I. Cypr., Ép
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viiice leur avaient donnés pour successeurs, ne voulurent point reconnaître la juridiction de l'évêquedeRome. Ils en appelèrent à leur tour au métropolitain de Carthage, et trente-six évéques d'Afrique, réunis en synode sur la convocation et sous la présidence de Gyprien, confirmèrent d'un commun accord la déposition de Basilide et de Martial, ainsi que l'élection de leurs compétiteurs. Saint Cyprien rédigea lui-même cette décision qui infirmait celle de l'évéque de Rome, « dont les lettres, disait-il^ ne servaient qu'à rendre les accusés plus criminels encore pour avoir surpris la bonne foi de son collègue; > et les deux évéques déposés demeurèrent hors de leurs sièges, malgré la décision contraire du pape Etienne. Certes il serait difficile de trouver dans cette nouvelle tentative du saint-siégc autre chose qu'une prétention avortée, et d'en faire un titre de suprématie pour celui dont l'autorité n'avait point prévalu sur celle d'un autre évéque. Si le titre de chef de l'Église eût alors appartenu à quelqu'un, c'était évidemment au prélat dont les décisions étaient acceptées par les évéques d'une province éloignée de la sienne, plutôt qu'à celui dont les décrets étaient aussi hautement méconnus.
Un nouveau débat fournit cependant au pape Etienne l'occasion de se relever. Mais ce ne fut pour lui qu'une victoire posthume. Les Églises d'Orient se félicitaient à peine de la paix qui avait suivi la condamnation des Novatiens, qu'une autre contestation avait jeté la discorde parmi leurs évéques. Il s'agissait de savoir si le baptême administré aux hérétiques était valide, ou s'il fallait les rebaptiser à leur rentrée dans le giron de l'E-
glise catholique. Mais ce n'était pas à Rome qu'on demandait une solution; et il est impossible d'alléguer ici la difficulté des communications, qu'entraînait, suivant Lamennais S la fréquence des persécutions. L'Église était en paix avec les Césars, et les historiens du temps attestent d'ailleurs les relations perpétuelles qui existaient entre les évêques des diverses parties du monde. C'est encore à saint Cyprien que s'adressèrent les évêques de Numidie et de Mauritanie; et un ultramontain de notre temps pourrait seul s'en étonner. Le voisinage de Carthage, la réputation de son évéque, la fréquence de ses consultations justifiaient pleinement cette préférence ; et quoi qu'on en dise, Rome n'avait encore aucun titre pour la revendiquer. Deux conciles furent successivement assemblés à Carthage. Trente-deux prélats siégèrent dans le premier, soixante-onze dans le second. Saint Cyprien y soutint la nullité du baptême administré primitivement à ceux qui étaient tombés plus tard dans l'hérésie et la nécessité de les baptiser de nouveau. Cette opinion fut adoptée par les deux conciles; L'Église d'Alexandrie y adhéra par l'organe de l'évêque Denys, comme Firmilien de Césarée, Helenus de Tarse, et les prélats de Cilicie, de Galatie, de Cappadoce, de l'Asie tout entière.
C'est alors seulement que saint Cyprien en écrit au pape Etienne, non pas comme à son supérieur, < mais pour en conférer, dit-il, avec une personne sage et grave, espérant que sa foi et sa piété lui feront admettre ce qui
f. Introd. à la Tradiiion de VÉglUe, p. xx.
