‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 68 sur 105 · HILDEBRAND · texte numérisé non relu

HILDEBRAND

Jamais la puissance séculière n'avait trouvé une meilleure occa»iQnj[)our recouvrer tous les privilèges qu'elle avait successivement abandonnés. La papauté, le sacerdoce même étaient avilis par deux siècles de désordres, ôe discordes et d'usurpations. Les Italiens étaient las de guerres civiles. Le clergé romain avait perdu sa fierté; il avait accepté et défendu contre des Papes indigènes les quatre ou cinq Allemands qu'il avait plu aux empereurs de lui envoyer. Il ne fallait qu'un homme pour achever celte restauration de l'empire. Cet homme manqua ; et il en vint un, au contraire, du côté du sacerdoce qui, comptant sur la piété superstitieuse des peuples, faillit le rétablir dans toute son autorité. Cet homme était le célèbre Hildebrand, Italien de naissance, fils selon les uns d'un charpentier nommé Bonisson* et selon les autres de l'illustre famille d'où sortirent plus tard les comtes de Pétiliane. Tous s'accordent à le faire naître à Soane, ville de Toscane, vers l'an 1013. Il acheva son éducation sous Odilon, abbé du Gluny, prit l'habit de ce monastère et fut chargé bientôt d'aller dé-

fendre à Rome les intérêts de son ordre. Il y devint rarai de Grégoire VI, et à la retraite de ce pape, il s'indigna de voir un laïque allemand donner sans opposition des souverains-pontifes à l'Église. Cette indignation fit sa destinée; l'affranchissement complet de la papauté, sa domination universelle devinrent la pensée de sa vie entière. Il était abbé de Gluny quand se tint la diète de Worms,et c'est là sans doute qu'il rencontra Tévêque de Toul que l'empereur venait de créer pape. D'autres prétendent, comme je l'ai dit tout à l'heure, que ce pape arriva à Gluny dans toute la pompe d'unpontife romain. Mais j'adopte l'opinion des auteurs de V Histoire universelle ^. Il semble plus naturel qu'Hildebrand l'ait pris à Worms au milieu de ses incertitudes et lui ait conseillé de se rendre à Rome en simple pèlerin pour solliciter les suffrages de ses électeurs légitimes, au lieu d'accepter honteusement la papauté des mains d'un laïque. Brunon suivit ce conseil, soit qu'il ait été donjié i Worms ou à Ciuny. Les Romains, avertis par Hildebrand, s'empressèrent de proclamer le nouveau pape, et c'est alors seulement qu'il dut prendre le nom de Léon IX, le 12 février 1049.

Ce pape, charitable et désintéressé, se montra tout différent des simoniaques dont il avait accepté l'héritage. La passion de réformer les abus introduits dans toutes les églises en fit un voyageur infatigable. II tint la môme année des conciles à Rome, à Pavie et à Reims, malgré l'opposition du roi de France Henri P% qui s'étonnait avec juste raison qu'un évêque de Rome vint faire des actes

I, Liv. XXIV, ch. I. "

de souveraineté dans son royaume. Nos rois partagaient encore avec le pape et les évêques le droit de convoquer et même de présider les conciles, et jouissaient surtout du droit de les autoriser ou de les défendre dans leurs États. Mais les conseils d'Hildebrand dirigeaient Léon IX, et le concile de Reims n'en fut pas moins tenu. Le pape fit interpeller tous les évêques présents et les força de se purger du crime de simonie dont ils étaient tous accusés. Il s'en trouva d'adultères qu'on déposa sur-lechamp. Tous les absents furent réputés simoniaques et excommuniés. On n'excepta pas même ceux qui suivaient le roi à la guej^, et ils étaient plus nombreux que ceux qui assistaié:« c au concile. On renouvela les défenses de Gharlemagne contre les clercs qui portaient les armes ; on condamna les laïques qui dépouillaient et usurpaient les églises ; on rechercha les incestueux et les adultères et on les chargea d'anathèmes. La tyrannie sacerdotale alla même jusqu'à^ interdire à Beaudoin, comte de Flandres, de donner s^ fille au duc Guillaume de Normandie. Le roi de France était comme non avenu. Léon IX partit de Reims pour se rendre à Mayence où il avait indiqué un quatrième concile, et Henri III y assista avec les seigneurs allemands sans lui demander compte de cette convocation. C'est pendant ces voyages que, témoin de la faiblesse des rois, de la docilité des peuples, de l'enthousiasme qu'excitait la présence d'un pape, Hildebrand crut reconnaître la facilité d'imposer le joug du saint-siége à cette foule de princes et de nations, à travers lesquelles Léon IX se promenait en souverain Ce pape vint enfin en Italie tenir d'autres conciles contre n ^13

