‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 4 sur 105 · Anastasc le Bibl., Liv. Pont. y p. 15G · texte numérisé non relu

Anastasc le Bibl., Liv. Pont. y p. 15G

son ambition, il s'empara de la Roinagnc, de la Pentapole, et, affectant un grand zèle pour la foi catholique, se fit partout reconnaître pour souverain.

Léon risaurien, irrité du meurtre de ses officiera et dé Tinvasion de Luitprand, fit partir un nouvel exarque avec une armée pour châtier les rebelles, ordonnant toujours l'assassinat du pape. xMais ce dernier commandement fut déjoué comme les autres par le peuple de Rome qui veillait sur son évéque comme sur un père. Le patrice Eutychîus reprit lexarchat. Mais il ne se crut point assez fort pour étendre sa conquête jusqu'à Rome et il rechercha Tailiance de Luitprand au lieu de tenter de lui arracher les deux provinces qu'il avait usurpées. La révolte d'un duc de Spolette contre le roi des Lombards vint servir sa politique. Il offrit à Luitprand le secours de ses troupes pour réduire le rebelle; et dès que le duc de Spolette fut vaincu et soumis, Texarque et le roi marchèrent ensemble sur Rome. Les fortifications dont le pape avait entouré la ville ne le rassurèrent point, il désespéra de la victoire, mais sans désespérer de son salut. Il crut à la clémence d'un roi qui avait pardonné au duc de Spolette après l'avoir soumis. Il sortit de Rome à la tête de son clergé et des principaux citoyens, se rendit au camp de Luitprand ; et sa parole fut si éloquente, que le roi des Lombards tomba à ses pieds et forçar l'exarque lui-même de renoncer à ses vengeances. Grégoire II vécut encore trois ans, soutenant toujours le culte des images, dirigeant les nombreuses conversions de la Germanie, veillant à la discipline de son clergé et vénéré de l'Italie entière. A-t-îK maintenant, étendu jusqu'à Tempe-

reur rexcommunication qu'il a lancée contre les exarques? Dois-je constater un second exemple de cette atteinte à la puissance impériale? A-t-il déposé Léon et dégagé les peuples de leur serment? Baronius et Bellarmîn l'en ont loué * ; c'était dans l'ordre. Ils avaient besoin de ces exemples lointains pour prouver que le chef de l'Église avait toujours exercé ce pouvoir. Mais qui l'a dit le premier? J'écarte les témoignages de Zonare, de Cedrène, de Nicéphore, qui ne sont que les copistes de Georges Théophane, leur devancier. Celui-ci l'affirme, et c'était un homme considéré, d'une naissance illustre, qui avait renoncé aux grandeurs pour vivre dans la retraite et dans le sein de l'étude, le fondateur d'un monastère célèbre, qu'on venait consulter de toutes parts, et qui dominait les conciles par son éloquence. Il était grand partisan du culte des images et il avait vu les derniers contemporains de Grégoire II. Mais Paul Diacre, qui en était encore plus rapproché, qui vivait en Italie, ne dit pas un mot de cet anathème ; mais Anastase, le compilateur des manuscrits, n'en parle point. Faut-il en croire Théophane? Il était bien violent contre les Iconoclastes. N'avait-il pas besoin de cet argument pour effrayer l'empereur qui, cent ans après Léon III, soutenait encore leur querelle? Il est permis de douter de cette e^tcommunication, de cette déposition de souverain, qui contraste avec la conduite de Grégoire II envers l'empereur. Ce prince conspire contre sa vie. Les peuples se soulèvent pour défendre leur pontife, ils veulent

1, Baron., an. 730; Bellarm,, liv. V, ch. viii.

se séparer de Tobéissance de leur maître, ils vont même, a-t-on dit, jusqu'à offrir la couronne an pape ; et Grégoire II les engage à rester fidèles à celui qui veut Tassassiner. Il contriba« deux fois au rétablissement de la puissance impériale dans Texarchat de Ravenne. Il ne combat contre Texarque que pour se défendre luimême. Cette défense Télëve bien haut sans doute, elle grandît la puissance pontificale qui trouve déjà une armée dans le peuple de Tltalie. Mais ce n'est pas un acte de rébellion. C'est l'empereur qui Ta contraint de faire cet essai de son autorité morale sur les peuples, il n'abuse pas de sa victoire; et il n'est pas probable qu'il ait prononcé la déchéance d'un empereur dont il respectait la domination, quand il pouvait le croire incapable de se venger.

