‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 30 sur 268 · Ut. 11, cb. II · texte numérisé non relu

Ut. 11, cb. II

l'État, avait perdu le droit exclusif de régler sa discipline intérieure. £iie n*avait jamais protesté contre les actes d*un maître qui s'était emparé ou ressaisi du droit de déposer et de rétablir, en étayant cette prérogative du titre d'évêque des évéques, qu'il avait joint à celui de souverain pontife attaché à la puissance impériale. Les Ariens et les orthodoxes avaient accepté cette dépendance comme une conséquence naturelle de la protection que l'autorité politique leur avait accordée; et en soumettant encore ce point de discipline aux trois Césars qui venaient de partager Théritage de Constantin, les Eusébiens reconnaissaient implicitement qu'à la seule puissance impériale appartenait le droit d'en décider. Ils ne se contentèrent pas même d'une requête.' Ils envoyèrent des députés dans les trois cours pour renouveler, pour ag.-raver même les accusations dont ils accablaient leur illustre ennemi. L'évêque de Nicomédie poussa plus loin la rage qui le dominait. Il connaissait d'avance Topiniou des cours de Trêves et de Rome ; et son impatience ou sa politique ne lui permit point d'attendre une réponse qui ne devait point le satisfaire. L'empereur d'Orient lui était dévoué. Constance et sa cour étaient infectés d'arianisme ; et comme l'Egypte faisait partie de cet empire, les Eusébiens, sûrs de l'approbalionde leur César, prononcèrent eni\n la déposition d'Athanase, et lui substituèrent un misérable du nom de Piste, que l'évêque avait chassé autrefois de la ville et de la province d'Alexandrie.

Jusque-là l'Église d'Occident n'avait pris aucune part à cette longue et honteuse querelle. La Rome chrétienne

y était demeurée étrangère. Aucun des deux partis n'en avait appelé à sa juridiction. Tout s'était passé entre les synodes orientaux et les empereurs. Mais la nomination d'un évêque entraînait des formalités que j'ai signalées. Il était de règle que ceux qui l'avaient élu le fissent connaître aux diiïérents évéques de la chrétienté, et un prêtre eusébien, escorté de deux diacres, se rendit en Occident pour en inviter les évéques à se mettre en communion avec Piste. Le siège de Rome n'était plus occupé par le modeste Sylvestre. II était mort depuis quatre ans. Marc son successeur immi'diat n'y avait passé que huit iliois et vingt-deux jours; et je n'ai pas besoin de réfuter, après Pictet * et de savants catlioliques, une prétendue lettre écrite à ce pape par les évéques d'Egypte pour lui demander des exemplaires du concile de Nicée, ainsi que la réponse dans laquelle il aurait pris le tilre d'Évéque universel. L'évéque de Rome n'en était pas encore à cette témérité : et il eût été singulier que le clergé égyptien lui eut demandé des actes qu'il avait déjà reçus de son métropolitain et d'Atlianase lui-même. La lettre et la réponse sont évidemment l'œuvre de quel- (|ue faussaire du moyen âge : et après la découverte de rimprimerieun autre impudent l'aura mêlée aux œuvres d'Athanase pour en démontrer l'authenticité ^. Après quelques mois de vacance, la chaire de Rome avait été donnée, le 27 octobre 337, au premier des Jules, et il l'occupait depuis quelques mois quand les délégués des Eusébiens arrivèrent en Italie.

i. OEuv, Eedès,, p. 185.

Le nouveau pontife romain était un esprit altier, ambitieux, prêt à saisir toutes les occasions d'accroître ses privilèges. Il ne se hâta point cependant de démasquer ses prétentions, et il reçut les délégués comme Peut fait le plus humble de ses prédécesseurs, sans y voir autre chose qu'une déférence commune à tous les évéques. Hais Athanase avait connu le départ de cette députation, deux de ses prêtres l'avaient suivie pour expliquer les faits à son frère de Rome; et Jules, dont l'orgueil transformait cette démarche en appel, conçut alors le dessein de la faire tourner à l'avantage de son siège. L'émissaire des Eusébiens pénétra-t-il ses intentions secrètes, ou craignit-il de se mesurer avec les envoyés d' Athanase? c'est ce qu'il est difficile de décider. Mais il sentit que sa mission changeait de caractère, et il s'échappa de Rome pendant la nuit pour se dérober à la nécessité de débattre ce qui n'était plus en question, devant un tribunal dont aucun prêtre d'Orient n'avait encore reconnu la compétence. Il laissa seulement ses deux diacres, moins pour assister aux débats que pour observer la conduite de ses adversaires; et quand Jules voulut les attirer dans une conférence publique, ces deux diacres n'y parurent que pour réclamer la convocation d'un concile. Toute version contraire à cette interprétation des textes est fondée sur un document apocryphe *, dont la supposition a été reconnue par les savants éditeurs des Pères de l'Église. La demande d'un concile est seule incontestable ; et Jules lui-même s'arrêta devant cet appel. Il ne se croyait pas

i. Prescrip. Jtdiadorienl., apud Atheneum.

encore supérieur à ces assemblées d evèques. II ne fit môme cette convocation qu*après avoir pris Tavis de ceux dlialie \ et il invita Athanase à s*y rendre.

(^ digne évêque ne s'était pas borné cependant à l'envoi dune dépulalion au siège de Rome. II savait que ses juges naturels étaient en Orient. Avant de connaître ce ({ue ferait le pape Jules, il avait assemblé un concile dans Alexandrie pour empêcher Tintronisation de Piste ; et la décision de ce concile, qui Tavait maintenu dans son siège, la lettre synodale qui l'annonçait au monde catholicjue étaient signées par cent évéques d'Egypte, de la Thébaïde, de la Lybieet de la Pentapole. Mais l'opiniâtre Euiè!)v' n'était pas resté oisif en face du synode d'Alexandrie. La faveur de l'empereur Constance soutenait toujours son audace; et cette faveur venait de se manifester par la déposition de l'évéque Paul que les orthodoxes avaient naguère élevé sur le siège de Constantinople. Euscbe, (lui avait provoqué ce coup d État, témoignage authentique de la puissance impériale, ne voulut point que cette métropole passât à quelque autre ennemi de Tarianisme; et violant encore une fois les règles de l'Eglise pour se rapprocher de la cour et de son maître, il se fit transférer du siège de Nicomédie sur celui de la nouvelle capitale de l'Orient. Fier de l'autorité que lui donnait cette translation, il se hâta d'opposer un concile à celui d'Alexandrie, afin de détruire l'etTet de la lettre synodale que cent évéques avaient souscrite pour annoncer le maintien d' Athanase^ et de prévenir en même

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