rhéré&iarque Bérenger qui, renouvelant les erreurs de Jean Soot sur r£ucharisiie, était persécuté et condamné par des antagonistes qui n'en savaient pas plus que lui. On excommunia par la même occasion les femmes qui se prostituaient à des prêtres dans Fenceinte de Rome. Les fréquents voyages de Léon IX étaient toujours signalés par d'utiles réformes, par d'éclatantes conversions, et Ton s'étonne que la ville de Rome, troublée depuis des siècles par les factions, ^emeurât dans une tranquillité profonde pendant les longues absences de son évéque. On attribuait ce calme au besoin qu'avaient les seigneurs de Toscane d'aller défendre leurs terres contre les Normands de Naples. Ces aventuriers ravageaient aussi les terres de TËglise, et Léon IX alla demander des troupes à l'empereur pour les chasser de l'Italie. Il eût mieux fait d'accepter l'hommage qu'ils voulaient lui faire de leurs conquêtes et de les recevoir comme feudataires. Leur courage eût débarrassé la papauté de ces comtes turbulents qui s'étaient rendus maîtres de Rome et qui avaient tant de fois disposé du saint*siége en faveur de tant de Papes indignes. Mais ces Toscans et les Allemands le détournèrent de cette sage pensée, et il eut le double tort de croire à leur supériorité et de se mettre à leur tète ea menaçant les Normands de les passer au fil de l'épée s'ils ne mettaient bas les armes. Les Normands lui répondirent par une éclatante victoire. Ses Italiens et ses Allemands cédèrent au premier choc; et, forcé de se livrer Iui**méme aux vainqueurs, il fut surpris de ne recevoir que des respects et des hommages au lieu des humiliantes représailles qu'il avait à craindre. Les Nor-

mands tombèrent à ses pieds, lui demandèrent sa bénédiction, lui laissèrent le choix de la ville où il voudrait être détenu, et l'escortèrent pieusement jusqu'à celle de Bénévent qu'il avait désignée. Des chrétiens moins respectueux lui firent un crime d'avoir pris fes armes et de contrevenir ainsi aux décrets du concile de Reims qu'il avait présidé lui-même. Mais le moine Herman Contract, qui attribua sa défaite et sa captivité 'à un châtiment céleste, aurait pu dire tout aussi bien qu'en lui donnant une leçon, le ciel lui^avait préparé un beau triomphe.

'.C'est pendant son séjour forcé à Bénévent que lui vinrent des lettres d'Orient dont sa vanité.dutétrb flattée. Par l'une, le patriarche d'Antioche lui faisait part de sa promotion, et il y avait longtemps que les évêques grecs se dispensaient de cet usage ; par une autre, l'empereur Constantin Monomaque lui témoignait un vif désir de terminer le différend des deux Églises. Il y en avait malheureusement une troisième qui ne lui était pas adressée. Elle était du patriarche Michel Cerularius qui se plaignait à l'évêque de Trani dans la Fouille de la persistance des Latins à observer des pratiques condamnées par l'Église grecque. Cette lettre, interceptée et traduite par l'évêque Humbert, fut apportée à Léon IX, et elle influa beaucoup trop sur ses réponses qui ne furent point de nature à rétablir la paix qu'on lui demandait. Il loua le patriarche d'Antioche d'avoir reconnu la primauté du saint-siége, quoique cet évêque n'en eût pas dit un mot et qu'il eût seulement repris l'usage qu'ils avaient tous de se faire part de leur élection.

il l'exhorta à soutenir la dignité de son siège qui est, disait-il, le troisième du inonde, rabaissant ainsi la fierté de celui de Gonstantinople qui, en s'attribuant le second rang, avait fait descendre au quatrième le patriarcat d'Antioche ^. Il écrit à Michel Gerularius pour lui reprocher Faudace qu'il a eue de blâmer les coutumes de rËglise latine, de prétendre enseigner un siège qui a été instruit par saint Pierre lui-même, et de juger un pontife que personne n'a le droit de juger. Pour attester sa prééminence, il redit ce qu'un seul pape avait dit avantlui: f (ïu'il a reçu de Constantin le Grand la puissance et la » dignité impériale, pour que celui à qui Dieu a donné 1 l'empire du ciel ne fût point sujet à l'empire de la » terre. » Il reproduit ainsi une prétention cent fois démentie par les faits. Il reproche à Michel Gerularius de s'entêter à prendre le titre de patriarche universel que Rome n'a jamais voulu lui accorder, de soumettre ainsi à son patriarcat les deux qui le priment; défaire fermer dans rOrient les églises latines qui veulent s'y établir; de vouloir gouverner mêm^ celles de l'Italie qui sont encore soumises à son empereur *. Il prie Constantin Monomaque de réprimer les entreprises de son patriarche qui se prétend le chef de ceux d'Alexandrie et d'Antioche et qui» étend ses persécutions sur les monastères et les prêtres orientaux dévoués à l'Église de Rome; il n'oublie pas de redemander les domaines qu'elle possédait en Orient et qu'on lui a enlevés depuis deux siècles.

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