‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 61 sur 268 · Can, 17 et · texte numérisé non relu

Can, 17 et

trouver môme une sorte de censure indirecte des prétentions de Home dans les septième et huitième canons qui, en réglant les privilèges du métropolitain d'Afrique, lui interdisent de prendre le titre de souverain prêtre, de prince des apôtres, et lui confèrent seulement celui d'évêque du premier siège de la province. Mais ce qui est plus direct, c'est la défense faite aux évêques de passer la mer, d'adresser des lettres aux prélats d'outre-mer, sans la participation expresse des métropolitains. Pour assurer enfin la juridiction suprême et celle des conciles, le cinquième de ceux de Carthage obtient de l'empereur Honorius, le 4 février 400, un édit qui enjoint aux évêques déposés de résider à cent milles de leur ville épiscopale, et qui défend à qui que ce soit d'en solliciter le rétablissement même auprès de l'empereur. Cette dernière défense était renouvelée d'un concile arien d'Antioche. Mais que devenait alors la faculté de recours au siège de Rome établie par le concile de Sardique ? Quand on traduirait le mot de prééminence par celui de primauté, qu'entendrait donc par là le saint docteur, qui est le promoteur et sans doute le rédacteur de tous ces règlements ? La suite des temps ramènera souvent saint Augustin et ses écrits dans la lutte constante des Orientaux contre les prétentions de Rome; et il e&t inutile d'anticiper sur des incidents qui réduiront à néant son prétendu respect pour la suprématie du saint-siége.

Venons à saint Jean Chrysostôme, dont le nom, plus que les actes, a tant servi la cause des pontifes romains. Les persécutions exercées contre cet illustre évêque attirèrent en effet un si prodigieux concours d'Orientaux

dans la métropole de l'Occident, que le pape pouvait dès ce moment se considérer comme le chef avoué de toute l*Ëglise ; et si le premier des Jules avait eu cette bonne fortune, il est probable que la puissance papale eût tenté de s'élever au-dessus des conciles et des empereurs eux-mêmes. Mais un pontife moins entreprenant siégeait alors sur la chaire romaine; Innocent P% successeur d'Anastase, se maintint d'abord scrupuleusement dans les attributions que les conciles avaient stipulées, et dans les devoirs que lui avait imposés la puissance impériale. Prouvons-le parles faits et remontons d'abord à l'origine de ce dramatique épisode. En prenant possession du siège de Constantinople, Jean Chrysostôme avait d'abord agi comme métropolitain de tout l'Orient en s'occupant de la réforme des provinces les plus éloignées. De grands abus s'étaient introduits dans toutes les Églises, et le clergé de la capitale leur donnait l'exemple de tous les vices. La cour même d'Arcadius et d'Eudoxie, livrée au favori Eutrope et à l'ignoble influence des eunuques, présentait au saint évêque bien des désordres et des scandales à réprimer. Les dames de la ville et de la cour, l'impératrice elle-même ne furent point épargnées par son amère censure*, et l'ardeur de son zèle souleva des haines si terribles, que les puissants et les riches se liguèrent pour mettre un terme à ses vigoureuses déclamations. Sa perte fut résolue et poursuivie avec un acharnement incroyable. Ce n'était plus comme au temps d'Athanase l'esprit de secte qui animait les

t. PaUêdei fiiàL, p. i4, etc.

ennemis de Chrysostôme. Ses adversaires et ses partisans professaient les mêmes doctrines. C était uniquement Fesprit de vengeance qui poussait les treize évêques qu'il avait déposés dans la Lydie et la Phrygie, et ceux qui étaient jaloux de sa renommée, irrités peut-être de sa domination, et tous les heureux du siècle qui ne voulaient pas être troublés dans les jouissances du luxe et de la débauche.