est la vérité même. » Deux évêques africains vont porter à Rome cette lettre synodale, comme en usaient fréquemment les différentes Églises dans leurs communications. Mais le fougueux Etienne infuse de recevoir les envoyés de T Afrique ; il ne veut ni leur parler ni les entendre^ 11 défend même à ses fidèles de leut^ dotmer asile. Il écrit insolemment à saint Gyprieû, qu'il tfaite de faux Christ, de fiaux apôtrô, d'ottvriei* frauduleux. Il rejette la doctrine du concile de Garthage, et déclare eiifln à tous qu*il cessera de communiquer avec ceui qui n'abjureront point cette doctrine, qui persisteront à rebaptiser les hérétiques repentants^
Cette arrogante colère, cette violence injustifiable, où se manifeste te ressentiment d'un premiei^ échec dans la question espagnole^ réveille les évêqUes d'Orient. Firmilien do Gésarée^ en Gappadoce, répond paf une vigoureuse diatribe, et demande si cet homme a vraitnent un corps et une âme, si dans ce cas ce corps n'est pas conduit par* une âme déréglée. Saint Gyprten se maintient d'abord dans Une attitude plus réservée. Il convoque un troisième concile. Quatre-vingt-cinq évêques d'Afrique y assistent, deux autres s'y font représenter. Il y soutient les drçits de l'épiscopat et Tindépendance des évêques avec une clarté d'expression que rte sauraient altérer les subtilités dés ultramontains modernes, c Ne jugeons personne, dit-il, ne séparons pas ;de not^B communion ceux qui ne panagent point notre avis. Aucun de nous ne veut s'établir évéque dés éVêques S
Fleury, liv. VII, p. S».
ni réduire ses collègues à lui obéir par une terreur tyraunique ; car tout évéque est en pleine possession de sa volonté et de sa puissance, et comme il ne peut être jugé par un autre, il ne peut les juger lui^méme« » Toutes ces paroles tombent évidemment sur le pape Etienne , dont elles censurent la conduite^ dont elles répriment Tambition; et la vanité de Cyprien aurait dû s'en tenir à cette représailles surtout après la décision d'un concile qui lui donnait gain de cause. Mais les injures d'Etienne lui firent oublier sa propre dignité. Il l'accuse enfin d'arrogance, d'obstination» d'impudence, d'erreur^ d'être l'ennemi des chrétiens, le défenseur des hérétiques contre l'Église de Dieut expressions que je cite moins pour en faire remarquer la dureté que pour tirer du fond même de cette réponse une preuve nouvelle de l'indépendance de l^épiscopat tout entier à l'égard de l'évêque de Rome. Une autre persécution, celle de l'empereur Yalérien, suspendit en 237 cette triste querelle. Les deuK illustres contendants furent du moins unis par le martyre, suivant l'expression de Tertullien, et chacun d'eux alla rendre compte de son opinion au Juge suprême, qui leur reprocha sans doute ce qu'ils avaient mêlé de violence et d'injures à leur controverse. Les Églises d'Orient et celle de Rome restèrent divisées sur cette question ; mais grâces à la médiation de Sixte II et autres successeurs d'Etienne, elle perdit ce ton d'aigreur et de haine que lui avait imprimé l'irascible vanité de ce pontife. Sa doctrine prévalut plus tard. Les Orientaux abandonnèrent la leur, et le concile de Nicée donna raison à Etienne, soixante-dix ans après sa mort. Mais son siège ne dut pas
une grande autorité à cette lutte contre les Orientaux, et le peu de respect et de déférence qu'ils montrèrent pour ses décisions n'est pas un témoignage de cette suprématie qu'il prétendait s'attribuer.
Arrêtons-nous un moment sur ces faits, pour examiner ce qu'on entendait alors par l'indépendance des évêques. N'y avait-il pas entre eux une sorte de hiérarchie? Existait-il en droit des métropolitains? et quelle était la situation de ceux qu'on a depuis nommés sufFragants? M. de Lamennais, au temps de son ultramontanisme, disait dans sa Tradition de VEglise : t L'évêque de Rome excepté, tous les évêques étaient primitivement égaux. Nul n'est par son ordination supérieur à un autre. Ce qu'un reçoit, tous le reçoivent, parce que l'effet de la consécration est indivisible. » Supprimons l'exception portée en faveur de Févêque de Rome, que rien ne justifie encore, et les paroles de saint Gyprien suffiraient au besoin pour le prouver, tout le reste est conforme à la croyance de l'Église primitive. J'ajouterai au témoignage de l'évêque de Carthage celui de notre Bossuet. « Si Pierre a été nommé la source d« l'épiscopat, dit l'évêque de Meaux, ce n'est pas que la juridiction des évêques en découle, mais parce que l'épiscopat a seulement été établi ou désigné dans sa personne avant d'être conféré à un autre : quand Pierre reçut les clés, il représentait le collège apostolique. » Il existait cependant des provinces ecclésiastiques dès le second siècle; et comme le dit Thomassin *, c'étaient les