II n'est intraitable que dans sa vénération pour les images ; et quand même il eût cédé aux caprices de Tlsaurien, je ne sais s'il était en son pouvoir de les détruire. Les hommes sont généralement superstitieux. Ils ont aimé dans tous les temps et dans tous les pays les simulacres des objets de leur adoration. Les peuples les plus sauvages ont leurs fétiches. Jésus-Christ avait proscrit les idoles, et les premiers chrétiens avaient horreur de ces tableaux, de ces statues qui rappelaient les dieux du paganisme. Mais du temps même de Jésus-Christ, une femme, guérie d'un flux de sang par le contact de sa robe, lui avait élevé une statue dans la ville de Césarée. Eusèbe l'avait vue trois siècles après. Constantin en avait érigé une pareille dans son palais de Byzance. Dès le quatrième siècle, l'Espagne était ;pleine de ces images. Les

églises '(le l'Italie, de rOccldcnt et de l'Onent les avaient multipliées. Les fidèles, reprenant les traditions de leurs pères, ou obéissant à leurs penchants naturels, se prosternaient devant les portraits d'un Dieu invisible ou des martyrs qui avaient péri en le confessant. La raison humaine, qui est rarement consultée par ceux qui s'en glorifient, aurait préféré sans doute que cet hommage fût exclusivement réservé aux bienfaiteurs de l'humanité, aux Titus, aux Marc-Aurèle, plutôt qu'à des hommes qui n'avaient souvent d'autre mérite que d'avoir passé quarante ans debout sur une colonne. Mais les Papes ne pouvaient faire de pareilles distinctions. Ils devaient tout rapporter à la religion qu'ils avaient mission d'établir ou de défendre. Les plus éclairés n'interdisaient pas aux peuples de donner ce témoignage de reconnaissance aux hommes qui les avaient illustrés ou qui avaient travaillé à leur bonheur; mais la pensée d'une autre vie était dans tous les esprits. La religion l'avait entourée de craintes et d'espérances. Elle leur avait présenté les saints et les martyrs comme des intercesseurs auprès du Dieu qui disposait des châtiments et des récompenses futures. Il était tout simple qu'on les invoquât, qu'on les adorât comme des patrons. Il était dans l'intérêt de l'Église qu'ils fussent toujours présents ^ux regards des fidèles, et qu'on les exposât sur des autels sous leurs formes humaines. Plus les hommes étaient malheureux, et ils l'étaient tous dans cette époque de barbarie, plus ils avaient besoin d'espérer le bonheur que la religion leur promettait dans un autre monde ; et ils se prosternaient devant le simulacre des saints dont ils invoquaient le patronage.

Grégoire II ne pouvait abattre cette crci^ance; il la soutint dans rintérét de la foi. « Il crut devoir, comme dit o Gibbon ^, autoriser en faveur de la multitude une sorte » de culte capable de frapper les sens et qui, depuis la » ruine du paganisme, n'avait plus à craindre un odieux » parallèle. »

Grégoire III, élu le 18 mars 731, accepta cet héritage de Grégoire II et fut peut-être plus ardent à le défendre. C'était le septième Syrien que, depuis la conquête des Musulmans, les Romains se donnaient pour évêque. Ces fugitifs se distinguaient par leur savoir ; et dès lors qu'ils abandonnaient leur penchant pour l'hérésie, leur supériorité d'intelligence et d'érudition les recommandait aux respects de l'C^cident, où depuis longtemps ne s'élevait plus un homme supérieur. Le premier soin du troisième Grégoire fut de répondre à la lettre que l'empereur Léon avait écrite à Grégoire II pour demander la réunion d'un concile. Il s'était déjà fait représenter toutes les missives impériales, et sa réponse les embrassa toutes. Il lui rappelle avec éloge les premières années de son règne qui avait débuté, comme je l'ai dit, par la persécution des hérétiques, et lui demande d'où lui est venue son horreur pour les images. Mais l'injure ne tarde pas à suivre un exorde assez doux. Il traite Léon III de gros>sier, d'ignorant. Il lui reproche de n'avoir pas consulté les hommes qui pouvaient l'instruire. Il l'adjure de quitter sa présomption et son orgueil. Il lui explique la parole de Jésus-Christ sur les idoles : il nomme culte

i. Gtl. XLIX.

