‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 262 sur 268 · I. Miii. de VBmp., par le P. Barre · texte numérisé non relu

I. Miii. de VBmp., par le P. Barre

l'empire pour s'occuper exclusivement d'une nouvelle croisade et di; recouvrement de la Terre-Sainte, ni^is il légua cette grande entreprise à Paulin, son successeur, qui fut intronisé le 20 décembre suivant sous le nom de Clément III. Ce pape fit partir de Pise des députés pour négocier son retour avec le sénat romain. Ce sénat faisait alors assiéger la ville de Tusculum que défendaient les impériaux; et dans les conditions qu'il fit au pape il n'oublia point la destruction de cette ville et de sa forteresse. Les Romains promirent de leur côté de défendre le patrimoine de saint Pierre, et Clément III rentra dans sa capitale le23 mars 1188, après avoir signé le traité que le sénat data fièrement de la quarante-quatrième année de sa restauration. Clément termina promptempnt l'affaire de Saint-André d'Ecosse qu'avait cru terminer le pape Luce III, mais que la fermeté du roi Guillaume avait envenimée. Ce roi pardonna à l'évéque que soutenait le pape, mais il ne voulut pas le recevoir comme archevêque; et pour qu'aucun prélat d'Angleterre ne s'immisçât dans les affaires de son royaume, il obtint du pape qu'il n'arriverait en Ecosse d'autres légats que des Écossais pu des prêtres de l'Église romaine. (Clément III fut dès lors tout entier à la délivrance du Saint Sépulcre. Le fameux Guiljaume de Tyr, le défenseur naturel des chrétiens de Syrie, se rendit en France comme légat pour prêcher une nouvelle croisade; le cardinal Henri d'Albane reçut la même mission pour l'Allemagne. L'archevêque Ub^lde de Pise partit en même temps pour l'Orient avec cinquante vaisseaux chargés de croisés. Tous les États s*imposerept ij^^ ievé^ d'arj^ent qui fi^t appelée la dime

saladinây et que plusieurs évêques de France et d'Angleterre refusèrent de payer sous prétexte que leurs revenus étaient ceux des pauvres et que TËglise ne devait que des . prières. C'est ainsi que dans tous les temps ils déguisaient leur avidité et leur avarice. Philippe-Auguste prit la croix; Richard Cœur-de-Lion, nouveau roi d'Angleterre, suivit son exemple, et ces deux rois firent les préparatifs de leur départ; préparatifs dont Richard profita pour extorquer sous divers prétextes des sommes considérables à ses malheureux sujets. Frédéric Barberousse les devança avec son fils Frédéric, duc de Souabe, et à la tête de cent cinquante mille hommes. Les ducs d'Autriche et de Moravie, les comtes de Nassau, de Tburinge et de Hollande marchaient sous les ordres de l'empereur. Les femmes furent exclues; on ne toléra que des lavandières dont les charmes, disent les chroniqueurs, étaient sans danger. Mais les premières nouvelles de ce grand armement firent prévoir de nouveaux désastres. Avant que les flottes de Richard et de Philippe-Auguste eussent quitté les eaux de Messine, Frédéric Barberousse, victorieux dans deux grandes batailles, était mort en se baignant dans le Cydnus, et son fils, le duc de Souabe, sous les murs de Saint-Jean d'Acre. Ces nouvelles attristèrent les derniers jours de Clément III qui finit son pontificat et sa vie le 28 mars 1191.

Célestin III fut élu deux jours après. C^était un Romain de nom d'Hyacinthe, qui avait atteint déjà sa quatrevingt-sixième année. Pendant qu'on Fintronisait à Saint- Pierre, les troupes impériales hurlaient autour de ses murailles. Henri VI avait déjà pris le titre d'empereur

d'Allemagne et venait demander son couronnement à la tête d'une puissante armée. II l'obtint en livrant la ville de Tusculum que ses soldats avaient défendue contre les Romains; et sur la foi de l'annaliste anglais Roger de Howeden, toute l'histoire a répété qu'après avoir couronné Henri VI, Célestin fit tomber d'un coup de pied la couronne qu'il venait de placer sur sa tête, et que les cardinaux la relevèrent*. D'autres ont ajouté, depuis, que c'est avec les deux pieds qu'il l'avait posée, ce qui était assez difficile à un vieillard. Spener a nié cette impertinence, tandis que Baronius l'a louée comme le témoignage d'une autorité qui donnait et renversait les couronnes de la terre. Le jeune Henri VI avait, il est vrai, manifesté son hostilité envers le saint-siége, et le vieux Célestin pouvait chercher une occasion de l'humilier. Mais je doute fort qu'un empereur de vingt-cinq ans eût souffert une insulte aussi grossière, et qui dépassait toutes les insolences du sacerdoce à l'égard de l'empire. Au reste la vie entière de ce pape parut conforme à ce début, et toutes les grandes monarchies de l'Europe furent frappées de ses foudres. Une conspiration d'évêques, tramée par Jean Sans-Terre, qui n'était alors que le comte de Mortain, avait renversé l'évêque d'Ély que Richard Cœur-de-Lion avait nommé chancelier et régent d'Angleterre, et que le pape avait décoré du titre de légat. Forcé de chercher un refuge sur le continent, Guillaume d'Ély invoqua les secours spirituels de Célestin qui excommunia tous les conjurés et jeta l'interdit

i. Roger de Howed, p. 669.

