‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 66 sur 105 · Léo Ostiensis, liy. II, ch. xi · texte numérisé non relu

Léo Ostiensis, liy. II, ch. xi

Jean XIX et donna la couronne impériale à Conrad le Salique, successeur de Henri IL Le saint-siége ne lui dut aucun autre avantage. Il fut même tenté de vendre le titre d*évêque universel au patriarche Eustachequi avait eu la fantaisie de Tacheter du siège qui le lui contestait. Le vieux Basile, empereur de Constantinople, Ty avait autorisé; et il fallait que le César et l'évêque eussent un grand respect de la papauté pour ne pas lui enlever ce titre et une pauvre idée des Papes pour les croire capables de le céder à prix d'or. Le moine Glaber raconte le fait avec une sainte indignation. Il peint l'étrange éblouissement du pape et de son clergé à Taspect des riches présents quedéployent devant eux les envoyés de Constantinople. Il parle d'un synode secret où allait se consommer ce honteux marché. Il fait intervenir un abbé de Dijon nommé Guillaume dont les sévères remontrances font reculer la cupidité de Jean XIX. Glaber se plaint en même temps de l'insolent trafic que faisaient les Romains de la chaire apostolique, et qu'ils pensaient couvrir en dépouillant les Papes de leurs noms de famille pour leur donner celui de quelque pontife célèbre, comme s'ils voulaient, dit-il, honorer par un nom d'emprunt un homme qui n'était pas assez distingué par son propre mérite*. Grâce au Père Guillaume, comme l'appelle l'annaliste, les ambassadeurs de Basile s'en retournèrent comme ils étaient venus; et le patriarche Alexis, moins scrupuleux que son prédécesseur Eusiache, n'en agit pas moins comme chef spirituel des Églises d'Orient

\. Glab., liv. IV, ch. i.

en réunissant tous les métropolitains à Constantinople pour remédier aux désordres qui déshonoraient ces \ Églises. C'étaient des rébellions d'évêques contre leurs chefs, des pillages de revenus, des usurpations de biens temporels et de monastères. Alexis rédigea une constitution qui ne corrigea personne; et il ne songea pas même à la faire approuver par un pape dont son prédécesseur avait reconnu l'autorité. Les Romains ne le respectaient pas davantage. Jean XIX fut chassé de Rome par une révolte, et Tempereur Conrad fut obligé d'accourir en Italie pour forcer les séditieux à le reprendre.

Sa mort ayant suivi de près son rétablissement le 8 novembre 1033, les comtes de Toscanelle profitèrent de la soumission des rebelles et de l'éloignement de Conrad pour leur imposer un pape de douze ans. C'était le plus grand scandale qui eût encore signalé leur puissance.Cet enfant était le neveu des deux derniers pontifes, le fils du comte Albéric, chef de cette faction. Il prit le nom de Benoît IX; et dès les premiers jours de son adolescence, il commença cette vie infâme qui le fit haïr et mépriser de toute la chrétienté. Que pouvait un pareil pape pour réprimer les révoltes qui éclataient de toutes parts en Italie? Conrad, que menaçaient toutes ces rébellions, reconnut bientôt qu'elles étaient fomentées par les évêques, surtout par l'archevêque de Milan Aribert. Il fit arrêter ce prélat avec les évêques de Verceil, de Crémone et de Plaisance; mais les mécontentements redoublèrent de fureur. L'archevêque s'échappa de sa prison, fortifia sa ville de Milan et fatigua l'empereur par sa résistance. Les Romains s'en mêlèrent. Ils chassèrent

le misérable qui souillait la chaire apostolique. Mais Conrad prit sa défense, le ramena dans sa capitale et lui fit prononcer l'excommunication de Tarchevêquç de Milan. A ces rébellions qui renaissaient à chaque instant, vint s'unir une peste qui décima l'armée et la famille de l'empereur, et qui l'emporta lui-même. Sa mort laissa le champ libre à l'indignation publique, que ne cessaient de provoquer les débauches de Benoît IX. Ses parents ne purent le soutenir contre la faction opposée que dirigeait un consul du nom de Ptolémée qui prétendait descendre dequelque bâtard d'Auguste. Chassé par cette faction, qui lui substitua l'évêque de Sabine sous le nom de Sylvestre III, Benoit IX rentra dans Rome peu de jours après avec les Toscans qui s'étaient renforcés de quelques bandes d'aventuriers; et préférant sa vie licencieuse à un pontificat toujours contesté, il le vendit à un second antipape qui se nomma Jean XX. Sa retraite ne fut pas de longue durée. L'ambition ou le besoin d'argent l'en fit ressortir. Il reconquit le palais de Latran sur celui qui l'avait acheté, et s'accommodant bientôt avec ses deux compétiteurs, il partagea et dissipa avec eux les revenus de l'Église. Il y eut alors trois papes à Rome, ou comme dit l'abbé de Vallemont un monstre à trois têtes dans la chaire apostolique. Benoît IX à Latran, Jean XX à Sainte-Marie-Majeure et Sylvestre III dans la basilique de Saint-Pierre. Mais ce désordre ne fut que momentané. Les provinces du royaume chrétien refusèrent d'entretenir de pareils scélérats. Ils n'eurent plus même les aumônes que déposaient les pèlerins sur le tombeau de saint Pierre. Elles étaient immédiatement enlevées par les voleurs dont

Rome était peuplée; et la disette enfin les contraignit tous les trois à vendre leur singulière papauté à l'archiprêtre Gratien qui se nomma Grégoire VI, et qui, reconnaissant au bout de vingt mois l'impossibilité de réparer ces désordres, résigna volontairement sa couronne pontificale, pendant qu'un concile assemblé à Sutri examinait s'il l'avait régulièrement acquise.

C'est le fils de Conrad, Henri III dit le Noir, qui avait assemblé ce concile. Il prenait en main l'honneur du saint-siége. Il avait flétri dès son avènement le trafic que faisaient de toutes les charges ecclésiastiques les évêques de la Gaule, de l'Italie et de l'Allemagne. La richesse des prélats avait porté ses fruits; elle avait produit le faste et le faste à son tour poussait à l'accroissement obligé des revenus. Henri III profitait de cet abaissement du pontificat pour ressaisir les privilèges que le faible Henri II avait sacrifiés à une dévotion mal entendue. Le peuple et le clergé de Rome, interpellés par lui, ayant répondu qu'il n'y avait pas un prêtre de leur Église qui fût digne de la papauté, il nomma lui-même l'évêque de Bamberg Suidger qui prit le nom de Clément II dans les premiers jours de 1047*. Mais ces empereurs n'avaient que des éclairs de dignité, des caprices d'indépendance. La dévotion les ramenait d'eux-mêmes à la servitude. Henri III commit la même faute que ses devanciers, en se laissant couronner par sa créature. Clément II ne passa que neuf mois sur le saint-siége ; et pendant que les députés de Rome allaient demander à l'empereur la permission d'élire l'ar-

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