Socrate, liv. Il, cli. vin ; Sozomène, liv. IH, chap. v
légats, à la lecture de la lettre qu'ils lui apportent, et où déborde le fiel de la raillerie la plus acerbe, il a peine à contenir sa colère. Il cesse d'attendre ceux qui lui tiennent un pareil langage. Il ouvre le concile de Rome, où assistent seulement cinquante évêques d'Occident, sur deux cent cinquante que nous y avons déjà comptés. Il leur communique la réponse des Ëusébiens d'Antiocbe et la lettre du synode arien d'Alexandrie. L'exposé des faits, Tautorité des témoignages établissent facilement l'innocence d'Athanase et de ses amis. Les sentences de Tyr et d'Antiocbe sont déclarées injustes, irrégulières; et Jules, cbargé de transmettre aux Orientaux les décrets de son concile, ne manque point de soutenir les prétentions de son siège. Mais ce n'est plus la bauteur, l'acrimonie de sa première lettre. La fermeté de la réponse lui a fait sentir la nécessité de tempérer les termes de la réplique. Sa seconde lettre a été d'ailleurs concertée avec Atbanase, qui seul nous l'a transmise; et un métropolitain de l'Ëglise orientale n'aurait point souffert qu'un évéque quelconque se fût arrogé un droit aussi exclusif. Jules le traite sans cesse de frère et de collègue. Il discute avec ses adversaires. Il reconnaît l'autorité des conciles, en observant mcmc qu'ils peuvent être contrôlés l'un par l'autre; et tout en répétant que la décision de cette affaire devait partir du siège de saint Pierre, il convient cependant que tous les évêques avaient droit d'en délibérer.
Mais la modération de ce langage ne produit pas plus d'effet que l'arrogance du premier. Cette dernière phrase devait surtout réveiller la susceptibilité des Orientaux.
dans rÉglise d*Oricnt. C^était uniquement la communication d'une déposition et d'une élection épiscopale, qui n'admettait ni approbation ni rejet dans l'esprit des évéques qui l'avaient Taite. Mais la gravité des événe* ments, l'impuissance des victimes illustres que faisait la violence des Eusébiens, allaient donner une autre importance au sit»ge dont les vaincus venaieni solliciter l'appui. I/évé(iue Lucien d'Andrinople les avait tous devancés en Italie. Athanase banni de son siège et de sa province, n'ayant plus d'asile en Orient, accepta Tàsile et le recours qui lui étaient oli'erts contre les calomnies dont il était abreuvé. Cette acceptation était forcée, commandée par ses périls, par le soin même de sa réputation, car Rome et l'Occident pouvaient voir dans son silence un aveu de ses prétendus crimes. Il arriva donc à Rome; et a son exemple s'y rendirent Paul de Constantinople, Marcel d'Ancyre, Asclépas deGaza, Hellénique de Tripoli, presque tous ceux qu'avaient déposés les Euscîbiens. On a fait grand bruit de ce concours. Le siège de Rome a tiré grand avantage de ces acceptations d'arbitrage que ses avocats ont traduites plus tard en actes de soumission et d'obéissance. Il n'y avait rien là que n'eussent déjà fait les évoques espagnols à l'égard de celui de Cartilage, rien que n'eût fait le pape Corneille lui-même, rien que ne tirent plus tard Amphiloque d'Icône et d'autres évéques d'Orient à l'égard de saint Basile Le nombre des plaignants était plus considérable; la querelle avait pris des proportions énormes. Mais le principe restait le même, et il n'y avait point de motif particulier pour établir l'autorité d'un siège sur tous les autres. Jules
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légats, à la lecture de la lettre qu'ils lui apportent, et où déborde le fiel de la raillerie la plus acerbe, il a peine à contenir sa colère. Il cesse d'attendre ceux qui lui tiennent un pareil langage. Il ouvre le concile de Rome, où assistent seulement cinquante évêques d'Occident, sur deux cent cinquante que nous y avons déjà comptés. Il leur communique la réponse des Eusébîens d'Ântiocbe et la lettre du synode arien d'Alexandrie. L'exposé des faits, Tautorité des témoignages établissent facilement rinnocence d'Âthanase et de ses amis. Les sentences de Tyr et d'Antioche sont déclarées injustes, irrégulières; et Jules, chargé de transmettre aux Orientaux les décrets de son concile, ne manque point de soutenir les prétentions de son siège. Mais ce n'est plus la hauteur, l'acrimonie de sa première lettre. La fermeté de la réponse lui a fait sentir la nécessité de tempérer les termes de la réplique. Sa seconde lettre a été d'ailleurs concertée avec Athanase, qui seul nous l'a transmise; et un métropolitain de l'Ëglise orientale n'aurait point souffert qu'un évêque quelconque se fût arrogé un droit aussi exclusif. Jules le traite sans c^sse de frère et de collègue. Il discute avec ses adversaires. Il reconnaît l'autorité des conciles, en observant mcnie qu'ils peuvent être contrôlés l'un par l'autre; et tout en répétant que la décision de cette afi'aire devait partir du siège de saint Pierre, il convient cependant que tous les évêques avaient droit d'en délibérer.
