CHAPITRE XVIII HPNBI II BT ALEXANDRE III
1438 à ii72
Tous les grands royaumes changeaient de maître, Louis le Gros était mort au mois d'août après avoii marié son fils Louis le Jeune à Éléonore de Guyenne. Henri d'Angleterre l'avait précéda depuis plus d'un an dans la tombe; et son neveu Etienne, comte de Boulogne, avait volé cette couronne à la fill^ d'un roi qui Tavait comblé de bienfaits. Lantîpape Ànaclet n^avait pas survécu plus d'un mois àl-empereur Lothaire. Il était mort de chagrin le 7 janvier 1138, et l'antipape Victor, que ses partisans lui avaient donné pour successeur, s'était peu soucié de continuer un schisme aussi fatal à l'Église. Il déposa sa mitre et sa chape rouge aux pied$ de saint Bernard qui ramena au pape, dont il reconnut la légitimité. Innocent II, resté enfin maître du saint^siége, ne songea plus qu'à en étendre l'autorité, et commença ses tentatives par le roi d'Angleterre. Etienne avait besoin de faire pardonner et confirmer son usurpation. Il oublia les royales traditions de ses prédécesseurs. Dès qu^un légat parut dans son royaume, il le reçut presque en souverain; le cardinal Albéric visita les évéchés et les monastères,
convoqua et présida des conciles, sacra un archevêque de Gantorbery, et se fit suivre en Italie par ce primat et d'autres évéques pour assister à un concile œcuménique. Cette grande assemblée fut ouverte le 8 janvier H39, et les historiens portent à mille le nombre des prélats qui en firent partie. L'autorité royale y fut sacrifiée. Innocent Il leur rappela que Rome était la capitale du monde; déclara qu'aucune dignité ecclésiastique n'était valable que par l'autorisation du pape, compara ceux qui en étaient revêtus à de grands feudataires; et remit l'élection des évéques aux chanoines des cathédrales, à l'exclusion des laïques et des prêtres des diocèses qui y avaient pris part depuis l'établissement du catholicisme.
C'est dans ce concile général de Latran que fut prononcée la première condamnation du fameux Arnaud de Brescia, qui, déclamant partout contre la richesse et le faste des prélats et des moines, soulevait le peuple au nom d'un Dieu qui leur avait ordonné de vivre d'au* mônes. L'évêque de Brescia l'avait dénoncé au concile comme propageant des doctrines erronées sur le baptême et l'Eucharistie, et ses juges n'examinèrent pas même s'il en avait parlé. Roger, roi de Sicile, eut son tour. On châtia ses perpétuels ravages, ses usurpations par un anathème, qui, au lieu de l'arrêter, ne fit que ranimer sa vengeance. Il avait longuement et brutalement débattu avec saint Bernard les droits d'Innocent II et ceux de ses antipapes; et la résignation du dernier ne l'avait point détaché d'un schisme qui n'avait plus d'objet. Il revint en ravageur sur les campagnes de la Fouille, battit les troupes du pape, le fit envelopper et prendre lui-même
à la têle d'un état-major d'évêques par les mille cavaliers de son fils. Ce prince le conduisit à son père, qui révéla dès lors le secret de ses armements en sollicitant aux genoux de son prisonnier la confirmation de la royauté qu'Anaclet lui avait conférée. Innocent II accepta avec joie le pouvoir qu'on lui offrait de faire des rois. Il lui confirma le titre de roi deNaples et de Sicile, et donna au prince qui Tavait fait prisonnier ceux de duc de Fouille et de prince de Capoue.
Etienne d'Angleterre, dont une bulle avait aussi ratifié l'usurpation, luttait pendant ce temps contre ses évéques^ qui, ayant vu sa docilité pour les légats de Rome, essayaient à leur tour d'insulter à sa royauté. Celui de Saiysbury avait élevé deux forteresses dans ses domaines, celui de Lincoln en avait bâti une dans les siens, usant, disaient-ils,du privilège des seigneurs,dont ils se croyaient plus que les égaux. Ce roi, qu'offusquaient déjà les tours de ses barons, ne voulut pas tolérer celles des évéques. Sous prétexte d'une querelle assez frivole, il emprisonna les deux prélats et les contraignit par ses menaces à lui remettre les châteaux forts qu'ils avaient bâtis*. L'évêque Henri de Winchester, frère du roi, ne vit que le titre de légat dont Innocent II Tavait investi. Il assembla ur synode à Westminster, et fit sommer le roi de venir y rendre compte d'une mesure qui attentait selon lui aux immunités de l'Église. Etienne, au lieu de disperser le synode, fut assez faible pour faire plaider sa cause par un avocat. On disputa longtemps. Les deux partis mena-