relatif celui qu'on rend aux images des saints et le distingue par là du culte de latrie. Tout Torgueil du saintsiége déborde enfin. « Nous aurions pu, dit-il, ayant » Tautorité de saint Pierre, prononcer des peines contre » vous, mais puisque vous vous êtes donné vous-même la » malédiction, qu'elle votis demeure. » Il lui rappelle lé sixième concile œcuménique, dont Constantin Pogonata fait exécuter les décisions, mais il feint d'oublier que ce Constantin l'a présidé, il ajoute que aies décisions cano- » niques n'appartiennent pas aux empereurs, mais aux » évêques; et que les empereurs doivent s* abtenir des af- » faires ecclésiastiques^ comme les évêques s'abstiennent » des affaires civiles. » Il raye ainsi d'un mot tout ce qu'ont fait le premier Constantin, Valentinien et Théodose. Il est étonnant que dans sa colère il reconnaisse aux Césars le droit de présider les conciles. « Vous en » demandez un, poursuit-il. Où est l'empereur pieux » pour y prendre séance ? Vous êtes un rebelle et vous » agissez en barbare. Vous croyez nous épouvanter en » disant que vous enverrez à Rome briser l'image de » saint Pierre et nous charger de chaînes; sachez que » nous sommes les arbitres de la paix entre l'Occident et » vous et que nous ne craignons pas vos menaces *. »

Ce langage était inspiré sans doute par le souvenir des heureux efforts qu'avait faits le peuple pour défendre Grégoire II, et l'empereur Léon dut se souvenir aussi des revers honteux qu'avait subis sa puissance en Italie, car il répondit avec plus de modération qu'on n'en devait

i. Recueil dei ConeileSt t. VII, p. 7.

attendre de son caractère. Il lui dit cependant, et comme le successeur des empereurs que j'ai cités, il avait le droit de lui dire, qu'il avait l'empire et le sacerdoce. Mais les temps étaient changés; et Grégoire III le lui fit sentir en définissant encore une fois les deux puissances suivant les prétentions toujours croissantes de son siège, a S'il n'est pas, dit-il, permis à un évêque de regarder » dans le palais, un empereur ne doit pas regarder dans » l'église. » C'est encore le même oubli du passé. Mais c'est beaucoup pour lui que d'interdire la police des palais aux évéques. D'autres Papes se l'étaient permis; et un pape venu de l'Orient aurait pu se souvenir que saint Jean Chrysostôme et saint Grégoire de Nazianze avaient jeté des regards bien sévères dans lé palais de leurs maîtres. Il n'y songea point, il avoua même que les anciens empereurs avaient pu dire qu'il avaient le sacerdoce et l'empire. Mais il n'en fit pas un principe de droit. Ils ne parlaient ainsi, selon lui, que parce qu'ils fondaient et embellissaient les églises, parce qu'ils les protégeaient de concert avec les évêques, et Léon l'Isaurien avait perdu ce droit en les défigurant et en les dépouillant. Cette raison n'était pas meilleure que la conclusion qu'il en tirait, mais il lui était difficile d'en trouver de bonnes pour contredire ce que quatre siècles avaient consacré. Il en revint bien vite à ses bravades. Il conseille à Léon de se repentir ; mais s'il persiste, le pape le livre à Satan et le rend responsable de tout le sang que va coûter cette querelle.

