‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 96 sur 268 · Fleury, liv. XXIX, ch. i · texte numérisé non relu

Fleury, liv. XXIX, ch. i

tion de Basilisque les amis de Timothée Élure lui avaient donné, pour successeur au siège d'Alexandrie, un autre Eutychéen du nom de Pierre Monge ; et Zenon ayant refusé à son retour de le reconnaître, les Alexandrins nommèrent Jean Talaïa à sa place. Celui-ci s'empressa, suivant l'usage, d'en donner avis à l'empereur, aux patriarches de Constantinople et d'Antioche et à révêque de Rome, qui avait aussi repoussé Pierre Monge, et qui fut tout disposé à recevoir le nouvel élu. Mais les lettres destinées à Zenon et à Acace s'étant égarées en route, Acace se crut dédaigné par ce Jean Talaïa ; et les Eutychéens l'ayant accusé de quelques crimes, l'empereur et son patriarche refusèrent de l'admettre et établirent sur le siège d'Alexandrie ce même Pierre Monge que Zenon en avait d'abord repoussé. L'avis qu'ils en donnèrent à Rome parvint à Simplicius au moment où il allait se mettre en communication avec Talaïa. Il répondit de suite qu'il suspendait sa décision, mais il s'étonna, il s'indigna même que l'empereur voulût rétablir Pierre Monge sur le siège d'Alexandrie et refusa nettement de communiquer avec lui.

Acace et Zenon se moquèrent de ses refus. L'empereur exila Jean Talaïa, fit ordonner Pierre Monge; et Acace, ce prétendu légat de l'évêque de Rome,pressa son maître de publier son fameux édit d'union si célèbre sous le nom d'hénotique. Cet édit confirmait encore une fois le Symbole de Nicée, répétait l'approbation que lui avaient donnée les conciles de Constantinople et d'Éphèse et les lettres de saint Cyrille; il expliquait de nouveau le mystère de l'incarnation et renouvelait les ana-

thèmes lancés contre Entiches et Nestorius. Mais il ne faisait aucune mention de la lettre de saint Léon, et ne citait le concile de Ghalcédoine cjue pour condamner les hérésies que ce concile avait condamnées. Simplicius, averti par Jean Talaïa qui vient lui demander justice, s'obstine à poursuivre la déposition de Pierre Mongo et l'intronisation de son compétiteur. Mais Acace persiste à son tour, il a reçu Pierre Monge à sa communion, et ne veut pas d'autre évéque pour Alexandrie. « C'est contre • votre avis, répond-il au pape, je le reconnais, mais c'est » par ordre de l'empereur et pour la paix des Églises* ; » il ajoutait que c'était conforme à l'hénoiique^ à cet édit d'union qui commandait l'oubli des erreurs qu'on abju- ^ rait. Simplicius parle alors de cet édit dans sa réplique. Il veut bien qu'on obéisse aux prescriptions de l'Aenotique^ mais il demande qu'on reconnaisse en môme temps la lettre de saint Léon et les canons du concile de Ghalcédoine qui ont été approuvés par le saint-siége. Simplicius n'eut pas le temps de recevoir une nouvelle réponse d' Acace. Il mourut à la fm de février 483 , et légua cette fâcheuse affaire à son successeur.

Pendant ces conflits, de tristes événements s'étaient passés en Europe. Neuf malheureux Césars avaient successivement occupé le trône chancelant de Valentinien III dans l'espace de vingt années. C'était la honteuse agonie de cet empire, et pour qu'il ne manquât aucun opprobre à sa chute ou â son châtiment, Dieu voulut que le coup de grâce lui fut donné par un aventurier : le comte Mar-

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cellin en a fait un roi des Goths, Isidore un prince d'Ostrogoths, Jornandès un roi des Rugiens; Baronius a trouvé un peuple d'Hérules et l'a mis à leur tête *. Il est maintenant convenu qu'Odoacre était le fils d'un ministre d'Attila; qu'après la destruction de la tribu des Scyrres, dont son père était le chef, il avait vagabondé dans la Norique. Il s'était engagé plus tard dans les gardes impériales avec quelques bandits attachés à sa fortune. Mécontent d'un refus de terres qu'exigeaient ces mercenaires, il les excita à la révolte, rallia une foule de déserteurs et de vagabonds, s'empara de Rome et de Ravenue, relégua Ângustule dans un bourg de la Campanie, et se mit à sa place sous le titre de roi d'Italie que ses compagnons lui avaient donné. II avait trop bien connu les derniers Césars pour les continuer; et je ne sais s'il fut très-flatté du titre de patrice que lui envoya l'empereur d'Orient, pour conserver une puissance factice sur la partie occidentale du monde romain. Simplicius vécut sept ans sous son règne, sans s'apercevoir qu'il eût changé de maître ; et, qu'Odoacre fût Arien ou idolâtre, il ne troubla ni l'exercice ni les chefs de la religion dominante.

Mais à la mort de ce pontife en 483, il s'avisa de se rappeler que la royauté était au-dessus du sacerdoce. Au moment où le clergé et le peuple étaient assemblés dans la basilique de Sain^Pierre pour donner un successeur à Simplicius, le préfet du prétoire Basile se présenta tout à coup pour leur reprocher de s'être ainsi réunis sans

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