‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 99 sur 105 · Hfiss., HUl, de VEmp · texte numérisé non relu

Hfiss., HUl, de VEmp

désignée pour rentrevue de l'empereur et du pape. Onte galères siciliennes y portèrent Alexandre III; le doge et les magistrats vinrent au-devant lui et le reçurent avec les plus grands honneurs. L'empereur y arriva le 24 juillet 1177, et le lendemain, dans l'église de Saint-Marc, commencèrent les humiliations d'un prince qui avait lutté dix-huit ans contre le despotisme des souverainspontifes. Il se dépouilla du manteau impérial, et, une verge à la main, il ouvrit au pape un chemin vers l'autel à travers la foule qui encombrait la basilique. Pendant la messe il alla baiser le pape qui l'avait absous la veille ainsi que tous ses adhérents; il renia ses trois antipapes, abandonna Callixte III à la merci dQ ses ennemis, ramena humblement le pape jusqu'à la porte, lui tint l'étrier pour monter à cheval, et, la bride à la main, il le reconduisit dans son palais. L'empereur accorda une trêve de six ans aux Lombards et de quinze au roi de Sicile. Le comte de Biesse la jura en son nom sur rÉvangile, sur les reliques de saint Marc^ sur la vraie croix, et douze princes de l'empire la jurèrent après lui. Le jeune Henri, déjà couronné roi de Germanie par Callixte, fut reconnu par Alexandre III, et les évêques allemands vinrent l'un après l'autre recevoir l'absolution de ce pontife. Tel est le récit d'un domestique du pape et de l'archevêque Romuald de Salerne, qui étaient présents à toutes les cérémonies de cette réconciliation. Mais des chroniqueurs plus modernes ont pensé que ces humiliations ne suffisaient pas à la gloire du saint-siége. Ils ont imaginé que le pape avait eu l'insolence de mettre le pied sui^ le cou de l'empereur pendant que les cardinaux

ehintiiênl : Super Mpkum ei boittieum ambuMù. Aucun historien raisonnable n'a admis une version pareille. L'abbë Fleury Ta méprisée, et plusieurs historiens aile-mands ont gratuitement observé que le fierBarberousse n*eût pas souffert cette insulte. Je n'en sais rien, la royauté était bien bas, et ce César bien dégénéré.

Alexandre III rentra enfin dans Rome aux acclama-* tfonadu peuple. Les sénateurs lui rendirent foi et hommage, lui restCHisiant les droits régaliens dont ils s'étaient emparés, et parurent «énoncer à leur fantôme dé république. Le pape se montra <i^e de sa victoire eA pardonnant à Tantipape Gallixte. Il tint phiaieurs conciles pour remédier aux abus que le schisme avait introduits dans une Église si longtemps divisée. Il y fit décider que nul ne serait pape légitime^ s'il n'obtenait les deux tiers des voix des cardinaux; que nul ne serait évéque avant trente ans accomplis, et s'il n'était né d'un légitime mariage. Il résulte des canons de celui de Latran un grand témoignage du faste des prélats, puisqu'on réduit à cinquante chevaux le train des archevêques voyageant et celui des évéques à trente. On leur défend de lever des impôts sur leur clergé; on défend également aux magistrats d'en lever sur les églises. Les hérétiques ne furent point oubliés, notamment ceux du Languedoc qui furent livrés au bras séculier. L'abbé de Glairvaux et d'autres envoyés de Rome parcouraient l'Albigeois et le comté de Toulouse, ameutant les seigneurs les uns contre les autres, contraignant à l'abjuration et à la pénitence tous ceux qui étaient soupçonnés d'hérésie. Cet abbé de Ciairvattl« devenu «ardinal «t