Mais la modération de ce langage ne produit pas plus d'effet que l'arrogance du premier. Cette dernière phrase devait surtout réveiller la susceptibilité des Orientaux.
341, mais son esprit vivait encore dans les prélats qui avaient servi son ambition et sa haine ; et les témérités de révéque de Rome rencontrèrent dans Antioche une opposition plus conforme aux usages de TËglise primitive. Les Pères de ce concile soutinrent Tégalité de tous les sièges. Ils rappelèrent le schisme de Novatien et le jugement qu'ils avaient rendu en faveur de Corneille sur l'appel même de ce pontife. Ils engagèrent le superbe Jules à leur écrire avec moins de hauteur, a Pour être évêque d'une plus grande ville, il n'est pas plus grand qu'eux en dignité *. Il ne devait pas se permettre de relever ceux qu'avaient abattus leurs sentences, parce qu'elles n'avaient porté aucune atteinte aux canons de l'Église. Ils s'étonnent qu'un évêque étranger veuille s'immiscer dans leurs débats , et déclinent d'avance la réhabilitation de ceux qu'ils ont condamnés. Ils posent en principe qu'un évêque, déposé par les prélats de sa province, ne peut être rétabli par d'autres. » Telle est la réponse de Théognis de Nicée, de Maris de Chalcédoine, de Danès, de Flaccile, de tous les héritiers des principes d'Eusèbe ; et l'autorité n'en peut être infirmée par le fait de leur hérésie, car dans toute cette correspondance il n'est nullement question de leur dissidence sur le Symbole de Nicée. C'est à des évêques, quels qu'ils soient, que Jules s'est adressé, et c'est en évêques qu'ils répondent à leur frère de Rome pour lui rappeler les règles constantes de l'Église.
Le fier Jules n'en conviendra point. Au retour de ses
i. Ifaimb.y HisL de VAriamsme, t. I, p. 322.
lé^aU. à la lecture de la lettre (|ulls lui apportent, et où déborde le fiel de la raillerie la plus acerbe, il a peine à contenir sa colère. Il cesse d'attendre ceux qui lui tiennent un pareil langage. Il ouvre le cx^ncile de Rome, où assistent seulement cinquante évéques d'Occident, sur deux cent cinquante que nous y avons déjà comptés. Il leur communique la réponse des Ëusébiens d'Antiocbe et la lettre du synode arien d'Alexandrie. L'exposé des faits, l'autorité des témoignages établissent facilement l'innocence d'Âthanase et de ses amis. Les sentences de Tyr et d'Antioche sont déclarées injustes, irrégulières; et Jules, chargé de transmettre aux Orientaux les décrets de son concile, ne manque point de soutenir les prétentions de son siège. Mais ce n'est plus la hauteur, l'acrimonie de sa première lettre. La fermeté de la réponse lui a fait sentir la nécessité de tempérer les termes de la réplique. Sa seconde lettre a été d'ailleurs concertée avec Athanase, qui seul nous l'a transmise; et un métropolitain de l'Ëglise orientale n'aurait point souffert qu'un évêque quelconque se fût arrogé un droit aussi exclusif. Jules le traite sans cesse de frère et de collègue. Il discute avec ses adversaires. Il reconnaît l'autorité des conciles, en observant mcnie qu'ils peuvent être contrôlés l'un par l'autre; et tout en répétant que la décision de cette affaire devait partir du siège de saint Pierre, il convient cependant que tous les évéques avaient droit d'en délibérer.
