‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 9 sur 268 · Page Lxxxxvi · texte numérisé non relu

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les conciles de Césarce, du Pont et des Gaules s'étaient assembles sur la convocation des métropolitains, et (lu'au lieu donionner ces assemblées, Victor n'avait fait que suivn» leur exemple en convoquant la seule Église qui fût encore soumise îi sa juridiction épiscopale.

Zéphirin hérita de son orgueil et de sa violence comme de sa chaire apostolique. Il se montra le digne successeur d'un pontife qui avait fait un si grand et si vain abus des excommunications; et ses anathèmes firent d'autant plus de bruit dans l'Église, qu'ils tombèrent sur un prêtre quî la remplissait de Téclat de son éloquence, et qui rhonorait par l'austérité de ses mœurs. Tertullien, homme S4»vère et dur, était né avec la passion de la vertu et de la vérité. Révolté de Timpudicité des païens, il avait embrassé le christianisme et l'avait énergiquement défendu par ses écrits. Mais les vices des chrétiens de Rome, l'insolence de leurs prêtres, leurs outrages mêmes le jetèrent dans la secte des Montanistes. 11 ne vit point leurs dogmes qui n'étaient au fond que l'exagération des doctrines apostoliques. Il ne considéra que la rigidité de leurs principes, et cela est si vrai qu'il n'en persista pas moins dans sa guerre opiniâtre contre les hérétiques. Il attaqua même avec une vigueur nouvelle les disciples de Valentin et de Marcion, les Caïnites et tous ceux des Gnostiques quî voulaient saper la doctrine de l'Église. Il ne se séparait que de ses ministres : et par une bizarrerie qu'explique la violence de son humeur, il voulut marquer sa scission par un signe visible en échangeatit son habit de prêtre contre le manteau des philosophes. Il avait

dît cependant dans son Apoiogétifue qu*un ouvrier chrétien en savait plus sur la diTinitë que Platon lui-même et que tous les philosophes du paganisme. Mais Tertullien n'était pas maître de sa colère, elle remportait toujours phis loin qu'il n'aurait voulu; et les Montanistes réprouvèrent à leur tour. U s'aperçut de quelque relâchement dans leurs mœurs; c'en fut assez pour rompre avec eux, et ne trouvant plus dans le monde une secte assez pure pour y chercher un refuge, il en fonda lui-même une nouvelle qu'il dota de son nom et de son intraitable rigorisme.

L'évêque Zéphirin le saisit à son passage dans celle des Montanistes. Ces prétendus prophètes avaient été condamnés trente ans auparavant par les évêques d'Asie, qui les avaient rejetés de la communion chrétienne. L'évêque de Rome ne fît que renouveler cette excommunication, et tout prouva que^ l'adhésion du prêtre de Carthage avait été la seule cause de cette violence. Au reste cette peine canonique n'était point alors ce qu'elle est devenue depuis, quand le christianisme eut envahi le 'monde, quand la superstition Teut entourée de ses plus lugubres, de ses plus terribles fantômes, quand le malheureux séparé de la communion des fidèles fut par cela même retranché de la société des hommes. Mais au temps 'de Zéphirin , le chrétien . excommunié par ses frères, gardait encore sa place dans le monde profane. L'évêque de Rome n'y gagna point son privilège et Tertullien n'y perdit point sa renommée. Sa chute n'empêcha point saint Cyprien fie l'appeler le maître, saint Jérôme de le louer comme Tini des premiers «Vri-

vains de l*Églî$e. Saint Vincent, le 'solitaire de Lérins. rélevait au-dessus de tous les Pères ^ins. Treize siècles apr^s, Bp^uet-^toutcn lui reprochai)t son orgueillpuse ^vçp^i, le (considérait comme un 4es plus djm^fh^mpipn3 de la foi chrétjenne. et Chateaubrfapd |e surnon)(]r)a plus tarf| le Bq^^ue^ (]p TAfriquei. I| ne resta do tac))p qi4^ sur 1^ pfiémpir^ de Zéphirin, qui^ après s'êlrq cap||é pqur ^»rhîjpper i\ 1^ ppr^'^cution de S^pti^p^ Séyèrp * ne ^prtit f}e s^ retraite qqp pour imiter Tintoléra()pe dont jl ^vajt fail|i devenir |^ yictii^e.