évêqm d'AIbâne, y revint en 1181 afee Ufte afmée, pril le château de Lavaur, battit Roger deTreticavel et autres seigneurs du pays, et les contraignit à abjurer leurs err^irs, qu'un pape moins modéré qu'Alexandre punira plus tard par d'effroyables supplices. La querelle de deul archevêques qui se disputaient Téglise de Saint-André d'Ecosse, vint affliger les demiera yomn du pape. Lei chanoines avaient élu ledocteur Jean, et le roi Guillaume avait nommé son chapelain Hugues. Le sous^diacre Alexis vint de Rome comme légat. Il sacra Jean et déposa son compétiteur. Mais le roi bannit Jean de son royaume, et Tarchevéque dTork, nouveau légat d'Alexandre, excom* munia Guillaume et jeta l'interdit sur l'Ecosse. Ce pape ne vit point la fin de cette querelle. Après avoir pris et relégué dans un cloître un quatrième antipape nommé Lando que les comtes Frangipanes avaient substitué à Gallixte, Alexandre termina son pontificat de vingt-deu* ans le 13 août 1181. Il défendit constamment tous les droits qu'avait usurpés le saint-siége, mais il le fit aveé une modération qui honore sa mémoire; il triompha sans trop de violence des deux plus gttinds monarques de l'Europe, de la rébellion de leurs évéques, de quatre antipapes et de la séditieuse indépendance des Romaitls qui ravalent chassé cinq à six fois de sa capitale. Quand je considère enfin les mécontentements et les justes alarmes jetés dans toutes les cours et dans toutes les Églises par les maximes et les entreprises de Grégoire VII, je ne crains pas de dire qu'Alexandre III sauva la papauté par Une modération qui iie fut point sans grandeur. Lé même jôur de sa mort les cardinaux lui donnèrent

pour successeur Tévêque d'Ostie, Hubalde, qui prit le nom deLuceiU; et le droit exclusif qu'ils s'attribuèrent excita les mécontentements d'un peuple qui jouissait de ce privilége depuis les premiers temps de TËglise. Les Romains respectèrent cependant le repos du nouveau pape pendant plus d'une année, mais ils le chassèrent dès le commencement de 1183 ; ils proclamèrent encore une fois leur liberté, et s'en rendirent indignes par les atrocités de toute espèce qu'ils commirent dans la campagne de Rome. Christien, archevêque de Mayence, descendit en Italie avec une armée pour les combattre, mais la mort de cet archevêque dispersa cette armée, et Luce III fut réduit à exercer sa papauté dans les villes de Yelletri et de Vérone. Dans la première il leva l'interdit jeté sur le royaume d'Ecosse, à la prière du roi Guillaume, et, donnant l'église de SaintrAndré à l'archevêque choisi par le roi, il satisfit son compétiteur en lui conférant l'évêché de Donquelde. Il tint un concile à Vérone le 1" août 1184; il y fit condamner les Romains comme ennemis de l'Église; il y disputa contre Frédéric Barberoussequi retenait encore l'héritage de la comtesse Mathilde après l'avoir cédé au pape Alexandre, et qui s'en retourna tranquillement sans rien conclure. L'excommunication des Albigeois y fut renouvelée avec des menaces atroces, et Luce III se posa en souverain temporel du monde, en ordonnant, sous peine d'anatji^sipe et d'interdit, aux comtes, barons et consuls des villes de prêter main forte à l'Église pour la poursuite des hérétiques. Il refusa à l'empereur la réhabilitation des clercs ordonnés par les antipapes. Il eût mieux fait de manifester sa colère contre les Grecs

de Ck>nstantinople qui, après la mort de Manuel Comnène et sous le gouvernement du féroce Andronic, massacraient les Latins que le premier avait sans cesse favorisés. Un légat qu'Alexandre y avait envoyé pour travailler à la réunion des deux Églises, avait péri dans ce massacre et Luce III ne protesta pas même contre cet assassinat. Il ne montra de pitié que pour les malheureux chrétiens de Syrie. Le roi de Jérusalem Baudouin IV ne pouvait lutter contre Saladin; le prince Boêmond d'Antioche chassait de ses États son patriarche et ses prêtres, qui voulaient le forcer de quitter une concubine et de reprendre sa femme légitime. Mais ces ecclésiastiques ne valaient pas mieux que leur prince. Le patriarche de Jérusalem Héraclius, que Baudouin envoyait au pape pour réclamer les secours de l'Europe, était le plus débauché des hommes; et cet infâme fut reçu avec une grande distinction par le pape et par le nouveau roi de France Philippe-Auguste. Mais il n'obtint que des promesses dont le pape Luce III ne vit point la réalisation. Il mourut à Vérone, le 24 novembre 1185, et fut immédiatement remplacé par le Milanais Hubert Crivelli,qui fut le pape Urbain III.

