‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 140 sur 150 · Maimb., p · texte numérisé non relu

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Les trois ou quatre rois qui se partageaient la Gaule étaient seuls capables d'y mettre ordre ; et il sentait que le meilleur moyen de soutenir leur zèle était de les flatter, et d'oublier la barbarie de leurs querelles domestiques. C'est par le même motif que ses flatteries s'adressaient aux rois de l'Espagne, où ces désordres étaient à leur comble et ne pouvaient-être réprimés par ses légats. Mais ces rois sacrifiaient tout à l'Église; et si l'un deux était seulement soupçonné de porter la moindre atteinte aux privilèges de son siège, Tévéque de Rome savait bien retrouver l'énergie et la fierté des Jules et des Léon. Il redevenaitalors ce qu'il avait été sous l'empereurMaurice, quand il lui écrivait t qu'il voulait bien être le serviteur » desévêques, mais qu'il n'abaisserais jamais sa tête, » même sous le glaive, si quelqu'un élevait la sienne » contre Dieu *, >

Montrons saint Grégoire dans des occupations plus dignes. Il faut voir dans sa volumineuse correspondance tous les soins qu'il se donne pour soulager les victimes de la guerre et des ravages qu'elle laisse après elle, les ordres qu'il envoie aux administrateurs des domaines de l'Église en Italie, en Grèce, en Sicile, en Afrique, pour la distribution de leurs revenus aux ecclésiastiques^ aux monastères et aux hôpitaux. Ses libéralités sont prodigieuses, il lie garde presque rien pour lui-même. Un autre soin l'occupait encore. C'était le règlement des offices de la messe, de toutes les cérémonies de l'Église. Il composa un antiphonaire, il ouvrit une école de psal-

i. Gr^g., liv. IV, Epitt. XXXI.

modie ; il y enseignait lui-même, et le fouet à la main, dit-on, la manière de chanter les psaumes, les hymnes, les cantiques, toute la poésie des offices. Avait-il le pressentiment des avantages que dans la suite des temps la religion retirerait de ces puissants auxiliaires de la morale et des dogmes de Jésus-Christ? La ruine des superstitions qui déshonoraient Tesprit humain fut aussi un des travaux de son apostolat. Il y voyait des vestiges du paganisme, mais n*en créait-il pas de nouvelles, en parlant dans un grand nombre de ses épîtres des miracles qu'avaient opérés les Papes et les saints de son siècle ?

Il procura un plus grand avantage à son siège par la conversion des peuples d'Angleterre, qui avait constamment occupé s^ pensée. Il n'était encore qu'un simple moine, lorsque, passant sur une place de Rome, il vit de jeunes esclaves mis en vente, beaux de visage, bien faits de corps et s'informa de quelle nation ils étaient. Ce sont des Angles, répondit le marchand ; et Grégoire, jouant sur les mots latins Angli et Angeli^ s'écria que ce n'étaient point des Angles, mais des anges. Il demanda ensuite s'ils étaient chrétiens, et en apprenant qu'ils étaient idolâtres, il en fut douloureusement affligé. J'aurais mieux aimé qu'il eût employé quelque débris de sa fortune à racheter ces malheureux , qui semblaient être là pour attester qu'à la fin du sixième siècle de l'ère chrétienne les puissants de l'Église maintenaient encore cet esclavage qu'avait condamné le Rédempteur. On pourrait en lire aussi des exemples dans Grégoire de Tours. Cet esclavage s'y montre à chaque page, et, deux siècles après, les libéralités de Charlemagne envers le

moine Alcuin constatent encore cette infraction des lois

de Jésus-Christ, puisque ce moine possédait à lui seul vingt mille esclaves. Mais enfin Grégoire prit plus de soin des âmes de ces malheureux que de leur liberté. Il voulut partir sur-le-champ pour aller convertir ce peuple d'anges : et Rome entière s'était précipitée au-devant de lui pour le. retenir dans l'Église qu'il était destiné à gouverner. Mais il n'oublia jamais ses beaux Anglais. La religion chrétienne n'était pas une nouveauté pour leur patrie. Elle y avait paru autrefois à la suite des armées impériales, et nous avons vu le moine Morgan ou Pelage sortir d'un monastère breton pour remplir le monde de son hérésie. Mais les Anglo-Saxons y avaient porté depuis le fer et la flamme ; et la religion et l'empire de Rome s'y étaient engloutis dans des. fleuves de sang. Le moine Augustin ou Austin, disciple de saint Grégoire, arriva dans un des sept royaumes de rheptarchieà la tête de quarante de ses frères, avec tout l'appareil des cérémonies chrétiennes, et cinq ans après le roi et le royaume de Kent étaient convertis. Les vieux temples, les vieux monastères se relevaient de leurs ruines ; et, certain d'avance que les six autres royaumes allaient suivre cet exemple, Grégoire ordonna à son délégué d'instituer douze évêques. Ill'érigea lui-même en métropolitain d'une île dont il ne possédait encore qu'une province. Sa pirévoyance fut bientôt justifiée. Cette conquête spirituelle fut en effet très- rapide, mais le nouvel archevêque eut quelque peine à faire comprendre à ses suffragants que la domination du pape était la ' suite nécessaire de leur conversion. S'il faut en croire

Bède le Vénérable qui écrivait, cent ans après, Y Histoire ecclésiastique de t Angleterre ^, Dinoth, abbé de Ëangor et Tune des créatures d'Augustin, lui demanda quel besoin ils avaient d'aller chercher, un supérieur à Rome, puisqu'ils avaient un évéque qui présidait à leurs églises. Le pape ignorait sans doute ces témoignages d'indépendance; il ne cessait d'écrire à Augustin pour diriger sa conduite, pour résoudre ses doutes, pour établir des règlements de discipline, jusqu'à des lois civiles que la barbarie de ces peuples ne pouvait inventer. Dans le nombre de ces lettres, il en est une que je ne saurais négliger, car elle amène une question fort controversée et qui fait peser sur ce grand pontificat une accusation de sauvagerie. Dans cette lettre adressée au moine Mellitus, qui allait rejoindre et seconder Augustin, Grégoire lui dit de ne pas abattre les temples païens, de se borner à détruire les idoles 3; et l'on se demande si ce pape a détruit en effet des monuments de Tantiquité et la plupart des livres qui manquent à notre admiration. L'existence d'une grande partie de ces monuments dans Rome dépose en faveur de Grégoire, et l'on pourrait citer encore les lettres qu'il adressait à Sérénus, évéque de Marseille, pour lui reprocher la destruction des images, des tableaux sans doute qui ornaient les églises. Il ne veut pas qu'on les adore ; mais il les regarde comme nécessaires à l'instruction des hommes, comme étant la représentation des histoires du vieux temps 3. Il n'appliquait vrai*

i. Uv. II.

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