‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 34 sur 150 · Fleury, liv. XI, ch. xxm · texte numérisé non relu

Fleury, liv. XI, ch. xxm

des évêques auxquels il les adresse; mais c'est comme leur chef suprême qu'il parle à l'Église tout entière. Ce n'est pas une confirmation des actes du concile qu'il demande aux évéques absents, dans ces lettres qu'il communique aux Pères dans leur dernière entrevue. C'est une injonction d'en recevoir et d'en suivre les décisions *. L'évêque de Rome avait reçu ces ordres comme les autres, mais c'est sans doute pour montrer sa suprématie en Occident qu'il assemble à Rome deux cent soixantequinze évêques, parade insignifiante, puisqu'il se borne à recevoir l'adhésion de ceux qui n'avaient pas fait le voyage de Nicée ' et qui la lui auraient envoyée sans bouger de leurs diocèses.

En présence de ces documents, il .faut être bien hardi pour inventer cette lettre qu'auraient écrite les Pères du concile à l'évêque de Rome avant que Constantin eût écrit les siennes, comme si le concile avait eu besoin de la confirmation de cet évêque. Eusèbe de Césarée ne fait pas plus mention de cette lettre qu'on ne trouve nulle part, que de la donation de Constantin; et certes ce panégyriste n'aurait point oublié cet acte de la munificence impériale. Il est vrai que les événements racontés par le seul historien de l'époque ne vont pas au delà du concile de Nicée, tandis que Sylvestre, Arius et Constantin ont vécu dix ans de plus; et les historiens du moyen âge ont pu donner carrière à leur imagination sans crainte d'être démentis par des témoignages

i. Easébejir. III, ch. xx; Maimb., liv. I» p. 324. 2. Maioiboarg, t. I, p. 12 U

contemporains. Nous n'avons pour nous guider dans ces ténèbres que des écrivains postérieurs de plus d'un siècle, Théodoret pour Thisloire ecclésiastique, et Ammien Marcellîn pour Thistoire profane. Encore faut-il descendre jusqu'à Zosime en ce qui touche Constantin, puisque nous avons perdu les livres d'Ammien qui traitaient de ce grand règne. Aucun de ces auteurs ne parle ni de la sanction ni de la lettre synodale; et pour trouver un fait relatif au pape Sylvestre, il faut fouiller dans les actes d'un concile tenu à Rome en 378 par le pape Damase. C'est là seulement qu'on parle de Sylvestre qui, accusé de je ne sais quel crime par des hommes sacrilèges, avait plaidé sa cause devant l'empereur; et ce sont les évoques eux-mêmes qui citent cet exemple pour justifier l'appel que le pape Damase, calomnié par la faction d'Ursin, fait à la justice de l'empereur Gratien. Citons à notre tour ces deux exemples comme un éclatant démenti donné à la maxime que nous avons rapportée plus haut, et en vertu de laquelle l'évêque de Rome ne pouvait être jugé par personne.

Ainsi Constantin a quitté Rome pour Byzance, il a fait périr son beau-frère, assassiné sa femme, son propre fils et deux de ses neveux, sans qu'on trouve nulle part une remontrance de Sylvestre. Séduit par les artifices d'Eusèbe de Nicomédie , par les fausses déclarations d'Arius, déterminé surtout par les prières de sa sœur, Constantia, qui, au moment de mourir, lui soutient l'innocence de l'hérésiarque, l'empereur l'a rappelé de l'exil, il a même ordonné sa réintégration dans l'Église d'Alexandrie, protégé ouvertement les Ariens après les

avoir condamnés, contribué puissamment à la propagation de cette hérésie, à la rechute d'une foule d'évêques, reçu même le baptême des mains d'Eusèbe deNicomédie, sans que nous trouvions la moindre trace d'une protestation, d'une remontrance de la part du chef prétendu de l'Église universelle. Quand les conciles se taisent, ce n'est point par lui que sont réglées les affaires et la discipline de l'Église. C'est Constantin, c'est le chef de l'empire qui exerce à cet égard la puissance du souverain pontife. Nous l'avons vu convoquer et présider les conciles, désigner les évêques qui doivent y assister, les y inviter par des lettres signées de lui seul, juger, les hérétiques, leur pardonner, les rétablir dans le sein de l'Église, disposer de l'épiscopat en prononçant dans les schismes sur la validité des élections contestées, ordonner des enquêtes sur la conduite des prélats, même sur leur orthodoxie comme dans l'affaire de Félix d'Aptonge. Il fait plus. C'est lui qui, par un édit du 16 mars 321, ordonne, impose à l'Église la célébration du dimanche, que, par une étrange confusion des deux religions qu'il a suivies, il appelle encore le jour du soleil, et l'observation du vendredi en commémoration de la mort de Jésus-Christ. C'est encore lui qui, en 326, fixe le nombre des clercs, et ne permet aux églises d'en élire qu'à mesure des vacances, qui, en 330, interdit aux Montanistes, Paulianistes et autres hérétiques de s'assembler pour l'exercice de leur culte; qui, distinguant enfin entre les diverses hérésies, permet aux seuls Novatiens de conserver leurs maisons et leurs autels, par égard pour la pureté de leurs mœurs.

Je ne parle point de ses édits sur Fa (franchissement des esclaves par les évoques, sur la liberté de tester en faveur des églises, source d'un temporel immense, sur l'abolition du supplice de la croix devenue le signe du christianisme, sur Térection des évéques en magistrats, en juges des laïques eux-mêmes, s'il convient à ceux-ci de plaider devant eux, sur la restitution des biens des martyrs à leurs familles. Tous ces édits sont du ressort de la puissance civile. Mais les premiers que j*ai cités dépendaient entièrement de la puissance ecclésiastique ; et c'est Constantin, c'est l'empereur qui en jouissait, qui l'exerçait, sans que Tévêque de Rome fût même consulté, sans qu'il manifestât la moindre prétention contraire. Quand l'Église assemblée rendait des décisions en matière de foi ou de discipline, c'était encore l'empereur qui les rendait exécutoires, et nous verrons plus tard par quelle suite d'empiétements cet état de choses a été modifié au profit du chef de l'Église romaine.

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