Il assembla cependant, mais en Italie, le concile qu'il avait eu l'air de refuser. Quatre-vingt-treize évêques y

assistèrent avec tout le clergé, les nobles^ ics consuls, le peuple même de Rome : TégUse de Saint-Pierre en était .comble. On y consacra le culte des images; et Tanathème fut lancé contre ceux qui les ôteralent, les profaneraient, les détruiraient, qui même en parleraient avec mépris. Ce n'était pas une excommunication directe comme celle que le pape Constantin avait portée contre Philippique Bardanes; et malgré Georges Théophane, tout prouve que les deux Grégoire n'en signèrent pas d'autres. Mais Grégoire III écrivit positivement qu'il en avait le droit. Il envoya le décret de son concile à l'empereur Léon qui ne voulut pas même le lire. Il fit jeter le porteur dans une prison, il ordonna la saisie des domaines queTÉglise de Rome possédait dans la Calabre, dans la Sicile, dans toutes les contrées de l'Italie où son autorité pouvait e4^ore être soutenue. Il haussa d'un tiers la capitation de ces provinces. Leurs villes, s'appuyantdu décret du concile, s'étalent hâtées de lui demander le rétablissement des images que l'exarque avait détruites. Leurs messagers furent arrêtés par le gouverneur de la Sicile. Une flotte partit en même temps de Gonstantinople pour l'Adriatique, mais cette flotte périt dans une tempête et son naufrage fut regardé comme une punition du ciel.

Ce ne fut pour Grégoire lïl qu'un moment de répit. Il apprit bientôt qu'une nouvelle armée se disposait à quitter l'Hellespont pour venir le châtier en Italie; mais ce n'était qu'un vain bruit; cette armée ne parut point. Un danger plus réel menaçait l'évêque de ^ome dont les ressources étaient épuisées. Le roi des Lombards le savait et son ambition ne sommeillait point» Une seconde

révolte du duc de Spolette lui fournit un prétexte de rupture; il accusa le pape d'avoir favorisé cette rébellion, et se prépara à reprendre le chemin de Rome avec son armée. Grégoire III était sans force contre cette nouvelle attaque, que pouvait rendre plus dangereuse la connivence des gouverneurs de Ravenne et de Naples. Il ne vit qu'une alliance possible, et c'est en France qu'illa chercha. Il écrivit à Charles-Martel pour lui peindre sa fatale situation et pour implorer le secours de ses armes. Ce maire du palais était le héros du jour. Ses victoires sur les Saxons, les Bavarois et les Aquitains l'avaient déjà rendu célèbre quand l'irruption des Sarrasins d'Espagne dans le Poitou lui avait offert une plus grande gloire; et les Sarrasins vaincus fuyaient devant lui vers les Pyrénées. Le pape n'ignorait pas que ce héros était le véritable maître de la France et que les derniers Mérovingiens n'étaient que des fantômes de rois dont il se servait pour couvrir son ambition. Mais le pape devait savoir aussi que ce sauveur de la foi chrétienne en traitait rudement les évêques, qu'il les emprisonnait à son gré, qu'il dépouillait les églises et les monastères pour enrichir ses lieutenants, pour acheter leurs suffrages, que les diocèses de Lyon, de Vienne, d'Auxerre et tant d'autres étaient sans pasteurs, que les prélats de Reims et d'Orléans étaient bannis de leurs sièges *, Il n'ignorait pas que ce terrible sous-roi, comme il l'appelait, avait envoyé son fils aîné Pépin à la cour de Luitprand pour qu'il apprît à gouverner,' que le roi des Lombards avait adopté ce

i. Mézcray^ t. I, 431.

jeune prince en lui coupant une mèche de cheveux. Il fallait vraiment que Grégoire III fût au bout de ses ressources pour rechercher un pareil allié.