Ce vieillard n'écouta pendant son court pontificat que le ressentiment des affronts et des calamités dont Frédéric Bàrbêroussé avait accablé sa ville natale. Il commença par réclamer l'héritage de la comtesse Mathilde que l'empereur voulait garder; îl l'accusa^- de s'emparer des meubles des évéques morts, de voler les revenus des monastères de religieuses. L'arcliévêcné de Trêves était un autre sujet de discorde. L'empereur l'avait donné au primat Rodolphe, et le pape Ltice III avait soutenu l'archi- II 21

diacre Yolmar qu'une partie du chapitre avait élu. Urbaih III le soutint à son tour et le créa cardinal pour braver Tempereur qui avait eu l'audace de donner Finvestiture à un archevêque. Frédéric n'était plus assez puissant pour répondre en maître; et crut fortifier son parti en Italie en mariant son fils Henri à Constance de Sicile, fille posthume du roi Roger, et Théritière du roi Guillaume II. Ce mariage fut célébré à Milan le27 janvier 1186, et le même jour l'empereur fit couronner son fils comme roi de Germanie par le patriarche d'Aquiiée. Le jeune tienri prit dès ce jour le titre de César et se montra plus hostile au saint-siége que son père. Mais Urbain III proclama la nullité du mariage et du couronnement : il excommunia tous les ecclésiastiques qui avaient coopéré à l'un et à l'autre, et soutint que les empereurs n'avaient pas le droit de transmettre ce titre à leurs enfants, qu'au pape seul il appartenait de le donner. Frédéric rentra en Allemagne pour conférer avec les évêques qui avaieiit d'abord donné raison au pape; et ses explications les ra^ menèrent à son parti. Ils l'écrivirent à Urbain III, et cet altier pontife menaça l'empereur de ses foudres *. Mais la mort ne lui laissa pas le temps de les lancer. La perte de la bataille de Tibériade par les croisés et la prise de Jérusalem par Saladin lui portèrent un coup si terrible qu'il en mourut de douleur à Ferrare, le 19 octobre 1187.

Le sceptre de l'Église passa dans les mains du cardinal Albert, qui la gouverna deux mois à peine souà le nom de Grégoire VIII. II parut oublier toutes les querelles de

i. Eut, âé VÈm^., par le P. Barre.

Tempire pour s'oik^uper exclusivement d'une nouvelle croisade et du recouvrement de la Terre-Sainte, mais il légua cette grande entreprise à Paulin, son successeur, qui fut intronisé le 20 décembre suivant sous le nom de Clément III. Ce pape fit partir ae Pise des députés pour négocier son retour avec le sénat romain. Ce sénat faisait alors assiéger la ville de Tusculum que défendaient les impériaux; et dans les conditioift qu'il fit a^ pape il n'oublia point la destruction de cette ville et de sa forteresse. Les Romains promirent de leur coté de défendre le patrimoine de saint Pierre, et Clément III rentra dans sa capitale le23 mars 1188, après avoir signé le traité que le sénat data fièrement de la quarante-quatrième année de sa restauration. Clément termina promptement l'affaire de Saint«Ândré d'Ecosse qu'avait cru terminer le pape Luce III, mais que la fermeté du roi Guillaume avait envenimée. Ce roi pardonna à l'évêque que soutenait le pape, mais il ne voulut pas le recevoir comme archevêque; et pour qu'aucun prélat d'Angleterre ne s'immisçât dans les affaires de son royaume, il obtint du pape qu'il n'arriverait en Ecosse d'autres légats que des Écossais ou des prêtres de l'Église romaine. Clément III fut dès lors tout entier à la délivrance du Saint Sépulcre. Le fameux Guillaiime dé Tyr, le défenseur naturel des chrétiens de Syrie, se rendit en France comme légat pour prêcher une nouvelle croisade ; le cardinal Henri d'Albane reçut la même mission pour l'Allemagne. L'archevêque Ubalde de Pise partit en même temps pour l'Orient aveccinquante vaisseaux chargés de croisés. Tous les États s'imposèrent une levée d'argent qui fut appelée la dime

