Radevic. Append. à Othon, p
offrit cependant de laisser examiner ses torts si le pape i voulait qu'on examinât les siens. Mais les légats répliquèrent fièrement que le souverain-pontife n'était soumis au jugement de personne. Cette contestation fut brusquement tranchée par la mort du pape Adrien IV, qui arriva le 1" septembre 1159. Il laissa la puissance pontificale assez affaiblie et les maximes de Grégoire VII fort attaquées par les deux plus grands potentats de la chrétienté.
La querelle de Frédéric et de la papauté ne fit que changer de nature pendant le schisme qui suivit ce pontificat. Deux papes furent nommés le même jour : le ca^ dinal Roland, qui fut élu par la presque totalité des cardinaux, prit le nom d'Alexandre III; un autre, du nom d'Octavien, reçut du parti contraire le nom de Victor III. Ils écrivirent tous deux à tous les princes et prélats d'Europe pour annoncer leur élection, et s'accusèrent Tun l'autre de la violation des règles. L'Europe en fut divisée. L'empereur ne pouvait accepter Alexandre. C'est lui qui avait sans cesse animé et soutenu l'opposition d'Adrien, et qui, dans sa légation de Besançon, avait insolemment demandé à Frédéric de qui il tiendrait l'empire s'il ne le tenait point du pape. Les impériaux avaient été assez forts pour chasser Alexandre de la ville de Rome; mais il fallait autre chose à l'empereur que cette consécration de la force. Il déclara que dans les schismes il avait comme empereur le droit de prononcer entre les deux concurrents; mais il ne voulut point décider par lui-même et s*en remit à la décision d'un concile. II en convoqua un à Pavie, il y appela les rois et les évéques
de l'Europe. Alexandre lui en contesta le droit, affirmant contre l'histoire même que le pape seul le possédait. Mais lempereur lui opposa avec raison les exemples de Théodose et de Charlemagne; il aurait pu y ajouter celui de Constantin. Mais il fit au sacerdoce une concession immense en disant aux évêi|ues c (|u'il leur remettait la
> décision de cette affaire, parce qu'il n'avait pas le droit
> d'en décider lui-même et que ce n'était pas u lui de les 1 juger en ce qui regardait Dieu. » Il condamnait ainsi bien des actes de son autorité impériale, mais l'esprit du siècle l'avait emporté sur sa prévoyance. Le concile de Pavie, ouvert le 5 février 1160, reconnut Victor III et excommunia Alexandre. Les rois de Hongrie et de Danemark, le duc de Bohême souscrivirent cette décision , mais ils se rétractèrent plus tard et passèrent au parti de l'empereur. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre se récusèrent ; mais les archevêques d'Arles, de Lyon, de Besançon et de Vienne, qui étaient encore sujets de l'empire, adoptèrent l'élu de leur maître
Alexandre III, retiré à Anagni, leur rendait leurs anathèmes, et y enveloppait Frédéric. Louis le Jeune fit recoimaître ce pape dans un concile de Beauvais. Un autre fut assemblé en Normandie, par le roi d'Angleterre Henri II, et se décida également pour Alexandre. Ces deux adhésions, celle de l'Espagne et la défection des deux souverains du iNord lui donnèrent une majorité considérable. Mais Rome ne lai appartenait pas, et Frédéric assiégeait et démantelait toutes les villes de son parti. MiiaiK '>rescia et Plaisance avaient subi la loi du
vainqueur ^ et le véritable pape ne trouva plus de sûreté Cfu'eii France. Louis le Jeune et le roi d'Angleterre le reçurent à Torcy sur la Loire, et lui servirent humblement d'écuyers en raccompagnant à pied, la bride de son cheval à la main jusqu'au logis qui lui était préparé^. La royauté se dégradait elle-même, et cet hommage, qui ne fut pas le seul, était d'autant plus étonnant que Henri U n'était pas fort dévoué à l'Église, et que le roi de France était fort mécontent de l'accueil que ce pape avait fait à ses envoyés à son arrivée en Languedoc. Il négociait môme avec Tempereur, par l'entremise du comte de Champagne, pour examiner de nouveau les deux élections. Mais un malentendu ayant rompu leur conférence de Saint-Jean-de-Losne, Louis resta fidèle à la cause d'Alexandre. Ce pape tint divers conciles en France; celui de Tours fut le plus considérable. Il y amena dix-sept de ses cardinaux; il y vint cent vingt-quatre évêques et quatre cent quatorze abbés, témoignage singulier de la multiplication des monastères. Bien des règlements y furent souscrits. L'un défendait l'usure aux ecclésiastiques, l'autre leur interdisait de faire payer les viatiques et les sépultures. On renouvela la défense qu'Innocent II avait faite aux moines d'exercer les professions d'avocat et de mi'decin. On prononça la nullité des ordinations que l'antipape Victor pourrait faire, et Ton finit par la condamnation des hérétiques du Languedoc qu'on nommait encore Manichéens, en ordonnant aux seigneurs de les