Baron., an. 730; Bellarm,, liv. V, ch. viii
se séparer de l'obéissance de leur maître, ils vont même, a-t-on dit, jusqu'à offrir la couronne au pape ; et Grégoire II les engage à rester fidèles à celui qui veut Tassassîner. Il contribue deux fois au rétablissement de la puissance impériale dans l'exarchat de Ravenne. Il ne combat contre Texarque que pour se défendre luimême. Cette défense l'élève bien haut sans doute, elle grandit la puissance pontificale qui trouve déjà une armée dans le peuple de l'Italie. Mais ce n'est pas un acte de rébellion. C'est l'empereur qui l'a contraint de faire cet essai de son autorité morale sur les peuples, il n'abuse pas de sa victoire; et il n'est pas probable qu'il ait prononcé la déchéance d'un empereur dont il respectait la domination, quand il pouvait le croire incapable de se venger.
Il n'est intraitable que dans sa vénération pour les images ; et quand même il eût cédé aux caprices de Tlsaurien, je ne sais s'il était en son pouvoir de les détruire. Les hommes sont généralement superstitieux. Ils ont aimé dans tous les temps et dans tous les pays les simulacres des objets de leur adoration. Les peuples les plus sauvages ont leurs fétiches. Jésus-Christ avait proscrit les idoles, et les premiers chrétiens avaient horreur de ces tableaux, de ces statues qui rappelaient les dieux du paganisme. Mais du temps même de Jésus-Christ, une femme, guérie d'un flux de sang par le contact de sa robe, lui avait élevé une statue dans la ville de Césarée. Eusèbe l'avait vue trois siècles après. Constantin en avait érigé une pareille dans son palais de Byzance. Dès le quatrième siècle, l'Espagne était [pleine de ces images. Les
églises (le l'Italie, de rOccidcnt et de TOrient les avaient multipliées. Les fidèles, reprenant les traditions de leurs pères, ou obéissant à leurs penchants naturels, se prosternaient devant les portraits d'un Dieu invisible ou des t martyrs qui avaient péri en le confessant. La raison humaine, qui est rarement consultée par ceux qui s'en glorifient, aurait préféré sans doute que cet hommage fût exclusivement réservé aux bienfaiteurs de l'humanité, aux Titus, aux Marc-Aurèle, plutôt qu'à des hommes qui n'avaient souvent d'autre mérite que d'avoir passé quarante ans debout sur une colonne. Mais les Papes ne pouvaient faire de pareilles distinctions. Ils devaient tout rapporter à la religion qu'ils avaient mission d'établir ou de défendre. Les plus éclairés n'interdisaient pas aux peuples de donner ce témoignage de reconnaissance aux hommes qui les avaient illustrés ou qui avaient travaillé à leur bonheur; mais la pensée d'une autre vie était dans tous les esprits. La religion l'avait entourée de craintes et d'espérances. Elle leur avait présenté les saints et les martyrs comme des intercesseurs auprès du Dieu qui disposait des châtiments et des récompenses futures. Il était tout simple qu'on les invoquât, qu'on les adorât comme des patrons. Il était dans l'intérêt de l'Église qu'ils fussent toujours présents aux regards des fidèles, et qu'on les exposât sur des autels sous leurs formes humaines. Plus les hommes étaient malheureux, et ils l'étaient tous dans cette époque de barbarie, plus ils avaient besoin d'espérer le bonheur que la religion leur promettait dans un autre monde ; et ils se prosternaient devant le simulacre des saints dont ils invoquaient le patronage.
Grégoire II ne pouvait abattre cette croyance; il la soutint dans Tintérêt de la foi. t II crut devoir, comme dit 9 Gibbon ^, autoriser en faveur de la multitude une sorte » de culte capable de frapper les sens et qui, depuis la » ruine du paganisme, n'avait plus à craindre uo odieux D parallèle. »
Grégoire III, élu le 18 mars 731, accepta cet héritage de Grégoire II et fut peut-être plus ardent à le défendre, C'était le septième Syrien que, depuis la conquête des Musulmans, les Romains se donnaient pour évéque. Ces fugitifs se distinguaient par leur savoir ; et dès lors qu'ils abandonnaient leur penchant pour l'hérésie, leur supériorité d'intelligence et d'érudition les recommandait aux respects de l'Occident, où depuis longtemps ne s'élevait plus un homme supérieur. Le premier soin du troisième Grégoire fut de répondre à la lettre, que l'empereur Léon avait écrite à Grégoire II pour demander la réunion d'un concile. Il s'était déjà fait représenter toutes les missives impériales, et sa réponse les embrassa toutes, Il lui rappelle avec éloge les premières années de son règne qui avait débuté, comme je l'ai dit, par la persécution des hérétiques, et lui demande d'où lui est venue son horreur pour les images. Mais l'injure ne tarde pas h suivre un exorde assez^ doux. Il traite Léon III de grossier, d'ignorant. Il lui reproche de n'avoir pas consulté les hommes qui pouvaient l'instruire. Il 'l'adjure de quitter sa présomption et son orgueil. Il lui explique la parole de Jésus-Christ sur les idoles : il nomme culte