Liv. II, cb. II
l'État, avait perdu le droit exclusif de régler sa discipline intérieure. Elle n'avait jamais protesté contre les actes d'un maître qui s'était emparé où ressaisi du droit de déposer et de rétablir, en étayant cette prérogative du titre d'évêque des évêques, qu'il avait joint à celui de souverain pontife attaché à la puissance impériale. Les Ariens et les orthodoxes avaient accepté cette dépendance comme une conséquence naturelle de la protection que l'autorité politique leur avait accordée ; et en soumettant encore ce point de discipline aux trois Césars qui venaient de partager l'héritage de Constantin, les Ëusébiens reconnaissaient implicitement qu'à ia seule puissance impériale appartenait le droit d'en décider. Ils ne se contentèrent pas même d'une requête. Ils envoyèrent des députés dans les trois cours pour renouveler, pour aggraver même les accusations dont ils accablaient leur illustre ennemi. L'évêque de Nicomédie poussa plus loin la rage qui le dominait. Il connaissait d'avance l'opinion des cours de Trêves et de Rome ; et son impatience ou sa politique ne lui permit point d'attendre une réponse qui ne devait point le satisfaire. L'empereur d'Orient lui était dévoué. Constance et sa cour étaient infectés d'arianisme ; et comme l'Egypte faisait partie de cet empire, les Ëusébiens, sûrs de l'approbation de leur César, prononcèrent enfin la déposition d'Athanase, et lui substituèrent un misérable du nom de Piste, que l'évêque avait chassé autrefois de la ville et de la province d'Alexandrie.
Jusque-là l'Église d'Occident n'avait pris aucune part à cette longue et honteuse querelle. La Rome chrétienne
y était demeurée étrangère. Aucun des deux partis n'en avait appelé à sa juridiction. Tout s'était passé entre les synodes orientaux et les empereurs. Mais la nomination d'unévêque entraînait des formalités que j'ai signalées. Il était de règle que ceux qui l'avaient élu le fissent connaître aux ditiérents évêques de la chrétienté, et un prêtre eusébien, escorté de deux diacres, se rendit en Occident pour en inviter les évéques à se mettre en communion avec Piste. Le siège de Rome n'était plus occupé par le modeste Sylvestre. Il était mort depuis quatre ans. Marc son successeur immédiat n'y avait passé que huit mois et vingt-deux jours; et je n'ai pas besoin de réfuter, après Pictet * et de savants catholiques, une prétendue lettre écrite à ce pape par les évêques d'Egypte pour lui demander des exemplaires du concile de Nicée, ainsi que la réponse dans laquelle il aurait pris le tiire d'Évêque universel. L'évêque de Rome n'en était pas encore à cette témérité : et il eût été singulier que le clergé égyptien lui eût demandé des actes qu'il avait déjà reçus de son métropolitain et d'Athanase lui-même. La lettre et la réponse sont évidemment l'œuvre de quelque faussaire du moyen âge : et après la découverte de l'imprimerie un autre impudent l'aura mêlée aux œuvres d'Athanase pour en démontrer l'authenticité 2. Après quelques mois de vacance, la chaire de Rome avait été donnée, le 27 octobre 337, au premier des Jules, et il l'occupait depuis quelques mois quand les délégués des Ëusébiens arrivèrent en Italie.