Cette fit'vre d'anatluMnes et de (Jj^fqsj^ipns f|)^()fflques 9fi calpf^tit spi{s jes pqntjficats de Calixte, d'Urbain, dp Pqntiçn et flAntpros, qqj occupèrent le ss^jp^rsi^ de l'an 219 JMsqu'ei) ^3G: pendant les règnes iqfàpies de Çaracalla. de Marcien, dHéliogabale et celui d'Alexandre-Sévèrp qui fut assassiné par son li^^tfnaot flaxiïpin pour aypjr youlu réprimcîr les vices dont ses trois prédécesseurs avaient donné le scandaleux exeinple. J.e pape Calixtp ne se fit connaître que par la confirmât jpn du jeûne des Quatre-Temps; et le pape Urbain par le prpfnjer tén|oigiiage de la richesse et du faste des églises, en ordonnant que l'argent serait désormais la matière des vases sacrés. Oriicène dominait alors le monde chrétien: et devant l'éclat de sa rer]omm(?e pûlis- Spnt tous les évéques de son temps, ipéme Demetrius (}'Alexandrie qui s'était si hautement et si éloquemment prononcé contre cet eunuque vol<)ntaire. Mais ce grand maître tles Églises, comme l'a surnommé saint Jérôme.

i. Pagi, m Zejihir., p. 1.

n*eut d'autre relation avec TËglise romaine,, c|(i*ufi s^J9ur de quelques mois dans la capitale du mppde |[)epdant le pontificat de Zéphirin, et les cinc] successeurs (je ce pape le laissèrent dominer ei^ paix les chrétiens d*Âs$^ et d'Afrique par ses enseignements. Aucun point (Je discipline, aucune question de suprématie ne leur doi^na l'occasion de se manifestef ; et c'est à tort gu'pn attribue au pape Fabien, successeur d'Anteros, un apte de souveraineté à regard de la Gaule. L'Église de France, dit l'historien des Papes que j'ai déjà cité, se croit redevable à saint Fabien de la mission apostolique de quelques saints personnages qui vinrent y prêcher la foi S et il s'étaye du témoignage de Grégoire de Tours. Or, en recourant au texte de notre vieil historien, on trouve bien les noms des sept évêques envoyés dans les Gaules : mais il n'est pas question de celui qui leur confie cette mission apostolique. Le nom de saint Fabien n'y est pas même mentionné; et le bon évêque de Tours, par un anachronisme d'une vingtaine d'années, donne le nom de Sixte au pape de cette époque en le faisant périr pendant la persécution de Dèce. L'envoi de ces sept prélats dans un pays qui avait possédé des Pothin et des Irénée, ne peut être expliqué que par le massacre épouvantable qu'ordonna ce farouche empereur dans toutes les provinces de son empire. Mais on ne peut alors regarder ces sept évêques, au nombre desquels figurent saint Denys et saint Saturnin, comme des délégués du pape Fabien puisqu'il avait subi le martyre pendant

i. Tora. ï, p. 54.

