I. Roger de How
enfin associer son fils Henri à la royauté pour qu'en cas d*anathème il y eût un souverain dans son royaume, et il désigna l'archevêque d'York pour ce couronnement. Le pape, excité par Becket, menaça d'excommunier cet archevêque s'il osait empiéter ainsi sur les privilèges de l'archevêque de Cantorbery. Mais Henri H était dans un accès de fermeté. Le couronnement eut lieu à Westminster, et tous les évêques excommuniés y assistèrent par force ou par bravade. L'archevêque d'York se contenta de déclarer que le sacre avait lieu sans préjudice des droits de primat. Becket ne fut point apaisé par cette vaine formule. Il alla même jusqu'à insulter l'Église romaine, disant qu'il arrivait toujours à la cour de Rome que Barrabas était délivré et Jésus-Christ mis à mort. Il ajoutait que son roi se servait de ses dépouilles pour corrompre les cardinaux et les courtisans du pape. Les évêques français se plaignaient également de la tolérance de Rome. Hs obligeaient leur roi à s'en indigner comme eux; et, sans répondre sur le fait du couronnement, le pape dit enfin que, si dans quarante jours Henri H ne rappelait son primat, il jetterait l'interdit sur l'Angleterre. Cette menace, si longtemps redoutée, fit fléchir le monarque. H vit Thomas Becket sur la fron^ tière de France le 20 juillet 1170, il l'embrassa, le revit une seconde fois à Tours, une troisième à Chaumont; mais il n'obtint jamais de lui l'absolution des excommuniés. l\ soufHrit même sans colère que le pape interdît de toute fonction épiscopale ceux qui avaient coopéré ou assisté au couronnement de son fils. Thomas Becket rentra enfin dans son église de C^ntor-
bery, sans condition, après six ans d'exil. Les acclamations du peuple le consolèrent sans l'apaiser, mais l'attitude des barons lui causa quelques alarmes. Au moment où il approchait de Londres, deux chevaliers vinrent lui signifier de la part du jeune roi de retourner dans son église. Il monta en chaire pour renouveler ses anathèmes en faisant pressentir sa mort prochaine. Henri II n'ignorait rien de ce qui se passait, et l'opiniâtreté du primat le faisait extravaguer de colère. Il était demeuré en Normandie, il y tenait sa cour et les évêques excommuniés étaient venus l'y rejoindre. Celui d'York lui dit un jour qu'il n'avait aucune paix à attendre,tant que Becket serait en vie S et le roi s'écria qu'il était c bien malheu- » reux de n'avoir pas un ami qui osât le venger de l'in- » sultante opiniâtreté d'un misérable prêtre ^. » Ces paroles furent un arrêt de mort : quatre gentilshommes que l'histoire a nommés passèrent la mer, et, quelques jours après. Thomas Becket fut massacré dans son église. Henri II fut épouvanté d'un crime qui allait infailliblement retomber sur sa tête; il sentit que ses imprudentes paroles allaient l'accuser aux yeux de l'Église et du monde. Il s'enferma dans son palais, il y resta trois jours sans nourriture. Cinquante envoyés partirent pour Rome pour le justifier, mais ses ennemis les avaient devancés. L'archevêque de Sens avait déjà jeté l'interdit sur les terres que le roi d'Angleterre possédait sur le continent. Louis le Jeune lui-même provoquait l'excommunication
t. FiU Stephens, p. 78.