‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 98 sur 105 · INNOCENT III · texte numérisé non relu

INNOCENT III

U73 à Ifl6

II n'entre point dans mon sujet de raconter la révolte des enfants de Henri II contre leur père, la protection accordée par Louis le Jeune à ces enfants rebelles, la complicité de la reine Éléonore avec ses quatre fils, les soulèvements des Poitevins et des Bretons, l'irruption des comtes de Flandre et de Boulogne dans la Normandie, celles du roi d'Ecosse et d'une armée de Flamands en Angleterre, les revers du roi de France, la défaite plus sanglante de ces Flamands et des Écossais, la captivité de leur prince el l'hommage de sa couronne au roi d'An* gleterre. Mais je ne puis passer sous silence la pénitence que la peur, et la superstition imposèreni à Henri 11 entre ses succès de Normandie et ses victoires dans son royaume. Il attribua ses malheurs domestiques et toutes les guerres qui en étaient la suite, à la colère de saint Thomas, et s'en alla, pieds nus, se prosterner devant son tombeau, y passe? un jour entier en prières, et livrer le lendemain ses épaules nues m fouet des moines de Gantorbery. Il se rendait indigne des victoires qu'il avait remportées et de celles qu'il allait remporter encore;

car Dieu, qui tient à la dignité des rois, n'exigeait pas de lui ces honteuses humiliations, que ses ennemis prirent même pour une détestable hypocrisie. Il fut plus grand en pardonnant à ses indignes fils, et plus digne du trône en assurant par des lois justes et sages la prospérité de son royaume.

Frédéric Barberousse eut son tour. Ses antipapes n'avaient servi qu'à entretenir ses i^vêques dans le schisme^ mais une guerre aussi longue les avait fatigués. Celui qu'il entretenait dans Rome n'y exerçait qu'une autorité précaire et souvent insultée. Ses guerres d'Italie ruinaient ses armées; les Lombards le harcelaient de leurs perpétuelles révoltes. Ils l'avaient forcé de lever le siège d'Alexandrie, ville nouvelle qu'ils venaient de bâtir à peine sous le nom du pape. Henri le Lion, duc de Saxe et de Bavière, formait en Allemagne une coalition puissante. Frédéric sentit la nécessité de se réconcilier avec un pape qui venait d'humilier un plus grand roi que lui. Sa première tentative ne fut point sérieuse; il ne voulait que gagner le temps de lever une armée nouvelle ; mais cette armée fut défaite par les Lombards au mois de mai 1176, il faillit périr lui-même dans la déroute, et il mit bas tout orgueil et toute hypocrisie *. L'archevêque Veremond de Magdebourg et deux autres évêques allèrent trouver le pape à Anagni, où, après quinze jours de pourparlers, la paix fut conclue à condition que les Lombards et le roi de Sicile y fussent admis, et que les terres de la comtesse Mathilde fussent rendues au saint-siége. Venise fut

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