SAINT MARTIN, AGATHON
Mahomet s'était révélé depuis vingt ans, et ses prédications armées, s'étant d'abord concentrées dans T Arabie, n'avaient pas même menacé les frontières de l'empire. Mais Omar et ses lieutenants avaient envahi la Perse, la Syrie et l'Egypte, et ils s'avançaient vers Carthage à travers la Cyrénaïque. Le patriarche d'Alexandrie avait en vain appelé les secours de l'empereur. Le faible Héraclius courut à Jérusalem, non pour défendre la Palestine, mais pour sauver la croix qu'il avait déposée dans rÉglise de la ville sainte. La religion du Christ ne périssait pas cependant tout entière dans cette catastrophe. Les vainqueurs chassaient, il est vrai, de leurs temples les évêques qui étaient en communion avec Rome et Constantinople, mais ils toléraient les hérétiques sans distinction de sectes. Nestoriens, Eutychéens, Monothélites, tous reparaissaient dans leurs villes sous la protection des successeurs de Mahomet. Jean IV ne montrait pas cette tolérance pour les hérétiques. VFctkèse d'Héraclius importunait son orthodoxie. A la mort de cet empereur, il en demanda la suppression à son fils
Constantin III. Mais pendant son règne de quatre mois, ce prince ne fit connaître ni son opinion ni même son autorité. Son frère Héracléonas ne régna pas plus longtemps que lui, et Ton doute qu'ils aient reçu Tun et Tautre la réclamation du pape. Jean IV trouva plus de ccHnplaisance dans leur successeur Constans II, fils de Constantin. Un patriarche d* Alexandrie nommé Eutychius a même écrit, trois cents ans après, que la lettre du pape contenait une injonction formelle de brûler VEctkèse, et que le nouvel empereur avait obéi à ce (Commandement. Les avocats du saint-siége n'ont pas manqué d'invoquer ce témoignage pour exagérer la puissance de ses évêques. Mais de sages critiques ont réfuté une assertion qu'on ne trouve que dans les annales fort suspectes de ce patriarche du dixième siècle. Pendant le règne de Constans, YEctkèse n'en resta pas moins placardée sur les murs des églises de Constantinople; et les nonces de Rome Ty trouvaient sana cesse, comme une protestation de rOrlent contre ce titre d'évêque universel que le pape Jean IV avait reçu de Phocas. Il mourut en 612, sans avoir eu le bonheur de voir disparaître ces placards; et s'il était vrai que Constans lui eût écrit qu'il en avait brûlé l'original, je ne sais qu'elle conséquence on pourrait tirer de cette déférence d'un enfant de douze ans.
Théodore P*' succéda au pape Jean IV, et dès que son élection fut approuvée par l'exarque de Ravenne, il se plaignit au patriarche de Constantinople que VEcthèse fût encore affichée dans ses églises. Ce patriarche n'était plus ce même Pyrrhus qui avait fait apposer ces affiches. 11 avait trop manifesté son penchant pour les Monothé-
liles, et Tempereur Tavait chassé de son siège. Mais son successeur Paul n'en avait pas moins maintenu les copies de YEcihèse, Il avait même donné le nom de très-saint à celui dont il avait pris la place ; et Théodore ne pouvait tolérer cette double infraction. < Tant que ce Pyrrhus I n'est pas condamné, lui disait ce pape, un nouveau » schisme est à craindre. Rassemblez un concile, et qu'il > y soit anathématisé. Nos légats Sericus et Martin y » tiendront notre place. Si les partisans de cet évêque, i qui a fait insolemment afficher Tédit d'Héraclius, » veulent exciter ce schisme, obtenez de l'empereur t Constans un ordre qui nous renvoie ce Pyrrhus afin qu'il » soit jugé par un concile romain ^ » Il joignait à ces commandements un décret qui condamnait Pyrrhus et YEcthèse^ et il ordonnait au patriarche de le faire souscrire par les évêques d'Orient. Mais Paul n'était pas plus disposé à exécuter ces ordres que l'empereur Constans lui-même, malgré l'acte de soumission qu'on prêtait à son enfance. Des prélats orientaux l'écrivaient à Rome. L'évêque de Chypre et celui de Dore en Palestine mandaient au pape que YEcihèse était toujours affichée dans les églises, et le suppliaient de mettre un terme à celte audace des Monothélites. Les évêques d'Afrique s'assemblaient en concile pour juger ce Pyrrhus qui s'était réfugié dans leur province. Ils le frappaient d'anathème et demandaient son châtiment au pape Théodore. Ils accusaient le nouveau patriarche Paul de mépriser ses commandements. Ils écrivaient ù cet évêque de brûler
i. Tiiéod., Ejiiii. U«
VEcthèse^ d'en faire disparaître les copies, d'obéir à cet égard à l'évêquede Rpme. Tous en reconnaissaient l'autorité, et Constantinople semblait seule la méconnaître.