Charles-Martel ne fut point ému par ses lettres, quelque touchantes qu'elles fussent; et le roi Luitprand s'emparait pendant ce temps de quelques villes voisines de Rome, et semait la terreur dans Tâme de son pontife. Grégoire envoya à Charles-Martel une premièreambassade qui n'eut pas plus de résultat que s^s lettres. Une seconde fut plus heureuse. Elle apportait au maître de la France quelques anneaux des chaînes de saint Pierre et les clefs du sépulcre de Tapôtre. Le pape lui fit même offrir le titre de patrice et le gouvernement de Rome, doniil ne pouvait disposer que par un acte de rébellion. Mais il savait que, si le gouvernement et le titre étaient acceptés, aucun de ses ennemis n'eût osé braver le vainqueur des Sarrasins. Grégoire l'appelait son cher fils, il énumérait tous les attentats des Lombards et le suppliait de ne pas (U'oire 4 leurs paroles. C'était vraiment un cri de détresse, qui semblait annoncer la mort de la papauté; et elle touchait au moment de se relever plus forte et plus puissante que jamais. Charles-Martel répondit cette fois, mais il n'envoya que des présents au tombeau des deux apôtres, et pas un soldat ne partit pour secourir le pape. La défaite de l'armée d'Abdérame n'avait point découragé les Maures d'Espagne. Ils avaient repassé les Pyrénées et s'étaient emparés de la Provence et du Dauphiné. Le gouverneur de Marseille, le traître Mauronte les avait appelés dans la flolle espérance qu'ils l'affranchi- . raient du joug de Charles-Martel. Ce maire, qui avait pris

le titre de duc des Français, fit craindre à Luitprand que ce torrent ne franchît les Alpes pour déborder en Lombardie. Leurs armées réunies refoulèrent les Musulmans jusqu'au delà de Narbonne. Ce fut une diversion qui sauva Rome, mais Thonneur d'aflTermir le saint-siége par la destruction de la puissance lombarde, était réservé au jeune prince qui étudiait alors la politique et la guerre à la cour de leur roi. L'alliance ou plutôt le approchement des deux nations eut encore un autre avantage pour le pape. La médiation de Charles-Martel lui valut quelques années de paix avec Luitprand, et ce roi se contenta des quatre villes dont il s'était emparé, que ne pouvaient lui reprendre ni Texarque ni Tempereur.

Le héros français mourut le âO octobre 741, et cette même année fut fatale aux chefs de l'Empire et de l'Église. Léon risaurien avait précédé Charles-Martel dans la tombe, et Grégoire III le suivit au mois de novembre. Luitprand seul vivait encore, et les grands personnages qui allaient occuper avec lui la scène du monde étaient Zacharie à Rome, Pépin en France, et Constantin Copronyme en Orient. Zacharie était Grée de naissance. Il voulut signaler son avènement par un service rendu à l'empire en obtenant du Lombard la restitution des quatre villes au duché de Rome et s'en occupa avec plus d'ardeur que de la puissance spirituelle. Ce duché est un problème historique, il dépendait sans doute de l'exarchat, mais depuis longtemps les exarques ne paraissaient à Rome qu'en ennemis ou en pénitents. Rome avait un . duc, l'histoire en nomme quelques-uns, mais elle ne dit pas quel officier de l'empire avait pris ou reçu le premier II 2

un titre évidemment emprunté des Lombards. Elle ne rencontre rien qui ait rapport à la défense ou au gouvernement de la ville éternelle : c'est le pape qui admi> nistre et négocie ; et il parait qu'à la troisième révolte du duc Trasimond de Spolette contre Luitprand, Zacharie ayant pris parti pour le roi, en obtint la promesse de restituer les quatre villes ; mais après la défaite de Trasimond, le roi lombard oublia cette promesse; et Zacharie, suivi d'une partie de son clergé, alla le trouver dans son camp de Terni pour la lui rappeler. La vue du pape frappait toujours ce roi de respect ou de crainte. Il en fut ému jusqu'aux larmes. Il rendit les quatre villes à l'empire, il restitua à l'Église de saint Pierre les domaines d'Ossimo, de Sabine, de Narni et d'Ancone, rendit tous les captifs, ceux même qu'il avait pris sur l'exarque, et promit une paix de vingt années ^

Rome respira enfin de ses agitations et le pape sortit de cette crise avec plus d'autorité que jamais. Les nouvelles de Constantinople ajoutaient à sa tranquillité. Constantin Gopronyme s'était fait haïr par sa barbarie. Son surnom était une flétrissure* Il rappelait que ce prince avait souillé ses langes pendant son baptême; et ses mœurs étaient tellement ignobles qu'il se faisait oindre de fiente et d'urine, comme le font encore aujour d'hui quelques sauvages de la zone glaciale. Son beaufrère Artabase avait vengé son peuple et la morale publique. Il s'était emparé du trône d'Orient et avait rétabli le culte des images, à la grande joie dés orthodoxes et de

Page 1