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cîvîle, vint redoubler sa fureur. Pierre de Gastelnau fût assassiné par les hérétiques; et le comte Raymond IV de Toulouse ftit accusé d'avoir ordonné ce meurtre. Innocent m fit entendre des paroles horribles du haut de la chaire apostolique. < Glaive, s'écriaît-il, glaive, sors du > fourreau, venge le martyr de la foi, frappe ses enne- » mis. 9 II prêche une croisade contre les Albigeois et jure leur extermination. Des légions de moines sortent de leurs cloîtres. Ce n'était plus assez des enfants de saint Benoît, quoiqu'ils se fussent multipliés sous les noms de Cîteaux, de Clairvaux, de Grandmont, de Prémontré. J*ai cité un concile où avaient assisté quatre cents abbés. II créa des milices nouvelles. Les religieux du Mont-Garmel furent adoptés par lui sous le nom de Garmes. Les frères de Jean d» Matha, nommés Mathurins et Trinitaires étaient respectables par leur institution, ils se vouaient au rachat des captifs, tandis que les autres ne s'occupaientque d'en faire.G'étaieijt les ordres mendiants, les Augustîns, fondés par le Père Lanfranc, les Gordeliers ou Franciscains de François d'Assise, les Jacobins de l'illustre Guzman-Domînique. Innocent III venait à peine d'autoriser ces inventions du fanatisme, et les deux derniers ordres formaient déjà une espèce d'armée. G'est à saint Dominique et au légat Arnaud de Cîteaux que le pape remit la vengeance de Gastelnau. Les seigneurs de France accouraient en foule sous leurs bannières sacrées. Raymond combattit, supplia, lutta contre l'anathème qui le poursuivait partout; et, croyant sauver son peuple, se résigna à une des pénitences les plus honteuses que le fanatisme pût inventer. Il ne fit que enhardir par sa faiblesse
la tyrannie dés légats* Ils le dépouillèfent de tous ses domaines et les donnèrent à Simon de Montfort, au plus hypocrite des croisés. Roger de Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne, fut excommunié comme lui. Les croisés prirent la première de ces villes et y commirent des horreurs. On porte le massacre à soixante mille victimes; hérétiques et orthodoxes y périrent pêlemêle, c Dieu connaîtra les siens, > disait le féroce àbbé de Citeaux. Trencavel fut pris à son tour, et son jugement fut la première sentence prononcée par le tribunal de ilnquisition, que présida saint Dominique, assisté de deux misérables troubadours. Le fer et le feu dévastaient le malheureux Languedoc. Cent hérétiques, pris dans un combat, furent aveuglés; un seul n'eut qu'un oeil d'arraché et il fut chargé de conduire les autres dans leurs villages. Disons que les croisés n'avaient pas inventé ce genre dé crime. Les Arnaudistes leur avaient donné cet exemple pendant leur domination dans Rome. Un vieil évèque en eut horreur, c'était celui d'Osma en Espagne, qui s'était d'abord associé à saint Dominique. Il se sépara de lui en traitant de bourreaux sacrilèges les auteurs de ces meurtres et de ces ravages. Son éloquence ébranla une grande partie des seigneurs croisés, qui rentrèrent dans leurs terres. Il devança le langage de l'histoire qui a flétri ces épouvantables représailles du saint-siége. Mais il ne resta que trop de fanatiques pour achever cette œuvre d'extermination qui doit peser à jamais sur la mémoire d'Innocent III.
Ses archevêques n'étaient pas plus humains. A peine investi du siège de Reims, Gui Paré fit brûler des habi-
tants de Braine comme hérétiques ; et le pape loua la ferveur de son zèle. Ses légats parcouraient en même temps les contrées de l'Orient. Pierre de Capoue, celui qui avait mis la France en interdit, poursuivait à Constantinople la destruction de TËglise grecque et recevait en Arménie l'hommage du roi et du peuple de cette con* trée. D^autres exploraient l'Allemagne, veillant au triomphe d'Othon de Saxe et déposant les évéques qui soutenaient le parti de^Philippe de Souabe. Une croisade nouvelle était prêchée contre les peuples deLivonie, qui hésitaient pour la plupart à se convertir à la foi chrétienne, et rien n'est plus étrange que le début du manifeste du pape, c La discipline de l'Église, dit-il, ne souffre » pas que Ton contraigne personne à croire par force, et » le saint-siége protège ceux qui croient volontairement*. » Il est vrai qu'il partait de là pour engager les Saxons et les Westphales à combattre ceux des Livoniens qui empêchaient les autres d'abjurer l'idolâtrie. Mais comment concilier sa maxime avec sa barbarie à l'égard des Albigeois? L'intérêt lui dictera d'autres palinodies.
Philippe de Souabe ayant battu son rival Othon sous les murs de Cologne, la ville s'était rendue et l'empereur vaincu s'était embarqué pour aller réclamer les secours de son oncle Jean-Sans-Terre *. Le pape, alarmé de ces nouvelles, se remit en communication avec le vainqueur à propos d'un archevêque Sigefroy que ses légats avaient mis sur le siège de Mayence. Le patriarche d' Aquilée étant allé prier de sa part l'empereur Philippe d'abandonner