L'impératrice Eudoxie fut l'âme de cette conjuration. L'évêque d'Alexandrie Théophile en fut l'agent le plus actif et le plus passionné. Nous l'avons vu s'associer d'abord au zèle de Ghrysostôme pour terminer le schisme d'Antioche; mais l'orateur sacré n'avait point encore ouvert sa guerre apostolique contre le libertinage, l'avarice et la corruption de son temps; et l'avide et fastueux Théophile, pouvant s'appliquer une partie de ces reproches, trouvait plus facile de s'en venger que de changer de conduite. Appelé par l'impératrice, il vint à Constantinople, escorté d'un grand nombre d'évêques déposés par Chrysostôme ou tourmentés de la crainte de l'être. Il atfecta de l'éviter, de ne pas communiquer avec lui ; et dressa le ridicule échafaudage de ses accusations ou plutôt des calomnies qui devaient servir de prétexte à la condamnation du saint réformateur. Arcadius, esclave couronné de son indigne épouse, désigna le bourg du Chêne près de Chalcédoine, pour la tenue d'un synode qui devait jugerChrysostôme,et lui ordonna d'y comparaître. Justement étonné des crimes qu'on lui imputait, le saint prélat désobéit à Tordre de César et aux sommations du synode. Il eût rougi de se défendre contre des calomnies. Mais

les quarante-cinq juges ou plutôt les complices de Théophile ne rougirent point de le condamner. Les grie& ne furent pas même examinés. Le refus de comparaître fut considéré comme un aveu. Sa déposition fut prononcée; et banni par Tordre de l'empereur, enlevé pendant la nuit par un officier du palais, il fut conduit secrètement à l'entrée du Pont-Euxin.

Le peuple apprend en rugissant la violence qu'on a faite à son évêque; il se soulève, il s'arme, il massacre leB matelots qui ont amené Théophile, le menace lui-même; et ses cris de vengeance retentissent autour du palais de ses maîtres. A la fureur populaire se joint par hasard la fureur des éléments. Un tremblement de terre, qui remplit tout ce peuple d'une terreur superstitieuse, est regardé comme un châtiment céleste. Eudoxie tremble. L'empereur ordonne le retour de l'illustre banni; et ce retour est le plus bruyant et le plus éclatant des triomphes. Son exil n'avait duré qu'un jour, son repos ne durera que deux mois; et c'est à l'inflexibilité de son caractère, à sa passion pour la morale publique qu'il devra des persécutions nouvelles. On élevait une statue d'argent à l'impératrice, sur la place même qui séparait le palais de l'église de Sainte-Sophie^; les acclamations de la populace, les spectacles, les jeux, les bals, que lui donnait à cette occasion le préfet de Gonstantinople, troublèrent le service divin, rallumèrent le courroux de Chrysostôme; et le nom d'Hérodiade s'échappa, dit- on de ses lèvres indignées. L'altière Eudoxie l'apprit et ne

i. Socrate, Soxomône, Pallade.

garda plus de mesures. Socrate et Sozomène affirment cet outrage de l'évùque. Montfaucon a essayé, quatorze cents ans apr^s, de le réfuter. Mais les premiers vivaient à Constantinople; et Socrate avait pu assister aux sermons de son métropolitain. Quoi qu il en soit, un nouveau concile fut convoqué dans la capitale même de l'empire. Les évêques accoururent de toutes les contrées de TOrient. Mais la peur de Théophile fut cette fois plus forte que sa ^aii^e. Il n'avait échappé que par hasard, au massacre de jses matelots, et n*osa s'exposer une seconde fois à la colère du peuple. Il se contenta de recruter des juges et ,de diriger les débats par la voix de ses complices. Le QOuyeau synpde m voulut pas plus que le premier examiner les griefs dont on chargeait Chrysostôme. Ses em)e][pis le regardèrent conune précédemment et justejnent condamné. On lui appliqua les deux canons du concile d'Antioche, qui enlevaient tout espoir de réhabilitation à l'évéque déposé qui rentrait dans son diocèse sans avoir été absous par d'autres juges, ou qui en appelait à la juridiction impériale plutôt qu'à celle des évêques. Les défenseurs de l'accusé se récrièrent à l'évocation de ce concile, ils objectèrent avec raison qu'il avait été formé d'un ramas d'Ariens, que ses canons n'avaient été dirigés que contre Athanase. Mais le cinquième concile de Garthage avait reproduit en partie les canons d'Antioche; et s'il est vrai, comme l'assure Pallade d'Hélénopolis, Tauteur de V Histoire Lausiaque^ l'ami particulier de Chrysostôme *, s'il est vrai que ses accusateurs

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