Rayle, in-8, t. H, p
2. Eus., neDemonst. Erangel.,^. Sll/Lnct., De Inxt. D/r., liv.V, ch. IV.
les Églises. Il les prémunit contre les fausses doctrines qu'on leur prêche. Il écrit même aux chrétiens de Rome pour les encourager à persister dans la communion des apôtres; et, chose remarquable quand il s'agit d'un siège qui voudra plus tard les dominer tous^ saint Ignace le loue d'avoir instruit les autres sans jamais leur porter envie. Saint Polycarpe s'élève à son tour dans son épître aux Philippiens contre ceux qui ne confessent point la vérité de la croix, qui nient la résurrection et le jugement dernier. Ces hérétiques se multipliaient de toutes parts, et l'êvêque de Rome laissait à d'autres le soin de les combattre. Il n'attaqua point les trois qui parurent sous les pontificats d'Alexandre et de Sixte contemporains de l'empereur Adrien. C'était Saturnin, qui prêchait un Créateur inconnu, père des Anges, des Archanges et des Dominations, et qui attribuait à sept anges la création de la terre et de l'homme. C'était Basilide d'Alexandrie, qui faisait autant de cieux qu'il y a de jours dans Tannée, et qui défendait l'adoration de la croix sous prétexte que Simon le Cyrénéen y avait pris la place de Jésus qui le regardait crucifier en se moquant de ses bourreaux. C'était un autre Alexandrin nommé Carpocrate, qui niait la divinité de Jésus-Christ, la résurrection de la chair, et qui prêchait l'abandonnement à toutes les passions, attendu que Dieu en avait mis le germe dans le cœur de l'homme. Ces abominations , ces controverses excitaient le mépris des païens, qui, confondant hérétiques et orthodoxes, en faisaient des pratiques et des croyances communes à tous les sectateurs du Christ, pour avoir droit d'appeler sur eux
toute» les rigueurs de la puissance impériale; el Tévèque qui siégeait dans la capitale même des persécuteurs, abandonnait à d'autres la gloire de réfuter ces dangereuses calomnies. Cette fois ce fut un prélat d'Athènes et un philosophe de la même ville, 1 évèque Uuadratus et un Aristide, qui se chargèrent de l'apologie des chrétiens calomniés. Uuadratus remit la sienne à l'empereur Adrien pendant son voyage dans TAttique, et lui inspira des sentiments de tolérance et de justice que cet empereur se hâta de manifester dans sa lettre à Minucius Fundanus nouveau proconsul de l'Asie.
Peu de temps après, surgissent les hérésies des Valentiniens et des Marcionites. L'hérésiarque Valentin prêche même dans Rome sous le pontificat dHygin. Il y séjourne au temps de saint Pie et jusqu'à celui d'Anicet. Gerdon, le précurseur de Marcion. y enseigne pu-, bliquement que le Dieu, annoncé par la loi et les prch -• phètes, n*est pas le père de Jésus-Christ. Les trois évé- ' ques romains entendent professer ces hérésies, et ils ne laissent dans l'histoire aucune trace de leur opposition. C'est saint Justin, c est saint Irénée qui les atta(iuent. Justin de Samarie, qui, selon les expressions d'Ëusèbe, prêchait la parole de Dieu sous l'habit d'un philosophe, adresse au premier des Antonins une apologie de la religion chrétienne^ et réfute les erreurs de Cerdon et des Marcionites. Saint Irénée, qui n'est encore qu'un simple prêtre de TÉglise de Lyon, les combat en même temps dans son livre des Héi^ésm, Uome en est cependant infestée. Une femme impure, une courtisane nonunée Marceline, y prêche et pratique la doctrine des Carpocra-
tiens, et y fait de nombreux prosélytes qu'attire sans doute sa beauté facile, L'évêque Ânicel paraît indiflërent .à ces désordres. Il faut que saint Polycarpe quitte son Église de Smyrne pour venir au secours de l'Église de Aome, que son évèque semble abandonner aux novateurs. La parole du saint vieillard était puissante. Il avait vu les derniers apôtres et passait pour la tradition vivante de leur doctrine. Les Yalentiniens et les Marcionites de Rome furent confondus par son éloquence. Il traita Marcion lui-même de fils aîné de Satan. Il força les deux hérésiarques d'abjurer leurs erreurs, et saint Polycarpe eut enfin l'honneur de rétablir la pureté de la foi, que lévêque Anicet laissait publiquement altérer dans son Église.
