I. Ann, EecUt., ann. 419, p
réiection des Papas et à déshonorer l'Église romaine. C'est oublier entièrement ce qu'avaient fait Constantin et ses successeurs; et certes, si le droit n'avait pas été reconnu, ce n'est pas le faible Honorius qui l'aurait inventé. La conduite subséquente de Boniface infirme cette outrecuidance du Père Pagi. Le 1" juillet de la même année, le jour même qu'on assigne à l'ouverture du prétendu concile de Ravenne, Boniface écrit à l'empereur pour le prier d'empêcher à l'avenir les brigues qui souillaient depuis quelque temps l'élection des Papes; et Honorius lui répond par un nouvel édit, que si désormais deux évêques se disputaient (le siège de Rome, les deux élections seraient annulées, et que celui-là seul y monterait qui aurait été élu du consentement de tous. Le Père Pagi aurait dû également se rappeler que le même Boniface avait réclamé l'intervention de son empereur à propos de la nomination de Périgène à l'évêché de Corinthe.
Ce siège dépendait de la métropole de Thessalonique, capitale de l'Illyrie. Cette province ayant été divisée en Illyrie orientale et occidentale, le métropolitain de Cons* tantinople prétendait étendre sa juridiction sur la portion que l'empereur d'Orient avait retenue, tandis que l'évêque de Rome soutenait que ce partage politiquje n'entraînait point la division de l'autorité spirituelle, et que toute l'Illyrie devait rester soumise à sa juridiction ecclésiastique. Boniface avait en conséquence confirmé l'élection de Périgène et donné l'ordre à Rufus, métropolitain de Thessalonique, d'aller installer le nouvel évêque de Corinthe. Les, prélats de l'Illyrie orientale protestèrent
contre cet acte d'une autorité qu'ils kie voulaient plus reconnaître. Ils en écrivirent à leur empereur Théodose le Jeune; et le 14 juillet 421, cet empereur d'Oriept, faisant droit à leur requête, décida que le différend devait être soumis aux évéques de rillyrie orientale et définiti* vement jugé par le métropolitain de Gonstantinople, qui c jouissait, disait-il, dans cette province des prérogatives de Tancienne Rome, t En conséquence de cetédit, le métropolitain Atticus ordonne la convocation d'un concile à Corinthe pour examiner l'élection de Périgène, sans égard à l'approbation de Boniface. Celui-ci s'en indigne^ il enjoint à Rufus de s'opposer à l'ouverture de ce concile, il firappe d'anathème trois ou quatre des évéques qui ont signé la requête à l'empereur d'Orient, il écrit aux évéques de Thessalie, d'Âchaïe, d'Ëpire, de Dacie et d« Macédoine pour leur défendre de se rendre à Corinthe el de remettre en question ce qu'il a déjà décidé lui-môme { il leur rappelle les aiiaires d'Athanase et de Flaviea d'Antioche, pour en déduire comme une conséquence naturelle la subordination des évéques d'Orient au siège de Rome. Mais les deux questions étaient différentes^ et les évéques d'Orient ne s'émurent point de celle'* ci. Ce n'était pas une prétention nouvelle qu'élevait Boniface. C'était la continuation d'un ancien droit qu'il ré^ clamait, puisque l'Illyrie tout entière avait été jusqu'alors soumise à la juridiction romaine; mais un empereur s'en était mêlé, et Boniface se garda bien de s'attaquer directement à la puissance impériale. Il eut recours à celle d'Honorius. Celui-ci en écrivit à son collègue ; et Théodose le Jeune, rapportant son édit du 14 juillet, voulut bieo
reconnaître que l'illyrie entière restait soumise à Tautorite spirituelle de l'Église romaine.
Le Père Pagi aurait dû reconnaître à son tour qu*il était des cas où l'évêque de Rome était forcé d'avoir recours à cette puissance impériale que ce cordelier du dix-septième siècle traitait avec tant de hauteur. Il prenait mal son temps pour s'indigner de cette intervention, car ce même Honorius, usant des prérogatives dont avaient joui ses prédécesseurs, intervenait en maître suprême dans la discipline de TÉglise. Informé des scandales qui la déshonoraient, il renouvelait la défense qu'on avait faite aux prêtres de cohabiter avec d'autres femmes que leurs mères et leurs sœurs, leur permettant seulement de garder celles qu'ils avaient épousées avant leur sacerdoce, et le même édit condamnait au bannissement les ravisseurs de vierges consacrées à Dieu. Si cette dernière loi appartenait à l'autorité impériale, la première était évidemment du ressort de l'ecclésiastique, car elle ne faisait que reproduire les décrets d'une infinité de conciles; et en renouvelant cette défense l'empereur faisait un acte de suprématie à 1 égard de l'Église.