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cette persiVutîon: et c'est en effet après l'avoir racontée, que FabW Fleury. dirigé par une saine critique, parle de la venue de ces missionnaires dans la Gaule. Mais en lixant cet événement à Tan iW, il est impossible de Tattrihuer à aucun évéque de Rome, puisque cette annexe corresj>ond à la vacance du saint-siége, qui suivit cette persécution, et qui, malgré Tassertion de Platine, ne peut avoir dun» moins d'une année. Mais comment sup|>oser alors que le clergé romain eût osé nommer des évéques pour la daule. quand il n'osait pas en nommer un pour son F'iglise. comme récrivaient au clergé de (larthage les prêtres et diacres de Rome? c Depuis la mort de saint Fabien, et vu la diflSculté des temps, di- Huicnt-iL nous n'avons pu encore avoir d'évéque, pour examiner avec autorité ceux qui sont tombés dans l'apostasie. • Ainsi donc, pour tirer de cette mission une prenne de supn^matie sur la Gaule en faveur de l'évéque de Rome, il fallait se demander d'abord s*il en existait un: et la date fixi^ par Fleurj* dépose du contraire. Laissons donc cette question pour en traiter une plus importante qu'um^ne cette lettre du clergé romain à rt'lgliso de Carthage.

Klle était née de la persi'cution de Dèce et des abjurations (|ue la terreur avait produites dans toutes les provin(*es de la chrétienté. Les fidèles n'avaient pas tous airronté le martyre. Un grand nombre avaient reculé devant les lions et les torturer. Mais la puissance de la loi, l'exemple des martyrs ou le remords avaient ranieni» h Jésns-C'hrist le plus grand nombre de ces apostats : et le clerp'de Home, prévoyant la résipiscence de

tous, pensait qu'il ne fallait point les abandonner ni les repousser de rÉglise, surtout à l'article de la mort. Un sous-diacre Africain s'étant trouvé à Rome pendant cette persécution, le clergé romain profita de son retour en Afrique, pour envoyer sa lettre aux Carthaginois et pour les engager à ne pas traiter les apostats malades avec une rigueur excessive. I^ clergé de Carthage transmit c€tte lettre à saint Cyprien, son évoque, qui s'était réfugié dans les cavernes de l'Atlas pour échapper aux persécuteurs; et le saint et savant prélat approuva, quant aux malades, la tolérance du clergé de Rome. Mais il réserva la question à l'égard des autres. • C'est, disait-il, un point de discipline qu'il ne pouvait décider seul; et qu'aucun prêtre, aucun évéque n'avait le droit de régler par ses seules lumières. • Il ordonnnait à son clergé d'attendre que la paix régnât dans l'Église, et qu'une assemblée d'évêques pût alors lui imposer sa décision souveraine. Le clergé de Rome professait cette même doctrine dans une seconde lettre qui arrivait à Carthage en même temps que la réponse de saint Cyprien à Rome. La question agitait la chrétienté tout entière; et les Romains, comme tous les évêques, déclaraient qu'un seul ne pouvait prononcer, sans s'exposer à de grandes haines, qu'un décret enfin ne pouvait avoir d'autorité s'il n'était consenti par plusieurs. Ainsi, de l'aveu même du clergé romain, l'autorité, la prééminence, la suprématie, en matière de foi n'appartient encore à personne, pas même à son évêque. Un autre enseignement résulte de cette correspondance, c'est que le nom de pape était encore domié îi tous les évcciues, et que tous étaient

égaux en droit, car le clergé de Rome jdonne ce titre à saint Cyprien, et celui-ci nomme saint Fabien son collègue en répondant à l'annonce de son martyre. Un an j^lus tard cet état de choses ressort du traité du même Cyprien sur Y Unité de VÉylise, • Elle est une, dit-il, et c est ce que Jésus-Christ a établi en la fondant sur un seul apâtre. Mais Tépiscopat est un aussi, et chaque évéque eh tient sa part. Cette unité féconde s*étend et se 'multiplie largement dans le monde. Elle est comme le soleil qui n*a qu'une lumière mais beaucoup dé ràyoïis. C'est Tarbre à plusieurs rameaux, mais dont le tronc unique est attaché à la terre par de profondes racines. • Il avait dit auparavant aux apostats : c L'Église catholique est une et les évêques joints ensemble sont les liens de cette union. • Son explication de l'unité est toujours et partout la même, et les évêques de Rome ne protestent point contre ces déclarations du nouveau régulateur des chrétiens. La doctrine de saint Cyprien n'est au reste que la répétition de ce qu'avait écrit, soixante ans dvànt lui, le docteur que nous avons tant cité, c Nos homWeuses Églises, avait dit Tertullien, sont censées la mêhle Église, la première de toutes fondée par les apôtres et mèi^ de toutes les autres. Toutes sont apostoliques, toutes ensemble ne sont qu'une même Église par la communication de la paix, par la dénomination de frères et tés liens d'hospitalité qui réunissent tous les fidèles. » Et c'était sous les pontificats de Victor et deZéphirin que cette explication était publiée ; et Zéphirin , qui avait blâmé ïertuliien comme sectateur de Montan, n'avait point attaqué cette détinition de l'Église parce que la

