‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 85 sur 268 · I. Fleury, Hv. XXVI, ch. xliv · texte numérisé non relu

I. Fleury, Hv. XXVI, ch. xliv

D*8Utre8 calamités étaient to^nbées sur rAfrique. Le Vandale Genséric y était entré comme une flèche, et Tarianisme l'y avait suivi. La ville d'Hippone avait succombé après quatorze mois de siège, pendant lesquels saint Augustin avait terminé sa glorieuse vie. Carthage qui, depuis sa première chute, avait compté de siècles de prospérité, subit en 439 de plus grand malheurs que ceux dont Rome l'avait accablée. Tout ce qui était grand et riche était pillé, banni, forcé de demander à l'étranger un asile et du pain. Le même sort était réservé aux évêques catholiques de la province. Pressé par les Donatistes qui s'y étaient maintenus malgré les anathèmes dont les conciles les avaient frappés, Genséric chassa les orthodoxes de leurs sièges, mit en feu la plupart de leurs, églises et distribua les plus belles aux Ariens qui avaient suivi ses armées. Traqués de toutes parts, poursuivis par le glaive des Barbares, les catholiques gagnaient avec peine les rivages de la Sicile et de l'Italie, et racontaient au pape Léon les désastres dont l'Afrique était victime et l'usurpation de leurs sièges par des laïques, par des bigames, par des hommes couverts de vices et de crimes. On prétend qu'animé d'une sainte indignation il fit partir un légat pour mettre ordre à ces scandales. On nomme même l'évêque Potentius comme chargé de cette périlleuse mission. On ajoute qu'il confirma les laïques promus à l'épiscopat, et qu'il se borna à déposer les bigames, qu'il admit le repentir du novatien Donat de Salicineet du donatiste Maxime. Mais je me demande comment le Barbare qui se faisait appeler roi de la terre et de la mer, le sanguinaire persécuteur de tous les évêques

catholiques, en était venu dans si peu de temps à tolérer ces conversions, à laisser un légat romain exercer dans son royaume ces actes de suprématie au nom d'un pape dont il ne reconnaissait ni la doctrine ni Tautorité? Qui l'a dit? L'histoire contemporaine garde le silence. Socrate et Sozomène avaient clos leurs annales vers 439. Les lamentations de Théodoret de Cyr ne nous éclairent point sur ces faits. Victor de Vite, qui raconte dans les plus grands détails les malheurs des orthodoxes d'Afrique, ne parle point de cette mission de Potentius. Genséric eut à la vérité un caprice de tolérance pour complaire à Valentinien III, avec lequel il venait de signer la paix. Il en était résulté que les catholiques de Carthage avaient obtenu la permission de se donner un évêque et la jouissance d'une église, C4et évêque nommé Deogratias, trouva même chez ses fidèles et dans ses propres ressources, assez d'argent pour racheter, en 455, seize ans après la conquête, des milliers de captifs que Genséric avait faits; ou cite encore un autre évêque, l'octogénaire Valérius, comme rentré dans son Église, un troisième, nommé Victor, était revenu dans le diocèse de Cartenne ; et il est possible, comme le fait dom Ruinart, commentateur de Victor de Vite, de placer la mission de Potentius à l'époque de ces actes de clémence et après la paix de Valentinien III *. Mais cela ne dura pas longtemps. Les intrigues des Ariens ramenèrent le Barbare à ses instincts de férocité. Dès que cet empereur eût cessé de vivre, Genséric reprit le cours de

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