‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 46 sur 105 · Ànn, Berlini, an · texte numérisé non relu

Ànn, Berlini, an

> obligé de corriger les méchants et de punir lescrimi- » nels, doive envoyer à Rome un coupable condamné » selon les règles. Vous nous obligez de vous répondre » que nous autres rois de France, nés de race royale » n'avons point passé jusqu'à présent pour les lieutenants » des évêques, mais pour les seigneurs de la terre. » Feuilletez les livres de vos prédécesseurs, vous n'y trou- » verez pas de lettre pareille. Ne nous envoyez donc » plus de commandements et de menaces d'excommuni- » cation contraires à TÉcriture. Épargnez-nous enfîa de » semblables messages si vous voulez que nous vous » rendions le respect qui vous convient *. » Voilà le langage que les rois auraient dû toujoiTrs tenir. Mais dans la longue lutte du sacerdoce contre l'empire la victoire passait toujours du côté de l'audace, et c'est par là que les Papes ont fini par l'emporter sur les rois. Ce temps n'était pas encore venu. La force était cette fois du côté de l'empire. Le maladroit imitateur de Nicolas I" fut contraint de fléchir. Il répondit qu'il n'avait voulu juger Hincmar que suivant les canons. Il excusa la dureté de ses lettres, il loua la libéralité, la justice du roi, la protection qu'il accordait aux églises et aux monastères, il l'assura enfin que, si Dieu disposait de l'empereur LOuis, il ne voudrait plus que lui pour chef, pour patrice, pour roi, pour empereur, pour défenseur de l'Église 2. Il fut enfin aussi humble qu'il s'était montré hautain quand il avait cru trouver un

i. Hincmar, t. II, p. 1, 2. EpUt. XXXIV,

second Lothaire dans le roi de France. C'est par cet acte de contrition qu'il termina son pontificat au mois de novembre 872 ; et Ton pouvait dire alors que le saintsiège était rentré dans les conditimis de son établis^ sèment.

Jean Vni fut le successeur d'Adrien II et ne fut point tenté d*en renouveler les entreprises. On a dit de lui que c'était une femme sous l'habit d'un homipe, mais il faut avouer aussi que sa position en Italie était à peine tolérable. Les Sarrasins étaient partout; ils y possédaient des villes, ils pillaient les campagnes, et leurs ravages s'étendaient parfois jusqu'aux portes de Rome. Les ducs et les cowtes de la Ppntapole et de Tcxarchat de Ravenne, qui constituaient seuls ce qu'on appelait encore lempire d'Occident, le troublaient sans cesse par des révoltes que l'empereur ne réussissait pas toujours à réprimer. On avait vu le duc Lambert de Spolette entrer dans Rome à main armée, rançonner les grands et les riches, les églises et les monastères, livrer la ville entière au pillage. L'empereur Louis l'en avait puni, mais le duc Adalgise de Bévévent avait été plus heureux. Il avait appelé les Grecs à son secours, et un patrice, venu de l'Orient avec quelques troupes pour soutenir ce rebelle, avait exigé qu'il se déclarât vassal de l'empereur de Gonstantinople et que les Bénéventins lui payassent le tribut qu'ils avaient payé jusques-là aux empereurs français. Si l'on se rappelle que six ans à peine s'étaient écoulés depuis que Basile le Macédonien avait donné ce titre d'empereur à Louis, on verra encore une fois quelle confiance pouvait inspirer aux Occidentaux ce qui leur venait de l'Orient. Le pape

avait tout à craindre des gouverneurs des provinces qui renvironnaient. Celui de Naples avait chassé son évéque, et s'était si bien moqué des anathèmes du saint*siége, que, pour avoir la paix, le pape avait été forcé de les rétracter; et malgré cette absolution, il avait encore fallu que Louis assemblât sa petite armée pour mettre ce gouverneur à la raison.

La mort de Louis vint accroître les embarras de Jean YIIL Ce prince ne laissait point d'héritier, et le pape ne savait à qui offrir ce singulier empire, moins étendu que la prétendue donation de Louis le Débonnaire. Il n'eut pas même le désir de la faire valoir à son profit, il lui eût été impossible d'en soutenir la prétention. Il lui fallait un protecteur, et, comme l'a observé Mézeray *, il ne voulait pas d'un souverain qui résidât en Italie et qui lui pesât sur les épaules. C'est pour cela qu'il repoussait les enfants de Louis le Germanique et de Charles le Chauve, et qu'il se tourna vers ce dernier parce qu'il était plus à portée de le secourir dans sa détresse. Le Père Maimbourg 2 prétend que le roi y avait pensé avant le pape, que Charles avait déjà gagné par ses présents les sénateurs et les magistrats romains, qu'il avait fait même de grandes promesses à Jean VIII. Cette version résulterait du récit de l'annaliste de Saint-Bertin qui devait le savoir un peu mieux que les historiens modernes. Cet annaliste raconte en effet qu'en apprenant la mort de son neveu Louis d'Italie, Charles le Chauve avait

i. Tom. 1, p. 533.

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