Cependant, pressé de toutes parts, le patriarche Paul répond enfin à Théodore. Il traite de calomnies les délations de ses accusatetirs, et lui envoie une profession de foi qui ne contente ni le pape ni les évêques d'Occident. Il confesse une volonté unique en Jésus-Christ, il s'étaye des paroles de Grégoire de Nazianze, de saint Athanase, de Cyrille, des évangiles de saint Mathieu et de saint Jean, et soulève une nouvelle tempête. Il demande alors à l'empereur un nouvel éditqui commande le silence aux deux partis, et Constans signe cet édit auquel il donne le nom de Type. «Qu'on ne parle plus, dît-il, d'une » ou de deux volontés, qu'on s'en tienne aux saintes » Écritures, aux cinq conciles œcuméniques, aux pasfi sages des Pères sans les interpréter; qu'on reste dans » l'état où Ton était avant cette dispute comme si jamais » on ne l'eût soulevée. » Et il ordonne qu'on fasse disparaître les affiches de YEcthèse; il menace tous les récalcitrants des peines les plus sévères : les évêques et les clercs de la déposition, les moines du bannissement et de l'anathème, les officiers et les magistrats de la destitution, les notables de la confiscation de leurs biens, les pauvres de l'exil ou de la prison.
Mais le pape Théodore ne fut ni trompé ni arrêté par ces menaces. Le silence que commandait le Type avait aussi été exigé parVFcfhèse^ et les Monothélites y avaient vu l'approbation de leurs doctrines. Il craignit que le
Tyjjene fût considcrô par eux comme une approbation
nouvelle, avec d'autant plus déraison qu'ils s'appuyaient des mêmes autorités que citait le nouvel édit. Tous les évêques d'Occident s'indignaient en même temps que les Monothélites y trouvassent même le germe de leurs doctrines. Le pape Théodore les assembla en concile. Il fit condamner les patriarches Paul et Pyrrhus, traiter la nouvelle hérésie d'exécrable et d'abominable comme renouvelant celles de Manès, d'Apollinaire et d'Eutychès. Ce décret d'excommunication fut signé sur le tombeau de saint Pierre. L'encre qu'ils employèrent fut mêlée du vin de l'eucharistie *, et l'on n'oublia aucune des cérémonies qui pouvaient soulever d'horreur les esprits superstitieux. Le patriarche Paul répondit à cet accès de colère par de nouvelles violences; en présence même des légats de Rome, il fit renverser l'autel que, depuis Agapet, les Papes avaient conservé dans l'oratoire du palais de Placidie, défendit aux légats qui y logeaient de célébrer le sacrifice de la messe et fit punir les catholiques par le fouet, la prison et le bannissement, conformément aux menaces du Type.Certes il est difficile de concilier les violences excercées au nom de l'empereur Constans avec les termes obséquieux et serviles que lui prêtent les Annales d'Eutychius. Le pape Théodore n'eut pas le temps de répliquer par de nouveaux excès. Il mourut au mois de mai 649; et le clergé, voulant donner un témoignage de reconnaissance au diacre Martin qui avait vaillamment soutenu les droits du saint-siége à