Ainsi, jusqu'à l'année IGG de l'ère chrétienne, l'autorité de lévêque de Rome n'était pas plus grande, plus .i^pvée que celle des autres. Un seul écrivain lui accor- ^d^ndi une sorte de suprématie. C'est saint Irénée, sur lequel je me suis promis de revenir et dont il est temps d'apprécier le témoignage. Irénée était né dans l'Asie Mineure, il devait son instruction à saint Polycarpe, dont nous venons de parler. Il avait aussi étudié sous l'évêque Papias, qui avait si étrangement interprété la date de Babylone. Envoyé par Polycarpe dans la Gaule, il est ordonné prêtre par saint Pothin, évêque de Lyon, vers l'année 177, peu de temps après le voyage de Tévêque de vSniyrne à Rome. Les victoires apostoliques de saint Polycarpe l'ont supposer que les cin([ livres des IlcTésô'i ont été écrits par Irénée pour appuyer les prédications de sou maître- et c'est dans le troisième de ces
livres * que se trouvent les paroles que nous avons citées. Il est convaincu que saint Pierre est allé à Rome, qu*il a fondé son Église de concert avec saint Paul. Dt!s lors cette Éf^lise est à ses yeux la dépositaire des doctrines apostoliques. Il invite en conséquence tous les chn'tiens h s y rallier, parce qu'elle est, dit-il, la plus puissante autorité, propter patioretn principalitatem. Les livres sur les I/êrésies ont été écrits en grec comme tous les ouvrages d^Irénée, etjai déjà dit, après tout le inonde. (|u*à l'exception du premier de ces livres, ces ouvrages ne nous étaient connus que par une traduction latine, où se trouvent les mots (|ue j*ai soulignés. Quel était le mot grec qu'on a rendu par principalitatem? Personne ne le sait. Faut-il le rendre i notre tour par primauté? <î'est impossible. Cette qualification ne peut être appli(iuée u l'Église de Rome, elle a été primée par cinq à six autres. On a donc entendu la meilleure, b principale autorité de l'Église. Mais quelle était cette autorité si puissante? Sur quels actes était-elle fondée? Nous vriions de voir saint Polycarpe faire sentir tout le poîdsdo la sienne auxdiscipIesdeValentinet deMarcion, dans la ville où résiderait cette puissante autorité dont uu(Min pape ne fait usage. Tous les écrits de ce temps. Ions h'M délmts sur la discipline, toutes les disputes sur In dof;nir. I«>h querelles de siège à siège, les résistances %y\ li'H révoltrH dos évéques d'Occident, démentent cette hupivnuilie qu'on voudrait fairt* découler de ce passage dn riaini IrémV. Tout prouve au contraire quelapréé-
I (;it«|i. ni.|i. I7»N. KU. 1700.
minence n'était alors inhérente à aucun siège. Elle dépendait uniquement du mérite, du savoir, de la vertu de tel ou tel prélat; de la puissance morale qu'il s'était acquise sur toute la chrétienté. Ce que vient de faire Polycarpe dans Rome, Ignace d'Antioche Ta fait avant lui dans tout TOrient. Nous en citerons bientôt de plus puissants encore. Nous nommerons saint Irénée luimême, qui, promu à l'évêché de Lyon après le martyre de saint Pothin, donne à ses paroles un éclatant démenti en attaquant l'autorité du pape Victor dans la question de la Pâque, en l'invitant à modérer la dureté de son opinion, en le blâmant, comme a dit Bossuet, de montrer une intolérance peu propre à entretenir la paix dans rÉglise *. Mais nous arrivons à l'époque où se manifeste l'ambition de l'évêque de Rome, et nous développerons dans le chapitre suivant cette première et infructueuse tentative de suprématie.