Mais la modération de ce langage ne produit pas plus d'effet que l'arrogance du premier. Cette dernière phrase devait surtout réveiller la susceptibilité des Orientaux.
Certains de l'appui de Constance, il leur importe peu que leurs frères d'Occident aient absous Athanase, ils n'en continuent pas moins leurs violences contre ses adhérents. Un autre Eusèbe s'est emparé de la confiance de leur empereur, et leur assure sa protection. Celui de Césarée, Thistorien Eusèbe, a précédé son homonyme dans la tombe. Le nouveau patron des Ariens est le chef des eunuques qui dominent la cour de Constantinople et son capricieux despote. Jules est forcé à son tour d'invoquer la puissance civile. Son empereur Constant est resté fidèle aux doctrines de Nicée, et Jules espère que la parole de ce prince triomphera de la résistance des Orientaux. Ainsi celui qui voulait s'attribuer comme évéque de Rome le droit de convoquer seul tous les conciles, supplie l'empereur d'Occident de s'entendre avec son frère pour en assembler un qui puisse rendre la paix à l'Église. Constant, que fatiguait ce bruyant discord, se rend aux désirs de Jules, et parle assez haut à l'empereur Constance pour que ses évoques croient devoir se justifier des témérités d'Antioche. Mais Constant montre moins de ménagements pour les Ariens que Jules lui-même. Il ne veut entendre ni leurs députés, ni leur formulaire qu'ils venaient de remanier pour la cinquième fois, et Constance, pressé par son frère, ne résiste pas plus que ses protégés. Ce casuiste couronné et ses féroces satellites, ces évêques vagabonds, ces rhéteurs mitres, ces esclaves maîtres, tout cet ensemble si digne d'inaugurer le Bas- Empire, et où Grégoire de Nazianze voyait la véritable image du chaos *, tremble et s'incline à la seule menace i. Oratio. I, p. 33.
d'un empereur qui, depuis la mort de Constantin le Jeune, réunit dans ses mains toutes les forces de rOccident. Le concile général qu'il ordonne est accepte par les Orientaux ; et c'est à Sardique, au pied du mont Hémus, que, de concert avec son frère, il leur enjoint de se rendre.
Les Eusébiens y vinrent donc au nombre de soixanteseize; mais à l'aspect des cent soixante-dix prélats orthodoxes qui étaient venus de tous les points de la chrétienté, ils n'osèrent affronter la discussion. Ils se retirèrent à Philippopolis, sur le revers oriental de l'Hémus, sous prétexte qu'au mépris de leurs sentences Âthanase et Marcel d'Ancyre étaient admis à siéger ; et par une fiction qui trompa plus tard saint Augustin, ils continuèrent à donner à leur assemblée de Philippopolis le nom de concile de Sardique. Le résultat de cette scission était facile à prévoir. Les orthodoxes, sous la présidence du vieil Osius de Cordoue, déposèrent les principaux Eusébiens; et ceux-ci, présidés par Etienne d'Antioche, condamnèrent Osius et le pape Jules après avoir confirmé une fois de plus la déposition de Marcel et d'Athanase. Leurs lettres réciproques sont un échange scandaleux d'injures, de calomnies, d'anathèmes; et si la rupture des deux Églises ne date point de ce scandale comme le prétend l'historien Socrate, l'acharnement des deux partis la rend du moins inévitable.
