Vie de laini Bernard, liv. II, ch. ii
Il fit faire un tableau où ce singulier empereur lui rendait hommage comme vassal de TÉglise de saint Pierre, et un distique latin en expliquait le sujet. Le César et le pape n'étaient pas plus forts l'un que Tautre. Lothaire assiégea vainement le château Saint-Ange et ne put chasser Anaclet de la ville de Rome. La révolte de Conrad et de Frédéric, neveux de Henri V, vint ajouter à ses embarras. Il repartit pour l'Allemagne; et le pape Innocent, n'osant plus rester à Rome, se réfugia dans Pise en publiant encore une fois l'excommunication de son rival. La médiation de saint Bernard mit un terme à cette querelle. Conrad se contenta de la future sucession de Lothaire; et celte transaction fut confirmée de mauvaise grâce par les seigneurs allemands qui ne voulaient plus qu'un empereur électif. Le pape Innocent II reprit courage et convoqua un concile général à Pise, où se rendirent presque tous les évoques d'Occident : il s'ouvrit au mois d'avril 1134. Saint Bernard y conduisit les prélats de Lombardie que la soumission de Conrad avait ramenés à l'obédience d'Innocent. Ce pape y fut universellement reconnu, et son compétiteur excommunié. Mais Anaclet se jouait de toutes ces condamnations. Son vassal de Naples jeta son armée sur la moyenne Italie, pillant les villes, ravageant les campagnes et traquant de tous côtés les évéques qui se retiraient de la ville de Pise. Ces malheureux prélats trouvaient les Normands sur toutes les routes. Ils furent pillés, emprisonnés par ces bandes de pillards. L'archevêque de Reims, l'évêque de Périgueux furent pris et rançonnés, révêque de Troyes blessé d'un coup de lance, ceux de
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Bourges et de Sens battus et dépouillés. Us ne trouvèrent de repos qu*à Pontremoli où ils continuèrent à se venger par des excommunications dont le roi Roger et ses Normands faisaient fort peu de cas. Le bras de Lothaire fut plus puissant. Il revint en Italie en 1136 aux cris du pape Innocent, s'empara de Bénévent et de Capoue, refoula les Normands vers la Fouille, força Roger de se retirer en Sicile, et les moines de Monlcassin d'abandonner Anaclet et de reconnaître Innocent. Celui-ci voulut exiger davantage. L'indépendance de ces moines le fatiguait. Il leur commanda de venir pieds nus dans le camp impérial pour lui demander pardon et lui prêter serment de fidélité. Ils refusèrent le serment et Thumiliation ; et Lothaire, qu'importunait cette nouvelle dispute, s'interposa comme arbitre entre les moines et le pape. Il tint une espèce de concile avec les ducs de Souabe et de Bavière et quelques prélats d'Allemagne. L'opiniâtreté des mandataires du pape Innocent II, qui voulait à toute force réduire ces moines à une soumission absolue, finit par irriter le vieux Lothaire et ses assesseurs. Il fut même injurié par le cardinal Gérard; et ce cardinal lui ayant dit qu'il était surpris que l'empereur soutint des hérétiques, Lothaire répondit qu'il était bien plus étonné de la résistance d'un pape qu'il avait remis sur le saint-siége. « Voilà, ajouta-t-il, voilà » quatorze mois que je suis en campagne avec mon » armée pour l'amour de lui, que je dissipe mon argent » pour le défendre. Qu'il accepte l'obéissance des moines » de Montcassin, qu'il n'exige point d'eux un serment de • àWélité, ou je me sépare de lui. » Ce coup d'autorité
mit fin à cette lutte de quatre jours. Innocent pardonna malgré lui; mais les moines ne firent de leur côté le serment d'obéissance que sur Tordre formel de leur abbé Raynald, et cet abbé n'était pas plus sincère ni plus soumis que ses moines. Il sollicitait et attendait les secours des lieutenants de Roger pour déclarer sa révolte et défendre son monastère, mais ses trames furent éventées. Lothaire revint deux mois après; il fit arrêter le traître, entra dans Montcassin le 14 septembre 1137, procéda contre l'abbé et ses adhérents; et reconnaissant enfin que le pape avait eu raison de vouloir soumettre ce monastère, il ajouta qu'il en déciderait avec lui. Ce fut alors bien autre chose ! Innocent s'indigne que des laïques aient osé jugCF des abbés,, des moines, et menace d'excommunier les prélats qui n'avaient pas rougi de siéger dans ce tribunal. Lothaire contint sa juste impatience: «De quoi » vous plaignez- vous ? dit-il au pape; j'ai tout remis à > votre discrétion. » Le pape forma un chapitre de quelques cardinaux, de saint Bernard et du chancelier de l'Église Aimery. Raynald fut déposé par eux, et le fier Innocent II voulut lui donner un successeur de son choix. Mais les moines le gagnèrent de vitesse et nommèrent sur-lechamp l'abbé de Stavelo, Lorrain de naissance, qui avait tout récemment commandé la flotte de Lothaire dans les mers de Toscane. Us s'assuraient ainsi la protection de l'empereur, et ils eurent raison du pape qui ne put leur enlever le droit d'élection, ni empêcher Lothaire de donner à l'abbé Guibald l'investiture par le sceptre*. Ce