‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 97 sur 112 · I. Barre, Hitt. de ÎEmjt., i. H, p · texte numérisé non relu

I. Barre, Hitt. de ÎEmjt., i. H, p

g{ La révolution romaine n'était que plus animée, quand les cardinaux donnèrent le saint-siége à Tabbé do Saint- ^ Athanase, qui laissa son nom de Bernard pour celui ^ d'Eugène III. Son saint homonyme le traite fort mal dans g: sa lettre aux électeurs ; il l'appelle un c homme rustique, » i un c petit homme couvert de haillons. » Il les prie de veilli; 1er sur lui, de l'éclairer, de le protéger. Mais ils avaient jj besoin de se protéger eux-mêmes; Rome n'était plus tejf nable. Arnaud de Brescia s'y était rendu pour soutenir le zèle de ses partisans, et combattait à outrance l'autorité M, temporelle du saint-siége. Le sénat menaçait le nouveau ^ pape de ne pas permettre son intronisation, s'il ne reconnaissait point son propre rétablissement. Eugène III ^ aima mieux s'enfuir que d'accorder aux sénateurs ce 1^ qu4ls n'avaient pas besoin de demander. Les cardinaux )j^ eurent peine à s'échapper pour le suivre dans le monastère de Farfe où ils firent la cérémonie de son sacre. Les Arnaudistes s'en vengèrent sur les palais des nobles et des cardinaux. Ils les mirent au pillage et les livrèrent aux flammes; ils ne parlaient plus que de relever la république romaine, ils se croyaient déjà les maîtres du monde; et il suffit d'une faible troupe de Tiburtins rassemblés à la hâte pour dompter cette effervescence et ramener le pape dans son palais. Mais il^n'y resta pas longtemps. Les insurgés revinrent de leur surprise, ils comptèrent leurs vainqueurs, rougirent de leur petit nombre, les chassèrent de leurs murailles ; et le pape Eugène fut réduit à se réfugier en France et à solliciter les secours de Louis le Jeune.

Ce prince était absorbé par une affaire plus impor-

tante. Le sort des croisés de la Palestine lai causait de justes alarmes. Leurs divisions les avaient perdus. Le roi de Jérusalem n'avait presque plus d*armée pour résister aux infidèles. Les comteà d'Édesse, d'Antioche et de Tripoli s'étaient fait une politique à part, et avaient causé de grands désastres. Édesse avait été prise et saccagée. Des messages sans nombre imploraient les secours de la chrétienté; et Louis le Jeune songeait à se rendre lui-même dans TOrient. Saiht Bei'nard prit leJ ordres du pape et parcourut la France et TAllemagne pour prêcher une croisade nouvelle. Le roi ou l'empereur Conrad III prit la croix comme le roi de France, et de nouvelles bârides se mirent eti route pour Gonstantinople dans la même confusion que les preïhières. Eugène III revint sans soldats en Italie, excbmihuniâ le patrice et les sénateurs, fel, ranimant la haine des habitants de Tibur, il rentra dahs Rome à leur tête, et toujourà aux acclamations du peuple. Mais ce peuple né savait que crier. Il eh vint à demander au pape le châtimeht des tibuftitls qui l'avaient tétabli, et ËUgëfae se retira dans le château Saint-Ange pour échapper à cette ridicule exigence. Saint Bernard écrivit attx Rolnalns une lettre fort sage, fort pathétique pour les engager à res* pecter leur pontife. Mais la voix deà Arnaudistes était plus puissante que là sienne; et le pape Eugène ^'enfait encore devant la sédition. Il retrouva en France le roi Louis le leUne qui n'était pas elibo^e parti pour la Palestine, mais qui, peu de joUrs après^ le laissa pour ainsi dire maître de son royaume pour accomplir son vœu de croisé. Eugène Ht tint un concile à Parts le 8Ô Avril 1141,

un autre à Reîmâ raiinée suivante, où furent réglés plusieurs points de discipline. On cassa les mariages contractés par lés ecclésiastiques après leur ordination. On prescrivit la clôture aux religieuses. On institua des curés dans les paroisses au lieu de les faire gouverner par des mer^ cenaires athbulants. Il fut interdit aux laïques de percevoir des dîmes ecclésiastiques, de rançottner et d'emprisonner les clercs. On amena dans ce concile un fou de Bretagne qui s'appelait Éon, et qui se croyait le Fils de Dieu, parce qu'une prière de TÉglise finissait par ces tnots latins : Eum qui judicaturus est; et le peuple le prenait pour ce qu'il voulait être. Quel peuple et quel Bièclet le voilà tel que l'avaient fait les inoines. Un rêveur d'une autre éspèbe expliquait la triiiité par des subtilités Hbsurdeis. C'était Gilbert de la Poirée, évêqUe de Poitiers. On l'accusait de dire que l'essence divine n'était pas Dieu, que la nature divine né s'était jias incarnée, niais seulement le Fils de Dieu. Saint Bernard l'avait pris au sérieux et il avait lottgaetiieiit discuté ces questions. Gilbert niait avoir dit que k divinité n'était pas Dieu, et il s'en tenait à l'essence et à la nature divines. Eugène et les Pères du concile de Relniè parurent n'y rien comprendre. Ils dressèrent un symbole, où ils établirent entre autres cboses : que là nature simple de la divinité était Dieu, et qiie Dieu était la divinité; que les trois personnes divines étaient un Dieu fet une substance divine, mais que la substance divine était en trois personnes. Le Breton qu'ils avaient condamné était le moins fou de tous. Gilbert de la Poirée n'y comprit rien à son tour; et comme il lui importait de se tirer de

leurs mains, il finit par leur dire qu'il croirait tout ce qu'ils croiraient eux-mêmes.

Les ennemis de FËglise étaient plus positifs dans leurs manifestes. Arnaud de Brescia n'était pas le seul. Pierre de Bruys remplissait la Provence et le Languedoc de ses déclamations. Il condamnait Fusage des églises et des autels, le culte de la croix, la cérémonie de la messe, les prières pour les morts comme inutiles; et, suivi d'une multitude effrénée, il pillait les églises, renversait les croix et dispersait les prêtres. Pris à Saint-Gilles par les catholiques, il avait été brûlé à son tour; mais sa secte lui avait survécu. Henri, son disciple, le continuait avec plus de succès encore. Les peuples l'appelaient pour apprendre de lui le chemin du ciel. Sa voix tonnante, sa large carrure leur imposaient. Eugène III le fit suivre à Toulouse par le légat Albéric, évêque d'Ostie, et saint Bernard quitta son abbaye de Clairvaux pour le seconder. Le sectaire Henri avait bouleversé toute la province. Saint Bernard a écrit que les églises étaient sans peuple, le peuple sans prêtres, les prêtres méprisés. Il invoquait contre ces hérétiques, qu'il appelait des mendiants et des voleurs, le bras du comte Alphonse de Saint-Gilles^. La ville d'Alby en était plus infestée que les autres; saint Bernard y fut reçu par des tambours et des ânes qu'on faisait braire. Nous n'avons pas même l'honneur d'avoir inventé les charivaris. Mais dès qu'on eût entendu sa parole, le peuple lui revint et abandonna le sectaire. Henri fut chassé, traqué de toutes parts, rejeté de château

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