Le fier Jules ne laisse point échapper cette occasion de faire reconnaître les prérogatives qu'on venait de lui contester et de faire consacrer par des institutions canoniques la primauté, la prééminence de son siège. Il n'assistait
point au concile, mais ses adhérents y étaient en force^ et ses instructions avaient d'avance réglé leur conduite. L'absence des soixante-seize Ariens retirés à Philippopolis facilitait la délibération. Cette prééminence, que les Occidentaux avaient déjà tacitement reconnue, fut établie en droit par le quatrième canon de Sardique. Il y fut stipulé que, si un évêque se croyait injustement condamné par un synode, il pouvait recourir à Tévéque de Rome, qui aurait le droit de confirmer seul le jugement, ou, en cas de dissidence^ de le faire examiner par de nouveaux juges tirés des provinces voisines. Ce n'était pas un droit absolu, une faculté de se saisir par luimême d'une affaire pendante; les Occidentaux n'osèrent point aller jusque-là; mais c'était plus que l'évêque Jules n'avait d'abord prétendu, car il n'avait pas encore parlé de ce droit personnel de confirmation. Mais le vieil Osius, qui n'était sans doute que Torgane de sa pensée, le fit admettre, pour honorer, disait-il, la mémoire de saint Pierre; et, par une conséquence naturelle de ce privilège, l'évêque de Naïssus,Gaudence, fit ajouter que l'appelant ne p urrait être remplacé avant que la sentence ne fût rendue définitive par l'approbation du pontife romain. Jules gagna ainsi ce droit d'appel que ses prédécesseurs avaient si longtemps et si vainement convoité, que lui-même s'était arrogé d'avance dans sa première lettre aux Eusébiens; et ce droit, dont le fréquent usage lui était assuré par la dernière clause du décret et par l'intérêt des condamnés, fut consenti par cent soixantedix évêques, et approuvé plus tard par cent cinquante autres qui n'avaient point assisté à' ce concile.
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Si le grand nom d*Athanase manquait à ces décrets des Pères de Sardique, ils impliquaient évidemment la condamnation de tout ce qu'on avait écrit et fait contre lui. L'absolution prononcée par le concile de Rome annulait les sentences de Tjt et d*Antioche, et celui de Sardique le remettait de plein droit dans sa chaire d'Alexandrie. Mais les Eusébiens ne lentendaiçnt pas ainsi ; et comme les armées de l'empereur d'Occident ne s'étaient pas encore ébranlées, ils prirent ses menaces pour de vaines paroles et recommencèrent le cours de leurs violences. Constance, leur instrument passionné, remit son glaive à leurs sicaires. Les prélats orientaux, qui avaient souscrit les canons du véritable concile de Sardique, furent assaillis à leur retour par les satellites du préfet Philagre, et traqués de tous côtés comme leurs prêtres et leurs diacres. L'exil, la torture, la spoliatioji furent le châtiment de leur fidélité à la foi de Nicée, ou plutôt & la cause d'Athanase, qui en était le symbole vivant. Il lui fut interdit à lui-même, sous peine de mort, de reparaître dans la chaire qu'avait prétendu lui rendre l'évéque de Rome. On chassa même d'Alexandrie tous les prêtres qui n'avaient point voulu communiquer avec son compétiteur Grégoire. Mais Tempereur Constant se réveille au bruit de ces iniquités. L'évéque Vincent de Gapoue part de Milan par son ordre pour aller signifier à l'empereur de Constantinople qu'il ait à réprimer ces attentats, à faire respecter les décrets de Sardique ou à se préparer à la guerre. Constance et les Eusébiens s'arrêtent à la voix de ce protecteur de la foi de Nicée. Les orthodoxes orientaux respirent, et la mort
de Grégoire ayant vidé le siège d'Alexandrie, Constance supplie Athanase de venir le reprendre. Bossuet dit à cette occasion que le saint évéque fut rétabli canonique*ment par le pape saint Jules, dont Constant appuya le décret ^. Ce n'est point là de Thistoire. Le concile de Rome y était bien pour quelque chose, et suivant Athanase lui-même dans sa lettre aux solitaires, les empereurs Constant et Constantin le Jeune avaient reconnu son innocence avant que Jules n'eût assemblé son concile. Leur décret en avait précédé la décision. Constant avait fait venir Athanase de la ville d'Aquilée, où il s*était réfugié; il Tavait renvoyé à son siège en l'assurant de sa protection ^, et ses menaces avaient seules forcé le César d'Orient de le réinstaller dans sa chaire.
Cependant la lâcheté de Constance avait porté le découragement dans l'âme de ses évéques. Ils craignirent d'être abandonnés par le faible César qui avait protégé leurs crimes. Ursace de Singidon et Valens de Mursa, dont les sièges touchaient aux frontières de l'Empire d'Occident, se hâtèrent de déserter Tarianisme et demandèrent pardon au grand Athanase de leurs infâmes calomnies. Dans ces temps d'atfaissement que produit la fréquence des révolutions, la foi religieuse n'est pas plus opiniâtre que la foi politique. Nous verrons bientôt ces deux évêques, suivis de bien d'autres, retourner à leur vomissement comme des chiens, suivant l'énergique expression des Pères de l'Église. Les hommes de la