Boniface ne jouit pas longtemps du triomphe qu'il avait obtenu sur le métropolitain de Constantinople. Il mourut en 422 vers la fin d'octobre, et Célestin prit sa place le 3 novembre suivant. C'est ce nouveau pape qui reçut, comme je l'ai dit, la lettre synodale des évêques d'Afrique, et il dut voir avec douleur que cette province était comme tout l'Orient fort éloignée de reconnaître les droits que voulait s'arroger le saintrsiége. Mais une dis-
pute célèbre, envenimée par la haine réciproque des deux métropolitains orientaux, accompagnée des plus violents scandales, offrit bientôt à Célestin Toccasion de regagner le terrain que le manifeste des Africains lui avait fait perdre. Un prêtre du nom d*Ânastase, qui avait suivi à Constantinople 1 eveque Nestorius, s'était écrié du haut de la chaire : c Que personne ne nomme Marie mère de Dieu. C'était une femme, et Dieu ne pouvait naître d'une créature humaine, t Ces paroles avaient excité une grande rumeur. Le peuple s'était enfui de l'église, les prêtres avaient couru chez leur évêque pour lui demander justice de cette hérésie; et Nestorius, qui l'avait secrètement suggérée, les fit frémir de surprise en répondant qu'il la soutiendrait lui-même. Il défendit en eftet que Marie fût appelée mère de Dieu^ disant qu'elle n'avait engendré qu'un homme dans lequel s'était incarné le Verbe divin, que le Christ était cet homme, et que Marie ne devait être appelée que mère du Christ, La colère des catholiques éclate contre l'évêque. Un avocat de Constantinople, nommé Eusèbe, se rend l'interprète de l'indignation publique. Un autre laïque, nommé Marins Mercator, ami de saint Augustin, attaque à son tour l'hérésie de Nestorius. L'évêque de Cyzique, Proclus, prêche contre lui en sa présence. L'évêque Cyrille d'Alexandrie, instruit par quelques moines du ravage que font les sermons de son frère de Constantinople, écrit de tous cotés des lettres foudroyantes contre cet indigne collègue, et ces lettres sont lues dans toutes les églises de la province. Elles sont mises sous les yeux de Nestorius, qui s'en irrite et fait dénoncer leur auteur à Théodose le Jeune par 1 17
quelques Alexaudrius bannis d*Égypte par Cyrille et réfugiés à Constantinople.
Les deux métropolitains deviennent dès ce moment les chefs des deux partis que cette hérésie a mis en opposition. Ils s'étaient signalés déjà Tun et Tautre pendant la persécution des Ariens et des Pélagiens. Tous deux s'étaient montrés impitoyables, sanguinaires même, et ils apportaient dans leur dissentiment toute Tâpreté, toute la violence de leur caractère. Mais Cyrille n'avait pour lui que des évêques et des moines, tandis que Nestorius était ouvertement soutenu par toute la cour et par l'empereur lui-même. Les partisans de Cyrille, prêtres et laïques, étaient maltraités, battus par les officiers de Tempire; et Tévêque d'Alexandrie, las de s'en plaindre à son clergé, s'adressa à l'empereur lui-même. Il écrivit en même temps aux trois sœurs de Théodose, leur expliquant, comme à tous, l'état de la question, le sentiment des anciens Pères de l'Église, et la nouveauté que Nestorius voulait y introduire. Voyant enfm que le crédit de cet hérésiarque l'emportait sur ses pieuses doléances, il prit le parti d'envoyer à l'évêque de Rome le récit exact de cette affaire, avec les copies de ses propres lettres et des sermons de Nestorius. Mais l'esprit des Orientaux se manifesta dans les instructions qu'il donna au diacre Possidonius en le chargeant de ce message ; « Informezvous d'abord, lui dit-il, si Nestorius a écrit à l'évêque de Rome; s'il ne l'a point fait, ne remettez point à Célestin les papiers que je vous confie, et revenez sans parler de l'objet de votre voyage, > Il ne veut pas qu'on prenne sa démarche pour un appel au siège romain. Il tend seu-
lement à flairer son collègue dans le cas où son adversaire en aurait surpris la religion.
C'est ce qu'avait précisément tenté Nestorius. Il avait expliqué sa doctrine à Célestin, avec une modération de langage qui devait attester sa bonne foi et réfuter d'avance les reproches de fourberie que lui adressaient ses ennemis, et que n'ont pas manqué de reproduire les historiens de l'Église '. L'envoyé de Cyrille remplit alors sa mission ; et Célestin saisit avec empressement l'océan» sion qui lui était offerte. Malgré les précautions de Cyrille, il pouvait se croire l'arbitre avoué des Orientaux. Il convoqua un concile, qui fut ouvert à Rome au mois d'août 430, et qui examina sous sa présidence les écrits de Nestorius et les lettres de son antagoniste. Sa doctrine fut condamnée comme contraire à celle de l'Église; et l'heureux Célestin fit part de cette sentence à Nestorius lui-même, au clergé de Constantinople, à l'évêque Jean d'Antioche, à Rufus de Thessalonique, à Juvénal de Jérusalem, à Flavien de Pliilippes, comme étant les possesseurs des plus grands sièges de l'Orient. Les six lettres furent remises au diacre Possidonius, et il en ajouta une septième plus particulière pour Cyrille, dont il loue la ferveur et le zèle. Mais il n'oublie pas de reproduire les prétentions du siège de Rome en chargeant l'évêque d'Alexandrie d'exécuter la sentence de son concile contre un métropolitain soutenu par l'empereur d'Orient, de l'exécuter surtout au nom de son siège, d'agir à sa place en vertu de son pouvoir apostolique. Il accorde dix jours