?

> C'est Constantin qui a donné la paix et la liberté à

• l'Église ; et tout ce que vous avez comme pape vient 1 de la générosité des empereurs. Si nous chassons vo3

• cardinaux, c'est qu'ils ne viennent ni prêcher l'Évan-

• gile ni apporter la paix, mais amasser de l'or avec

> une insatiable avidité. Vous blessez l'humilité et la

> douceur; et l'orgueil, cette béte détestable, s'est glissé

• jusque dans la chaire de saint Pierre. Si vos évoques » ne veulent point me payer de régales, qu'ils ne tiennent

• plus de terres qui appartiennent à l'empire*. • La paix devenait impossible; Adrien, au lieu de fléchir, redoubla de lierlé ; on dit même qu'il suscita la révolte des Lombards que Frédéric fut obligé de punir. Cet empereur cita les rebelles dans son camp de Bologne, et quatre légats y vinrent de la part d'Adrien pour lui porter des paroles plus dures encore, comme si ce pape était le maître de l'Italie. Frédéric répondit qu'il ne portait qu'un vain titre si Rome n'était pas en sa puissance. Il

Page 1