‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 90 sur 268 · Evagre., liv. II, ch. n; Zonare, Uv. XHI, p · texte numérisé non relu

Evagre., liv. II, ch. n; Zonare, Uv. XHI, p

C'cët lui qui vint annoncer à saint Léon cet échec de sa doctrine et de sa puissance. Un grahd ridttibre d'éveqùes d'Occident se trouvant à Rortie, il en profila pour faire casser par un concile les décisions de celui d'Éphèse qu'il traita de conciliabule. D'autres fugitifs lui apportèrent bientôt des nouvelles plus alarmantes; et Tappel qu*ils faisaient à son autorité tempérait la juste affliction dont leurs réfclts le pénétraient. Dioscore dominait TOriènt, il avait placé sur le siège de Constantinople un prêtre de sa province d'Alexandrie, nommé Anatole; il déposait et remplaçait tous les amis de Flavien, Domnus d'Antioche, Ibas d'Édessfe, Sabinîus de Perrhe et d'autres qu'il est inutile de nommer. Dioscore persécutait méine ceux que la mort avait dérobés à sa vengeance. Il faisait disperser leurs ossements, brûler leurs images, rayer leurs noms des sacrés Dyptiques. Eutychès lui-même oiibliail son âge et son vœu dhumilité. en secoildatelt hautement les violences de son vengeur, et justifiait sa condamnation par ses propres fureurs. Le démon de Foi^eil se réveillait en lui à l'aspect des bassesses de certains gvêques qui l'appelaient leur père spirituel et lui demandaient pardon de Tavoir persécuU?. D'autres montraient plus de dignité en pleurant la faiblesse qu'ils aTaient eue de souscrire au conciliabule d'Éphèse. Tout esi désordre et confusion dans l'Orient, les hommes, les doctrines, tes dogmes dont on s'appuie, les décisions ca- Mbiqiies qu'on rappelle. Cest à s'étonner que la religion du thrisi se soit maintenue dans Tesprit des peuples qui assistaient à ces désordres, à ces réactions, à ces palinodies de se^ ministres: et cependant Théodo» écrit

à Valentinien, son collègue, que, depuis là morl de Plavieti, la pait est rétablie dans les Églises de son ertijiîre. Cet empereur, toujours jeune malgré son âge, toujours trortipé par ses eunuques, n'est plus qlîe î'itistriimèrit aveugle des passions du patriarche Dloscoi'e, et il s'irridgine que le calme de son palais règne dans toutes ses provinces. Le fameux Théodoret, évêque de Cyr, ne fut point épargné par ces déportements d'une faction impie. Il avait combattu Terreur d'Ëutychès et bravé la colère de Dioscore. Persécuté par Théodose, il s*étâit téfugië dans le monastère d'Apamée où il avait passé sa jeunesse, et du fond de cette retraite il adressa ses pilàinte^ à Tévéque de Rome.

Saint Léon, averti de tous les côtés, affligé de toutes ces nouvelles, éclate contre ceux qui renvei^sent ainsi lès anciens fondements de la doctrine oattiolicjùe. Il appelle Didscore une bête féroce, entrée dans la vigne du Seigneur pour la ravager, pour livi^er aux lou{)S les brel)îs et les pasteurs; il écrit à l'empereur d'drient pour défendre la vie et la liberté des prélats ortKciddiës, îl écrit en même temps à Pulchérîe, sœiil* de Thëodcise, aux évoques orientaux, au clergé et au pèùpiie de tonstaritinople. Tout cet empire retentît de ses doléances, de ses admonitions, de ses menaces. Il sollicite de Teml>ereur la convocation d'un concile œcilménifjue eiî Italie. C'était demander l'impossible et prouver (in même temps qu* il n'avait ni le droit de le convoquer lui-même, ni le pouvoir de le rassembler. Il se fait appuyer par Valentinien III, par sa mère Placidie, que touchent ses larmes et ses prières. Thfeodosfe est iclflexlblèi, 11 Refuse

le concile qu'on lui demande, il justifie tous les actes d'Éphèse et leurs désastreuses conséquences. Dioscore répond à son tour par des anathèmes. Il se sépare de la communion de Rome et force dix autres évêques à signer cette excommunication ^ Tillemont dit qu'ils le firent en gémissant et en pleurant. C'est possible; mais cela prouve que le temps des martyrs était passé, la richesse des évéques les attachait à la vie ; et les saints qu'on faisait alors ne se distinguaient plus que par des prédications ou par des luttes sans péril contre l'hérésie.

La mort de Théodose le Jeune, arrivée le 29 juillet 450, changea tout à coup la face des choses. Sa sœur Pulchérie, qui avait lutté pendant plus de quarante ans contre l'influence des eunuques, saisit les rênes de l'empire. C'était la première femme qui prenait en main le sceptre des Césars, car Justine n'avait régné en Occident que sous le nom de son fils, et le supplice de l'eunuque Chrysapius signala son avènement. Mais elle fut effrayée de sa position et chercha dans sa cour un homme assez puissant pour imposer au peuple, et en même temps assez docile pour n'attenter ni à sa propre domination, ni même à sa virginité. Ce dernier point n'était pas difficile. Elle était presque septuagénaire; et un vieux guerrier du nom de Marcien , parvenu par ses services à la dignité de sénateur, accepta l'empire et la main de Pulchérie aux conditions qu'elle y mettait. Quoique fameux par ses talents militaires, ce général avait pour maxime qu'il ne fallait point courir aux armes tant que la paix

i. Concik de ChaUèdoine, i, W, p. 4S6 ei suiv.