sur leurs terres. L'airchevêqiie de feoùeri, àiitre lëgat, parvînt un momeni à faire révoquer là sëntèilce, à Faide d'une partie des cardinaux; mais les autres revinrent à la charge, obtinrent la confirmation publique de l'anathème, et Bniys fait entendre * que Toi* eut plus de part que la justice dans le choix qu'ils avaient fait de leur client. La captivité du roi Richard, à son retour de la Pàlestitié, tourna les regards de Célestin tll vers TAllemaghe. Il excommunia Léopold d'Autriche, qui avait jeté ce prince dans une de ses forteresses , l'empereur itenri VI, qui n'usait point de soii autorité pour faire rendre ta liberté à l'illustre captif; et menaça Philip()e* Auguste de ses foudres s'il persistait dans les manœuvres qu4t ne cessait de faire pour prolonger la captivité de sôii rival. Henri et Léopold se moquèrent de ses artathèmes, éi l'empéreiir he craignît pas de redoubler la juste colère dli pape, par Tàssàssinat d'Albert de Louvaih, nonihië évéqiie de Liège malgré lui. Cet assassinat ne fut point vengé; et celui qiii l'avait ordonné ne rendit enfin le roi Richard qu'après avoir reçu une rançon de cent cinqiîâhte mille marcs qu'il partagea avec le duc d'Autriche. Les anathèmes de Célestin ne l'empêchèrent point de prendre possession du trône de Sicile dont l'impératrice Constance était héritière, et de s'y faire détester par ses cruautés et ses pillages. Il s'acharna stirtout à détruire lès princes normands qui pouvaient lui disputer cette côlirbiirie. Il hè put être arrête dans ses actes de barbarie (ttiô par tônstahcé elle-même qui vengea ses parents

i. Hiii, dei Papes, t. III, p. 214.

par l'empoisonnement de son mari, le 28 septembreH97 ; et le pape ne put avoir raison que de son cadavre en le laissant deux ans sans sépulture. Hetiri VI n'aurait pas eu besoin de tous ces crimes pour braver ainsi l'ambltioti du saint-siége ; et il est fâcheux que l'histoire ne puisse louer si Wsistance sans encourir le reproche de prendre parti pour tin grand scélérat. Les censures de Célestln III n'eurent pas plUs d'autorité sur Philippe-Auguste qui venait de répudier Isemberge pour épouser Agnès de Méranie; il fallait un pontife plus altier et plus téméraire pour en triompher. Il ne réussit que dans la prédication de la quatrième croisade : trois armées partirent d'Allemagne, mais elles ne touchèrent la Palestine que pour y périr comme les autres, et Célestln vécut encore assez pour en voir revenir les débris. Il mourut enBn, à quatre-vingt-tl^ize ans, le 8 janvier 1198, et ne laissa dans les annales dû saint-siége que la réputation d'uti pontife qui, n'ayant de vigueur que pour entreprendre, reculait sans cesse à la moindre résistance. Son coup de pied, s'il était vrai, serait son plus grand acte d'autorité; mais si le jfeune empereur l'eût culbuté sur son siège à l'aide de ce pied injurieux, il est probable qliè Célestiii le lui aurait pardonné.

Une voix plUs hautfe va se faire etttehdre. Une tnam plus rude va pi^ndre le sceptre de l'Église, mettre ett pratique les maximes de Gt^égoire VII et faite plier soUs elle toutes les puissances qui luttent depuis tatit de siècles cohtre l'omnipotence toujours croissante des évêques de Rome. Les cardinaux, fatigués sàhs doute des indécisions d'ùa Vieillard, bhôisiirent un ponllfe dâhs la tigiieUf

