‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 100 sur 105 · Hist. des Papes, t. III, p. 2i · texte numérisé non relu

Hist. des Papes, t. III, p. 2i

par rempoisonnement de son mari, le S8 septeinbreli97 ; et le pape ne put avoir raison que de son cadayre en le laissant deux ans sans sépulture. Henri YI n'aurait pas eu besoin de tous ces crimes pour braver ainsi l'ambition du saint'Siége ; et il est fâcheux que l'histoire ne puisse louer sa résistance sans encourir le reproche de prendre parti pour un grand scélérat. Les censures de Célestin III n'eurent pas plus d'autorité sur Philippe-Auguste qui venait de répudier Isemberge pour épouser Agnès de Méranie; il fallait un pontife plus altier et plus témé*raire pour en triompher. Il ne réussit que dans la prédir? cation de la quatrième croisade : trois armées partirent d'Allemagne, mais elles ne touchèrent la Palestine que pour y périr comme les autres, et Célestin vécut encore assez pour en voir revenir les débris. Il mourut enfin, à quatre-vingt-treize ans, le 8 janvier 1198, et ne laissa dans les annales du saint-siége que la réputation d'un pontife qui, n'ayant de vigueur que pour entreprendre, reculait sans cesse h la moindre résistance. Son coup de pied, s'il était vrai, serait son plus grand acte d'autorité; mais si le jeune empereur l'eût culbuté sur son siège a l'aide de ce pied injurieux, il ^st probable que Célestin le lui aurait pardonné.

Une voix plus^auteva se faire entendre. Une main plus rude v^ prendre le sceptre de TÉglise, mettre en pratique les maximes de Grégoire YII et faire plier sous elle toutes les puissances qui luttent depuis tant de siècles contre l'omnipotence toujours croissante des évêques de Rome. lL.es cardinaux, fatigués sans doute des indécisions d'un vieillard, choisirent un pontife dans }a vigueur

de rage et doué d'un caractère intraitable qui n'abandonnait jamais un dessein qu'après l'avoir accompli. C'était le cardinal Lothaire, né des comtes de Segni, qui fut intronisé le 21 février 1198, sous le nom d'Innocent III. Son âge de trente-sept ans offusqua les vieux membres du sacré collège, mais son savoir et sa vertu triomphèrent de cette légère opposition. Son désintéressement était connu de tous comme son horreur pour la vénalité; et comme il voulait soumettre le monde à la toute-puissance de l'Église, il s'efforça de la purger des vices qui en affaiblissaient l'autorité. Son premier acte fut une insulte à la majesté impériale. Les préfets de Rome avaient toujours été nommés et investis par les Césars, qui constataient par là leur souveraineté sur la ville éternelle. Il enjoignit au préfet actuel de lui prêter serment de fidélité, et lui donna l'investiture de sa charge. Il défendit à ses officiers de rien exiger des plaideurs et ^s solliciteurs, régla les salaires des secrétaires, rendit l'accès des notaires entièrement libre, et chassa du palais de Latran les changeurs et les vendeurs. Trois fois par semaine il administrait la justice lui-même, résumant les causes avec une netteté qu'admiraient les plus savants jurisconsultes.

L'empereur Henri VI n'avait laissé qu'un fils âgé de trois ans : c'était le jeune Frédéric, qu'avant de mourir il avait fait couronner roi des Romains; et il lui avait donné pour tuteur son frère Philippe, duc de Souabe, de Franconie et de Toscane. Ce titre de duc de Toscane n'avait d'autre fondement que l'usurpation de cette province, comprise dans le testament de la comtesse Matbilde,

et Célestin l'avait excommunié pour le punir d'en avoir pris possession. Cet anathème n'avait point empêché les seigneurs d'Autriche et de Bavière de le nommer empereur. Mais les barons de l'Allemagne occidentale, présides par les archevêques de Trêves et de Cologne, n*avaient point voulu d'un prince excommunié ; et, après deux élections, qu'avait annulées le refus des deux élus, ils opposèrent au duc de Souabe et à son neveu, Othon de Saxe fils de Henri le Lion et chef de là maison des Guelfes. Richard embrassa le parti d'Othon que sa sœur Mathilde d'Angleterre lui avait donné pour neveu, et Philippe- Auguste se tourna nécessairement du côté du duc de Souabe. Tel était l'état de cette affaire à l' avènement d'Innocent III, qui y vit d'adord trois questions à résoudre; savoir : le recouvrement de l'héritage de la comtesse Mathilde sur la famille de Barberousse qu'il détestait, la ' succession tfm royaume de Sicile et celle de l'empire d'Allemagne. La question de Sicile fut décidée la première. Le pape reconnut les droits du jeune fils de Henri VI et prit en main les intérêts de ce royaume. Il réclama en revanche tous les captifs que Henri VI avait emmenés en Allemagne, menaçant d'excommunier tous ceux qui ne voudraient pas les rendre; et personne ne s'y refusa, pas même le tuteur du jeune Frédéric, le nouvel empereur Philippe, qui obtint son absolution par ce témoignage de docilité. Il paraît même qu'il abandonna ses prétentions sur la Toscane, car les nonces envoyés dans cette province y reprirent sans opposition tous les domaines de saint Pierre. Innocent III s'y rendit lui-même; il parcourut le duché de Spolette et la marche d' Ancône,

employant les armes temporelles et spirituelles contre les détenteurs de ces domaines et les forçant de rendre gorge, tout en répétant ces paroles de TÉcriture : < Qui 9 touche la poix se salira \ i

La question de l'empire vint la dernière, et il la traita^ en maître du monde. II s'étonna d'abord qu'on n-eût point consulté le saint-siége avant de procéder à une él^tion, cette prérogative appartenant, disait-il, à la puis^nce qui donnait la couronne impériale et qui l'a- Y^t transmise d'abord aux Carlovingiens de France el plus tard aux Othons d'Allemagne, c La royauté n'était, 1 selon li)j, qu'une puissance secondaire extorquée par 1 le^liommes. Le saperdoce seul était d'origine divine. < Telles éM^ient le^ maximes de Grégoire VII, et il y ^joutait que % si chaque roi avait son royaume, Pierre 1 les ayai^ tous comme vicaire de Celui à qui appartenait 1 le mpn^e. i De ces maximes générales il passait aux trqis élections. Celle du jeune Frédéric était nulle. Un enfant de trois ans ne pouvait administrer Tempire et protéger le saint-siége, c'est-à-dire prêter ses forces à l'exécution des commandements du pape. Quant à son onple Philippe de Souabe, on n aurait pas dû l'élire, parce qu'il était alors sous le coup de Tanathème, et que d'ailr leufs cette élection faisait considérer l'empire comme héréditaire, tandis qu'il était nécessaire^pient électif. C'est par ces raisons qu'il repoussait une famille dont il ne pquvait eqtendpe parler qu'avec horn8ur ?. Mais Qtboq

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