était possible, et il résolut de la rendre à TËglise. Il rappela tous les évêques bannis, rétablit Théodoret sur son siège de Cyr, et provoqua un nouvel examen de la doctrine d'Eutychès. Le patriarche Anatole rompit avec Dioscore qui lui avait conféré ce titre, assembla en concile une foule d'évèques, d'abbés, de prêtres et de diacres qui se trouvaient à Constantinople, y admit les légats de saint Léon, envoya à toutes les Églises d'Orient la lettre de ce pape, que le concile d'Éphèse et lui-même avaient refusé d'entendre, et par ces actes d'orthodoxie ou plutôt de servilité, fit reconnaître son élévation. Marcien avait écrit au pape en sa faveur, mais Fleury s'avance un peu trop en disant que le nouvel empereur s'était adressé à Tévêque de Rome comme au chef de la religion^. Tillemont dit seulement, mais de lui-même, comme au premier évêque de la religion chrétienne. Marcien l'invitait cependant à venir présider h concile. PulchérieTen priait à son tour; et saint Léon pouvait en effet se croire le maître spirituel de l'Orient. Mais tous ces prélats d'outre-mer ne faisaient de ces concessions à l'^vêque de Rome que dans les mauvais jours où leurs factions 'avaient besoin de se fortifier par des alliances contre les factions rivales; et ils se hâtaient de ressaisir leur indépendance, dès qu'ils n'avaient plus besoin d'alliés. Nous allons en voir la preuve.

Saint Léon échoua d'abord dans son projet d'attirer le nouveau concile en Italie, et ensuite dans celui d'empêcher qu'il ne fût assemblé même en Orient, Il voulait

i. Fleury, liv. XXVII, ch. xlvui.

s'en tenir aux manifestations d'orthodoxie qui lui arrivaient de toutes parts, aux témoignages de respect qu'on lui prodiguait, et craignait avec raison un nouvel examen de la foi catholique, ne se fiant point à la versatilité des prélats qui, dans l'espace de trois ou quatre années, avaient changé si souvent de parti et de doctrine. MaisMarcien et Pulchérie maintinrent leur édit de convocation et le pape Léon ne {)ut dissimuler son chagrin de voir cet affaiblissement de son Influence. Il se plaignît aii patriarche Anatole de cette précipitation de Teniperêtlr, il pria Marcien de ne pas souffrir qil'ori remît éli question les dogmes établis. Il nomma enfin dés légats pour assister â ce coticile œcuméniqilë, en leuh enjoignant ndh-seùlemeht d'enipêcher qiie Dioscore et lès autres advét^aires de Flavien fussent nommés dans leurs priètès, mais encore de veiller â ce que là présidence offerte par Mdrcien lui fût conservée dans la personne de Pascasin, évêque de Lilybée. Il le deinahda même à ^emp>ereu^ par une lettre du 26 juin 451.

Le concile, assemblé d'abord à Nicée, vers le commencfetheht de septèirlbrè, fut transféré dans le même mois à Chalcédoine, pour qiie le voisinage de Constantinoplé pèl*ttiît S rcmj)èreur d'y assister sans nuire aiix affaires dé l'èmpirè. Jamais on n'avait vu un pareil concours d'évêques. On eh porte le nombre à six cent trente, tous de rcfrîènt, à rè:tceptioh des quatre légats de Rome. La présidericé ribminale leur fut accordée suivant le vœu de saint Léon; mai^ comme l'observé Tillemônt, ce ne. fut qu'une préséance à l'égard des évêques, puisque la place du milieu fut occupée par les dlx-neùf délégués dé Tëm-

peretir ^ qiii feotisacrait ainsi la supériorité dé TÉtat sur l'Église. Les légats du pape prirent donc place à la droite de ces laïques, et commencèrent l'exercice de leur mission en demandant l'exclusion de Dioscoro, quand celuici vint se placer avec ses amis à la gauche des officiers de Marcien. Ils menacèrent de sortir à l'instant même si les juges de Flavien n'étaient point chassés du concile, ajoutant que le pape, chef de toutes les Églises, ne voulait pas qu'ils prissent séance. Ces paroles qui résumaient toutes les tentatives du saint-siége, réveillèrent sur-le-champ les susceptibilités orientales. Elles excitèrent les murmures d'une assemblée où siégeaient péle-méle Nestoriens, EutycTîéens et orthodoxes. On y remarquait même des évoques déposés à côté de leurs remplaçants. Mais la prétention ne fut relevée que par les officiers de l'empereur. Ils demandèrent aux légats s'ils avaient des crimes particuliers à reprocher à Dioscore qu'ils traitaient encore de révérendîssime. Lucence, évêque d'Ascoli, répondit au nom du pape, qu'un accusé ne pouvait siéger au rang des juges; et, oubliait que le concile d'Éphèsè avait été convoqué par Théodose II, Lucence en fit un crime à Dioscore, en ce qu'il avait fait, disait-il, cette convocation sans l'autorisation du saint-siége, ajoutant que cela n'avait jamais été fait ni permis. On est tenté de croire que ces derniers mots sont une invention dès historiens ecclésiastiques, car c'eût été donner un démenti à tout ce qui s'était passé jilsqu'alors, et cotidamner inertie le concile actuel à la convocation duquel le pa|)è s'était opposé. Le

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