tentative de Victor venait d'échouer contre la réàîstance de tous, et que le prêtre àe barlhage avait èxpril&ë la pensée générale de l'Église.

Un chef cependanl a été donné à celle de RoiUS dans la personne de saint Corneille, et douze évêquës, dont deux Africains, ont pris part à cette élection qu'a ràtiiSée le consentement du peuple. Fleury prétend qiië Dëce régnait encore, d'autres affirment qu'il avait déjà péri, et je me range à cette opinion, que sâiiit Cyprièii a co&iirmée en disant dans sa trente-cinquième épitrë, que cet empereur aurait soutfert plus voloniiiers un& révolte dans l'État pour lui disputer l'empiré, que l'élection d'un évéque de Rome, protecteur naturel dé la religion qu'il voulait anéantir. En eflet, pendant la persécution de Dèce, il était impossible que douze évêqués se fussent trouvés dans Rome, et qu'ils eussent osé s'âs^ sembler publiquement, quand ils étaient traqués de toutes parts. Il était encore plus étonnant qu'un posté aussi périlleux eût été disputé par deux compétiteurs. Cette rivalité était née d'ailleurs de la question des apostats repentants, et ce n'était point pendant la vie de DècB qu'on pouvait examiner si l'Église devait absoudre oii punir lés chrétiens qui étaient revenus à la foi qu'il avait proscrite. Le rival de Corneille était un prétire nommé Novatien, homme d'une foi assez éqùivô'qUfe pendant la persécution, et qui, dans le court iritervallfe de tolérance qui avait suivi la mort de Dèce, s'était |)ns tout à coup d'un zèle rigoureux pour là piifeté dfe l'Église. Corneille ayant admis les apostats repentauis à la pénitence, l'ambitieux Novatien se révolta contre

ceite cléineiice et professa ouvertement qu'il fallait les repousser à jamais de la communion des fidèles. Un schismatique africain du nom de Novat, qu'un concile de Carthage avait condamné comme tous les ennemis de saint Cyprien, vint à Rome s'associer aux prédications de Novatien. Ils accablent Corneille de calomnies, ils séduisent les purs, les rigoristes, ils font venir trois évoques du fond de Tltalie. Novatien se fait sacrer par eux évéque de Rome; et s'il faut en croire Eusèbe de Césarée ', Corneille lui rendit outrage pour outrage en Taccusant d'avoir grisé les trois évêques pour qu'ils ne reconnussent point Todieux et le ridicule de cette consécration.

Voilà donc deux pontifes sur le siège de Rome, et le premier schisme (jui éclate dans T Église romaine. Les deux rivaux écrivent de tous les côtés pour justifier leur élection, et se chargent mutuellement de malédictions et d'injures, comme nous venons de le voir par le reproche étrange que saint Corneille adresse à Novatien. Le monde catholique se divise. La plupart de ceux qui rejettent la réconciliation des apostats se déclarent pour Novatien, mais Corneille est souteim par un plus grand nombre, et surtout par Denys d'Alexandrie, qui traite hautement son concurrent de schismatique et 1 engage pour le salut de son àme ii resi>ecter l'unité de rÊglisc. Saint Cyprien fait dans un concile un examen plus approfondi des deux élections et de la question des apostats, quoiqu'un synode romain ait déjà prononcé en

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