s. Jjern., E^iUL XLV; S. Luc,cU. x, v
zèle pour la justice et pour la religion- Honoré II, satisfait d'avoir remis Tévêque de Paris sur son siège, de lui avoir fait rendre ses revenus, ne voulut pas aller plus loin, Tesprit de Grégoire VU ne l'avait point égaré; et il mourut en paix avec lui-même le 14 février 1130. Le saint-siége était encore assez puissant et assez riche pour être un objet d'envie. Deux cardinaux se le disputèrent, et furent élus par deux factions opposées. Les amis d'Honoré se hâtèrent de nommer le cardinal Grégoire qui prit le nom d'Innocent II; mais un parti plus puissant élut le même jour le cardinal Pierre de Léon, que nous avons vu légat en France et en Angleterre. C'était le petit-fils d'un juif converti qui lui avait laissé de grandes richesses. Il s'empara de l'église de Saint-Pierre et de quelques autres, se saisit de leurs trésors, fit briser et fondre par des juifs tous les vases sacrés, et accrut par ses largesses le nombre de ses partisans. Innocent II se maintint quelque temps dans lès palais des Frangipanes, mais il craignit de tomber entre les mains de son rival, qu'on avait baptisé du nom d'Anaclet II, et s'enfuit de Rome pour chercher un asile sur les terres de France. Anaclet envoya des légats de tous côtés pour se faire reconnaître, s'assura du duc Roger de Sicile en lui conférant le titre de roi de Naples. Mais tous les autres souverains de l'Europe se prononcèrent pour Innocent II. Le roi de France oubliant la dignité de sa couronne se prosterna devant lui; toutes les Églises lui rendirent hommage. Le roi Henri d'Angleterre, dont saint Bernard vainquit la résistance, quitta son royaume pour imiter la soumission de Louis le Gros. Le roi Lothaire,
que les seigneurs d'AIIemagoe venaient de couronner au préj udice des neveux de Henri V, mena la haquenée du pape par la bride en chassant à coups de fouet le peuple qui se pressait autour de lui. Mais ce roi voulait faire payer sa soumission par le rachat du droit d'investiture par la crosse et Tanneau. Les évéques qui s'étaient rassemblés à Liège pour saluer le pape, et qu'un assez grand nombre de 'seigneurs soutenaient dans cette revendication de l'ancien droit de l'empire^ lui causèrent assez de surprise pour lui faire craindre quelque violence. Ce fut encore saint Bernard qui le tira d'embarras en s.'opposant vivement aux prétentions des Allemands, et qui triompha de cette opposition de Lothaire en le forçant de se contenter de l'investiture par le sceptre. Le roi de Germanie promit même de rétablir Innocent sur le saintsiége, et le ramena en effet en Italie avec une escorte de deux mille cavaliers. Il s'empara de la moitié de la ville de Rome, se fit sacrer empereur dans Saint-Jean de Latran * ; et le pape Innocent II signala sa reconnaissance par le don volontaire ou forcé de l'usufruit de l'héritage de la comtesse Mathilde *, moyennant une redevance de cent livres d'argent qui faisait de l'empereur un feudataire de Rome.
Lothaire en avait grand besoin. L'Allemagne ne lui payait aucun tribut ; les seigneurs et les évêques lui avaient imposé la triste et honteuse condition de n'avoir point de capitale, et de vagabonder avec sa cour et sa garde. Le pape lui-même lui fit subir un autre affront.
i. Olhon de Friss.