‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 7 sur 112 · Tom. ll,p.40tt · texte numérisé non relu

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) à qui sera assez hardi pour vendre les dons du Saint- 1 Esprit. ) Cet anathème retomba sur la tête de bien des Papes ; et Ton ne peut oublier que c'est à la vente de ces mêmes dons que fut due dans cette même Allemagne la révolte de Luther, sept siècles après.

Etienne II, nouvel élu du clergé romain, ne vécut que trois jours, et un diacre du même nom monta sur le saint-siége à sa place. Le sceptre des Lombards avait également changé de maître; le pieux Ratchis avait quitté le palais de Pavie pour le monastère de Montcassin; et le terrible Astolphe, son frère, était monté sur le trône. C'était un vrai Lombard, farouche, intraitable, impatient et résolu d'achever la conquête de l'Italie, pieux cependant et bâtissant des églises, mais respectant fort peu les évêques et les prêtres. Lesprésents d'Etienne III en avaient d'abord obtenu une promesse de paix pour quarante années. Mais ayant appris que l'empereur d'Orient avait sur les bras les Musulmans et les Bulgares, il rompit cette paix, marcha sur Ravenne, envahit ce débris de l'empire qu'on appelait l'exarchat, chassa Eutychius, le dernier des seize patrices qui l'avaient gouverné pendant cent quatre-vingt-trois ans, mit fin à cette puissance et lança son armée sur les chemins de Rome. Etienne III lui députa vainement les abbés de Saint-Vincent et de Montcassin. t Allez prier, » répondit Astolphe; et il continua sa marche. Un de ses hérauts se présenta dans Rome même pour sommer le peuple de reconnaître sa souveraineté, pour dire au pape que si le peuple ne consentait pas à lui payer la capitation, il passerait tout au fil de l'épée, et livrerait la ville au pillage. Une nou-

— javelle ambassade d'Etienne III fut renvoyée avec mépris; une lettre menaçante de l'empereur d'Orient fut à peine écoutée. Le pape tourna encore ses regards et ses prières vers la France, où Pépin le Bref venait d'être couronné; et c'est delà que lui vinrent le salut, l'indépendance, la puissance temporelle et la souveraineté.

Pépin était déjà l'obligé du saint-siége. Fatigué d^ maintenir un fantôme de roi, impatient de la royauté, mais retenu par un dernier scrupule de conscience, il avait consulté le pape Zacharie sur ce qu'il devait faire. Zacharie avait mis une année entière à consulter lui-même le Saint-Esprit, mais il avait fini par répondre t que celui- » là devait être roi qui en exerçait l'autorité, au lieu de « celui qui l'était seulement de nom ^. > On s'est étonné de cette réponse du pape. Elle était alors toute naturelle. Depuis des siècles, l'hérédité n'assurait la possession d'aucun des trônes de la terre. Les fils de Clovis s'étaient détrônés les uns les autres à l'imitation de ce fondateur de leur dynastie, qui n'avait laissé vivre et régner aucuns de ses parents; les maires du palais étaient survenus, et ils avaient disposé des rois et des couronnes. L'histoire des empereurs avait accoutumé les esprits à ces perpétuelles variations de dynastie ; à l'exception de celle d'Héraclius, aucune n'était allée en Orient jusqu'à la troisième génération. Les envahisseurs de l'empire n'avaient pas montré moins d'inconstance dans le maintien des familles royales. Les Lombards donnaient au pape de fréquents exemples de l'instabilité

t. Eginbard, Amm^, an. 750.

des diadèmes. La réponse de Zacharie était dictée par Tesprit du temps. Une chose plus étonnante s'était passée. Pépin avait voulu être sacré comme Clovis par la main d'un évêque. Wilfrid-Boniface, archevêque de Mayence, se trouvait à sa portée. Zacharie le lui avait accordé, pour remplir les fonctions de saint Rémy ; et la ville de Soissons avait remplacé la ville de Reims pour cette cérémonie. Etienne III avait donc tous les droits possibles à la reconnaissance du nouveau maître de la France. Il alla le trouver, les uns disent avec un sauf-conduit d'Astolphe, qui bloquait la ville de Rome, et qui n'avait pas osé le refuser aux envoyés de Pépin ; les autres racontent qu'il était allé voir ce même Astolphe à Pavie pour le prier de respecter les terres du duché romain, et que sur le refus du roi des Lombards, il s'était décidé à se rendre en France. L'une et l'autre version sont également invraisemblables. Astolphe savait trop bien ce que le pape allait faire chez Pépin pour le laisser partir, et il est probable qu'Etienne s'échappa de Rome : cela est indifférent. Il arrive en France, Pépin va au devant de lyi jusqu'à Pontyon, près de Langres, et le reçoit avec de grands honneurs. Anastase le Bibliothécaire vamême jusqu'à dire que le roi de France marcha un peu de temps à côté du pape, comme un écuyer, à hauteur de la selle de son cheval. Mais pour faire la part à chacune des deux puissances, Anastase prétend qu'Etienne III, couvert de cendre et d'un cilice, se prosterna aux pieds de Pépin en suppliant. On a fait grand bruit de cette double humilité. Les historiens des deux partis ont cherché à sauver l'honneur des deux couronnes. Les profanes ont blâmé, in-

firmé cette faiblesse du roi < ; les écrivains religieux ont nié, condamné cette bassesse du pape. Lesueur reproche * au serviteur des serviteurs de Dieu, d'avoir souffert que le plus grand roi du monde lui servît d'écuyer. Il a raison ; il n'y a là qu'une impertinence du pape qui aurait dû descendre de cheval en même temps que le roi ; mais quand on admettrait les deux bassesses, il n'en résulterait ni droits ni devoirs pour personne. Ces deux grands politiques avaient besoin l'un de l'autre, le roi, pour faire sanctifier son usurpation par le vicaire de Jésus-Christ; le pape, pour terminer au profit de son siège la longue anarchie dont l'Italie était victime, et se délivrer des ennemis qui ne cessaient de troubler son repos. Sigoniuslui prête encore avec raison le désir secret d'acquérir enfin une puissance temporelle. Il affirme que, Pépin lui ayant manifesté l'intention de rendre à l'empire l'exarchat et la Marche d'Ancône, Etienne III lui avait insinué de donner ces provinces à saint Pierre pour assurer son salut par cette bonne œuvre K Comme il est évident qu'avant de se rendre au parlement de Quercy ou Crécy-sur-Oise, le pape et le roi avaient eu des entretiens secrets, il est probable que, dans une de ces conférences, ils avaient arrêté d'avance les incidents de la comédie qu'ils allaient jouer devant le monde.

Astolphe se doutait des intentions du pape Etienne III. Il l'avait fait suivre en France par le propre frère de Pépin, par ce Carloman qui avait quitté les splendeurs

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