êaladine^ et que plusieurs évêques de France et d'Angleterre refusèrent de payer sous prétexte que leurs revenus étaient ceux des pauvres et que l'Église ne devait que des prières. C'est ainsi que dans tous Ic^ temps ils déguisaient leur avidité et leur avarice. Philippe-Auguste prit la croix; Richard Cœur-de-Lion, nouveau roi d'Angleterre, suivit son exemple, et ces deux rois firent les préparatifs de leur départ'; préparatifs dont Richard profita pour extorquer sous divers prétextes des sommes considérables à ses malheureux sujets. Frédéric Barberousse les devança avec son fils Frédéric, duc de Souabe,iet à la tête de cent cinquante mille hommes. Les ducs d'Autriche et de Moravie, les comtes de Nassau, de Thuringe et de Hollande marchaient sous les ordres de l'empereur. Les femmes furent exclues; on ne toléra que des lavandières dont les charmes, disent les chroniqueurs, étaient sans danger. Mais les premières nouvelles de ce grand armement firent prévoir de nouveaux désastres. Avant que les flottes de Richard et de Philippe- Auguste eussent quitté les eaux de Messine, Frédéric Barberousse, victorieux dans deux grandes batailles, était mort en se baignant dans le Cydnus, et son fils, le duc de Souabe, sous les murs de Saint-Jean d'Acre. Ces nouvelles attristèrent les derniers jours de Clément III qui finit son pontificat et sa vie le 28 mars 1191.

Célestin III fut élu deux jours après. C'était un Romain de nom d'Hyacinthe, qui avait atteint déjà sa quatre* vingt-sixième année. Pendant qu'on llntronisait à Saint- Pierre, les troupes impériales hurlaient autour de ses murailles. Henri YI avait déjà pris le titre d'empereur

d'Allemagne et venait demander son couronnement à la tête d'une puissante armée. Il l'obtint en livrant la ville de Tusculum que ses soldats avaient défendue contre les Romains; et sur la foi de l'annaliste anglais Roger de Howeden; toute l'histoire a répété qu'après avoir couronné Henri VI, Célestin fit tomber d'un coup de pied la couronne qu'il venait de placer sur sa téte^ et que les cardinaux la relevèrent*. D'autres*ont ajouté, depuis, que c'est avec les deux pieds qu'il l'avait posée, ce qui était assez difficile à un vieillard. Spener a nié cette impertinence/ tandis que Baronius l'a louée comme le témoi« gnage d'une autorité qui donnait et renversait les couronnes de la terre. Le jeune Henri VI avait, il est vrai, manifesté son hostilité envers le saint-siége, et le vieux Célestin pouvait chercher une occasion de l'humilier. Mais je doute fort qu'un empereur de vingt-cinq ans eut souffert une insulte aussi grossière, et qui dépassait toutes les insolences du sacerdoce à l'égard de l'empire. Au reste la vie entière de ce pape parut conforme à ce début, et toutes les grandes monarchies de l'Europe furent frappées de ses foudres. Une conspiration d*évêques, tramée par Jean Sans-Terre, qui n'était alors que le comte de Mortain, avait renversé l'évêque d'Ély que Richard Cœur-de-Lion avait nommé chancelier et régent d'Angleterre, et que le pape avait décoré du titre de légat. Forcé de chercher un refuge sur le continent, Guillaume d'Ély invoqua les secours spirituels de Célestin qui excommunia tous les conjurés et jeta l'interdit

i, Roger de Howed, p. 609,

sur leurs terres. L'archevêque de Rouen, autre légat, parvint un moment à faire révoquer la sentence, à l'aide d'une partie des cardinaux; mais les autres revinrent à la charge, obtinrent la coqfirmation publique de Fanathème, et Bruys fait entendre * que l'or eut plus de part que la justice dans le choix qu'ils avaient fait de leur client. La captivité du roi Richard, à son retour de la Palestine, tourna les regards de Gélestin in vers l'Allemagne, n excommunia Léopold d'Autriche, qui avait jeté ce prince dans une de ses forteresses , lempereur Henri YI, qui n'usait point de son autorité pour faire rendre la liberté à l'illustre captif; et menaça Philippe- Auguste de ses foudres s'il persistait dans les manœuvres qu'il ne cessait de faire pour prolonger la captivité de son rival. Henri et Léopold se moquèrent de ses anathèmes, et l'empereur ne craignit pas de redoubler la juste colère du pape, par l'assassinat d'Albert de Louvain, nommé évéque de Liège malgré lui. Cet assassinat ne fut point vengé ; et celui qui l'avait ordonné ne rendit enfin le roi Richard qu'après avoir reçu une rançon de cent cinquante mille marcs qu'il partagea avec le duc d'Autriche. Les anathèmes de Gélestin ne l'empêchèrent point de prendre possession du trône de Sicile dont l'impératrice Constance était héritière, et de s'y faire détester par ses cruautés et ses pillages. Il s'acharna surtout à détruire les princes normands qui pouvaient lui disputer cette couronne. Il ne put être arrêté dans ses actes de barbarie que par Cqnstance elle-même qui vengea ses parents

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