Ut. IV, ch, VII
dire, par Tautorité qui résidait principalement dans révéque de Rome <. Le chef des eunuques, cet Eusèbe laïque dont j'ai parlé, alla donc à Rome des présents dans une main et le glaive dans Tautre. Il commença par des conseils, par des prières même, et finit par des menaces. Libère rejeta les dons de Fempereur et brava les satellites de Teunuque. Il se montra digne de cette prééminence que Fautorité impériale reconnaissait en lui. Enlevé de son palais pendant la nuit, traîné à la cour de Milan, il soutint devant César lui-même l'innocence d'Athanase et l'iniquité de sa condamnation. Il y a dans cet entretien recueilli par Théodoret des paroles qu'il importe de remarquer, sans oublier toutefois que cet historien les écrivait soixante-dix ans après, et qu'Athanase ne les a point rapportées, t Je vous ai fait » venir, aurait dit Constance à Libère, pour vous exhor- 1 ter à renoncer à la communion d'Athanase, parce que » vous êtes l'évêque de notre ville impériale ; » et Libère répondant que ce grand homme n'avait pas été jugé puisqu'il n'avait pas été entendu, l'empereur se serait écrié qu'il l'avait été par toute la terre, et lui aurait demandé pour combien il se comptait dans le monde pour s'élever ainsi contre tous. Certes l'occasion était belle pour dire au chef de l'Empire que lui était le chef de rÉglise, que son opinion faisait loi, et tout ce qu'on dit aujourd'hui que le pape était alors. Mais Libère se borna à répondre que lors même qu'il serait seul, la foi ne succomberait pas pour cela; et ce n'était pas la
J. Fleury, Ut. Xlll, ch. xix.
réponse d*un pontife suprême. Ne laissons point passer sans observation les mots que j*ai soulignés. En s*attribuant la possession de la ville impériale, Goastance donnait un démenti à la prétendue donation de son père, et signalait en même temps la véritable cause de la supériorité des évoques de Rome en l'attribuant à leur résidence.
Quoi qu'on puisse penser de ce récit de Théodoret qui ne dit pas dans quel contemporain il Ta puisé, Constance ne garda plus de mesure envers les rebelles. Libère fut exilé à Bérée dans la Thrace, mais il se montra plus grand que le maître du monde en lui renvoyant les mille pièces d*or que Tempereur lui avait fait remettre et en refusant les sommes plus considérables que Feunuque Eusèbe lui avait offertes, en ajoutant surtout qu'il n'acceptait pas la dépouille des Églises des deux empires. Le vieil Osius ne fut pas mieux traité. Ce vénérable président des grands conciles fut chargé de fers et jeté dans un cachot. C'est seulement alors que le lâche Constance crut pouvoir attaquer de front le grand homme dont il avait frappe les défenseurs. Mais cet homme, cet évêque ne pouvait plus être renversé par un simple commandement, car Athanase avait derrière lui une province toute prête à s*armer pour sa défense. Il fallut cinq mille soldats pour exécuter le nouvel ordre du tyran. Ses farouches satellites, conduits par un officier du nom de Syrianus, forcèrent les portes d'Alexandrie et celles de l'Église de Saint-Théonas où priait et prêchait Athanase. Le pillage^ l'assassinat, le sacrilège signalèrent encore cette invasion nocturne. C'était
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le renouvellement des alrocilés qui avaient souillé Tintronisation de TEusébien Grégoire. Mais le peuple sut mourir sans livrer son évêque, . sans lui permettre de mourir lui-même. Amis, ennemis, tous ne songeaient qu'à saint Athanase. C'était pour l'atteindre que les soldats égorgeaient le peuple, c'était pour le sauver que le peuple s'oifrait au glaive des bourreaux ; ses prêtres, plus courageux que ceux de l'Occident, purent enfin l'entrainer hors de la ville ensanglantée, car, suivant les expressions de M. Villemain, Athanase cherchait le triomphe et non le martyre, et ses fidèles protégèrent son évasion à travers cette légion d'assassins. Il alla chercher un refuge dans ce même désert qu'avait habité sa jeunesse, et raconter aux solitaires les persécutions et les misères qui l'avaient éprouvé depuis le jour où il les avait quittés. C'est le 8 février 356 que commença ce nouvel exil de six années, cette fuite de tous les jours à travers les sables et les cavernes. Le glaive de Constance pénétra dans tous les coins de la Thébaïde, et ne put le rencontrer nulle part. Les disciples de saint Antoine préférèrent le martyre à la délation, et moururent comme le peuple d'Alexandrie, sans révéler la retraite d'Athanase.
Libère ne montra point la même fermeté. Deux ans d'exil suffirent pour dompter le noble caractère qu'il avait déployé. Il souffrait avec peine qu'un autre évêque siégeât à sa place. Le nom de l'antipape Félix, que les Ariens lui avaient substitué, troublait son sommeil. Les ennuis, les privations, les menaces firent moins sur son esprit que son éloignement de Rome. Il signa la con-
damnation d'Athanase et te huitième formulaire que les Ariens venaient de rédiger dans leur conférence de Sirmium. Le centenaire Osius avait déjà donné ce scandale au monde : mais il avait pour excuse le poids de ses fers, les angoisses d'une prison, les tortures dont Faccablaient chaque jour ses infâmes bourreaux, l'épuisement de ses forces, Taifaiblissement de ses facultés. Libère au contraire était dans la force de l'âge, et il abdiquait pour ainsi dire le titre de chef de l'Église, en faveur d'un exilé plus digne et plus illustre. Mais le plaisir de rentrer dans Rome, ou, comme a dit Baronius ^ l'amour de la louange des hommes, ce Satan de tous les siècles, lui cacha la honte de son apostasie. Je ne sais quel théologien moderne s'est efforcé d'atténuer ce démenti donné à Tinfaillibilité du saint-siége par un pape, et de démontrer que Libère ne renia point la consubstantialité du Verbe ; mais le formulaire de Sirmium, signé par lui, ne contenait pas ce mot sacramentel; mais en condamnant Athanasc, il condamnait le Symbole de Nicée, dont ce saint évêque était pour ainsi dire l'incarnation. Saint Hilaire de Poitiers ne s'y trompa point. 11 n'examina point si Libère était un semi-arien ou un arien tout entier, car cette secte s'était divisée en cinq ou six autres dont la définition n'appartient point à mon sujet. Du fond de la Phrygie, où le concile arien de Béziers l'avait fait bannir, saint Hilaire cria trois fois anathème à l'évêque de Rome^ qu'il flétrit des noms de blasphémateur, de prévari-