de l'âge et doué d*un caractère intraitable qui n'abandonnait jamais un dessein qu'après ravoir accompli. C'é-, tait le cardinal Lothaire, né des comtes de Segni, qui fut intronisé le 21 février 1198, sous le nom d'Innocent III. Son âge de trente-sept ans offusqua les vieux membres du sacré collège, mais son savoir et sa vertu triomphèrent de cette légère opposition. Son désintéressement était connu de tous comme son horreur pour la vénalité; et comme il voulait soumettre le monde à la toute-puissance de rÉglise, il s'efforça de la purger des vices qui en affaiblissaient l'autorité. Son premier acte fut une insulta à la majesté impériale. Les préfets de Rome avaient toujours été nommés et investis par les Césars, qui constataient par lit leur souveraineté sur la ville éternelle. 11 enjoignit au préfet actuel de lui prêter serment de fidélité, et lui donna l'investiture de sa charge. Il défendit à ses officiers de rien exiger des plaideurs et des solliciteurs, régla les salaires des secrétaires, rendit l'accès des notaires entièrement libre, et chassa du palais de Latran les changeurs et les vendeurs. Trois fois par semaine il administrait la justice lui-même, résumant les causes avec une netteté qu'admiraient les plus savants jurisconsultes.

L'empereur Henri VI n'avait laissé qu'un fils âgé de trois ans : c'était le jeune Frédéric, qu'avant de mourir il avait fait couronner roi des Romains; et il lui avait donné pour tuteur son frère Philippe, duc de Souabe, de Franconie et de Toscane. Ce titre de duc de Toscane n'avait d'autre fondement que l'usurpation de cette province, comprise dans le testament de la comtesse Mathilde,

— 3Î9 — et Célestin l'avait excommunié pour le punir d'en avoir pris possession. Cet anathème n'avait point empêché les seigneurs d'Autriche et de Bavière de le nommer empereur. Mais les barons de l'Allemagne occidentale, présidés par les archevêques de Trêves et de Cologne, n'avaient point voulu d*un prince excommunié ; et, après deux élections, qu'avait annulées le refus des deux élus, ils opposèrent au duc de Souabe et à son neveu, Olhon de Saxe fils de Henri le Lion et chef de la maison des Guelfes. Richard embrassa le parti d'Othon que sa sœur Matliilde d'Angleterre lui avait donné pour neveu, et Philippe- Auguste se tourna nécessairement du côté du duc de Souabe. Tel était l'état de cette affaire à l'avènement dlnnocent III, qui y vit d'adord trois questions à résoudre ; savoir : le recouvrement de l'héritage de la comtesse Mathilde sur la famille de Barberousse qu'il détestait, la succession du royaume de Sicile et celle de l'empire d'Allemagne. La question de Sicile fut décidée la première. Le pape reconnut les droits du jeune fils de Henri VI et prit en main les intérêts de ce royaume. Il réclama en revanche tous les captifs que Henri VI avait emmenés en Allemagne, menaçant d'excommunier tous ceux qui ne voudraient pas les rendre; et personne ne s'y refusa, pas même le tuteur du jeune Frédéric, le nouvel empereur Philippe, qui obtint son absolution par ce témoignage de docilité. Il paraît même qu'il abandonna ses prétentions sur la Toscane, car les nonces envoyés dans cette province y reprirent sans opposition tous les domaines de saint Pierre. Innocent III s'y rendit lui-même; il parcourut le duché de Spolette et la marche d' Aucune,

éttlployant les feirmes temporelles et spirituelles ëdtitrè leé détenteurs de céë dbmaines et les fort^ht de HnM gorge, tout eri répétant ces paroles de rÉëHttirè : * Qiif

> touche la poix se salira *. i

Là question de Tempire vint la dernière, ëi il là traita eh matti*é du monde. Il s'étonna d'abord qu'on U*ëût point codsUllë lé saiht-siége avant de procéder à Une élection, ëètte prétogative appartenant, disait-il, & là puissatice qui donnait la couronné ihlpériaie et qui Ta-* vàit t^fthslUiëë d'abord aux Carlttf ingiéUs Uë Frâiice et plus tard aUx Othons d'AUetilâgtie. c La fOyàUté ti*éiait,

> seloh lui, qu'une puissance secondaire éxtOrqUéë pai"

> Iks Hommes. Le saëërcioce seul était d'origine ditiUe. i Telles étaient les maximes de Grégoire YII, et il j ajoutait que < si chaque foi avait son royauiUe, Pierre » les avait tous comme vicaire de Celui à qui àt)pàH8tiait » le moude. » De ces maximes générales il passait aux trois éleetions. Celle du jeutie Frédéric était nulle. Utt etifkht de trois ans rie pouvait administrer Tem^^ife et protéger le saint-siége , c'est-à-dire prêter ses forces à l'exécution des commandements du pape. Quant à sOU OUble Philippe de SoUabe, on n'aUràitpas dû rélii*e, parcei qU'il était alors soUs le coup de Fanathème, et qUë d'ailleurs cette élection faisait considérer l'empiré coiiime hëréditait*e, tahdis qu'il était nécessaireitient électif. C'est pat ces ràisôhs qu'il repoussait une famille doUt il Uë pouvait eHtèndi[*e parler qu'avec horreUt* *. Mais OthoH

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