Fleury, liv. XIX, cb. xxviii à xl
d'Hippone ne portaient pas le nom de décrétales, elles n'en avaient pas moins d'autorité que celles du saintsiége. On trouve même à cette époque une assez éclatante dérogation à la compétence exclusive de l'évêque de Rome, de la part de deux prêtres qui appartenaient à un diocèse de la Gaule. Les écrits et les déclamations de Vigilantius de Comminges contre le célibat des clercs, le culte des reliques et l'utilité des moines faisaient assez de bruit dans le monde catholique, sans que Rome parût s'en occuper. Ces deux prêtres gaulois s'en scandalisent, et ce n'est ni à leur évéque ni au pape Innocent qu'ils les dénoncent. C'est au solitaire de Bethléem qu'ils s'adressent ; et saint Jérôme n'invoque l'autorité de personne. Il réfute, il condamne le déclamateur qu'on lui signale, et il arrête par sa seule autorité ce commencement d'hérésie.
La lettre d'Innocent à Victricius de Rouen avait cependant recommandé à tous le respect des droits de l'Église romaine dans toutes les causes : et saint Jérôme ne fut pas le seul qui ne tint aucun compte de cette recommandation. Dans Tannée même qui sert de date à cette lettre, nous allons voir tous les évêques de la Gaule donner un autre démenti à cette omnipotence du saintsiége. Pendant que Rome s'efforçait de devenir la métro^ pôle de l'univers, quelques grandes villes d'Occident s'étaient érigées en métropoles subalternes, et leur exemple encourageait d'autres prétentions. Rome l'avait toléré. Gela convenait à l'ambition d'un pontife qui tendait à s'élever au-dessus de tous les métropolitains.
Proculus, évêque de Marseille, voulut l'être à son tour; I 15
il prétendait ordonner et présider les évêques de la seconde Narbonnaise, et ceui-ci lui refusaient ce privilège, se fondant sur ce que Tévêché de Marseille dépendait de la province de Vienne, et que par conséquent il n'avait aucun droit sur la leur. Ils s'habituaient déjà h reconnaître la ville d'Arles pour leur métropole particulière; et Tévêque d'Arles tentait d'en usurper les droits au préjudice de celui de Vienne qui en jouissait depuis longtemps. Pendant ce conflit de juridiction, un évêque du nom de Félix avait été sacré dans Trêves par des hérétiques, et les évêques de la contrée refusaient de le reconnaître. Ces trois disputes troiiblaient la Gaule entière. Il y avait quelque confusion dans les deux premières, car les trois villes de Vienne, d'Arles et de Marseille venaient d'être comprises dans la seconde Narbonnaise; et cette nouvelle circonscription étant toute récente, puisqu'elle datait de l'empereur Gratien, les juridictions ecclésiastiques avaient besoin d'être remaniées. Les évêques de la province étaient les juges naturels de la question, tandis que l'affaire de Trêves devait être soumise aux évêques de Belgique. C'était là l'esprit des canons de Sardique. Mais les prélats de la Gaule préférèrent se réunir en assemblée générale pour résoudre en commun les trois questions; et ce fut à Trêves qu'ils se rendirent, sans que l'histoire ait gardé la moindre trace de l'intervention impériale et de celle de l'évêque de Rome.
C'est sans doute à propos de cet oubli de ses prétentions, qu'Innocent écrivit sa lettre à Décentius d'Ëugube ^,