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synode d*Aquilëe se plaignirent du peu d'égard qu'avait montré le concile de Gonstantinople pour les décisions et les voBux de TËglise d'Occident. Ils s'étonnaient que te siège d'Antioche n'eût pas été rendu à Paulin après la mort de Mâèce, comme ils l'avaient décidé par leur transaction avec Damase ; que, sans les consulter ni les entendre, on eût également prononcé sur le schisme d'Alexandrie à la mort du vénérable Pierre, qu'on eût mfin chassé du siège de Gonstantinople un certain Maxime qui était venu plaider sa cause devant le pontife romain et ses frères d'Occident. Ils finissaient par demander à Théodose la convocation d'un concile œcuménique pour mettre un terme aux différends des deux Églises. Voilà donc trente- trois évéques qui demandent le redressement d'injures faites au siège de Rome, sans la participation de celui qui le possède, qui sollicitent de la puissance impériale la convocation d'un concile, sans se douter du droit exclusif que, douze siècles après, un cardinal aurait attachée à la puissance papale. C'est Ambroise qui dicte cette lettre, c'est l'évéque de Milan qui agit comme chef suprême de l'Église d'Occident; et c'est seulement après la réponse de Théodose qu'il fait intervenir Bamase dans la querelle. L'étonnement de l'empereur d'Orient se manifesta par un dédain marqué pour ces étranges prétentions des Occidentaux. Il répondit d'abord que ce Maxime, dont ils prenaient la défense, était un misérable Égyptien que Rome aurait dû envoyer aux carrières au lieu d'écouter ses doléances, il le peignait comme un repris de justice, un digne disciple des philosophes cyniques ; et venant à la demande d'un concile œcu-
ménique pour juger en commun tous ces différends, Théodose déclarait que le» affaires d'Orient devaient être uniquement décidées par les Orientaux, et qu'il était inutile de les faire aller en Italie.
C'est à Rome que l'empereur Gratien et l'évêque Âmbroise reçurent cette réponse. Celui-ci la communiqua sans doute à Damase; et les deux pontifes prièrent leur empereur de convoquer le concile refusé par son collègue. Ce n'était pas leplus difficile : ce concile fut accordé. Le^ évêques de la Gaule et de l'Italie s'y rendirent en foule. Ils avaient tous intérêt à soutenir le synode d'Aquilée. Il y allait de leur honneur et de leur influence. Damase y appela l'évêque Paulin pour montrer encore une fois ses prétentions à l'égard des Orientaux; et l'illustre vieillard s'empressa de répondre aux vœux de son frère de Rome. II parut dans cette capitale, escorté du vieil Épiphane, évêque de Salamine, et du prêtre Jérôme qui remplissait déjà le monde de sa juste et éclatante renommée. Mais l'invitation adressée par Damase aux autres évêques d'Orient, ne fut pas plus heureuse que la requête des Pères d'Aquilée. Les Orientaux étaient de nouveau assemblés à Constantinople, et leur réponse ne se fit pas attendre. Après des excuses qui ressemblaient à des défaites, ils dirent, comme Théodose, que ce voyage n'était d'aucune utilité. Seulement, par un esprit de paix et de concorde, trois des leurs furent délégués pour assister au concile de Rome. Mais ils n'y parurent que pour soutenir les décisions de celui de Constantinople ; et les deu3( p^r^is se séparèrent encore sans avoir pu ni s'éçls^ff r ^i se cpnvaincre,
Le dépit de Damase eut peine à se contenir. A peine Paulin d'Antioche l'eut-il quitté, qu'il lui écrivit pour le consoler sans doute de n'avoir pu lui rendre son siège; et dans cette lettre qui n'avait le caractère ni d'un rescrit ni d'une décrétale, il laissa déborder tout le fiel qu'avaient amassé dans son cœur les outrages du concile de Coustantinople. Il s'en prit à toutes les hérésies dont l'Orient était le foyer. Il lança contre elles de violents anathèmes qu'on n'appelait point encore les foudres de l'Église. II maudit Pbetin et Apollinaire, les Sabelliens, le Ébionites et les Ariens qui n'avaient point admis encore la divinité du Saint-Esprit. Il reprend avec une violente acrimonie tous les griefs qu'il peut avoir contre les Orientaux,et blâme avec énergie les translations d'évêques dont ils donnent de fréquents exemples, sans se rappeler que saint Pierre l'avait donné lui-même et que l'opinion de saint Jérôme sur le double épiscopat du Prince des Apôtres venait d'être admise comme un article de foi. Cette lettre virulente, qu'il n'ose ouvertement publier, n'est qu'un maladroit témoignage de son impuissance et le douloureux épanchement d'un orçueil contrarié dans ses prétentions. II le fait voir seulement en refusant de souscrire^ comme l'a dit le Père Labbe, les canons du concile de Gonstantinople qui donnent à ce siège le premier rang après Rome au préjudice d'Alexandrie et d'Antioche, que le concile de Nicée avait placées avant le siège de la capitale de l'Orient.
La souveraineté spirituelle de Théodose se manifestait au contraire sans la plus légère contradiction. Avant de proscrire les sectes ariennes, il essaya de les convaincre
par de nouvelles conférences sur la Trinité. Mais dès qu'il eftt reconnu l'inutilité de ses efforts, il trancha à son tour la question par un édit de 383, qui, proclamant encore une fois le Symbole de Nicée, enjoignait à tous les chrétiens de le reconnaître; et ses proconsuls furent chargés d'en assurer le triomphe par la persécution des récalcitrants. Les assemblées des Ariens furent interdites, leurs églises confisquées, leurs ordinations annulées, leurs docteurs et leurs prêtres renvoyés aux lieux de leur naissance ; et tous les catholiques furent investis du droit de les poursuivre. On ne cite pourtant ni arrêt de mort ni exécutions arbitraires. Les orthodoxes, il faut le dire, n'imitèrent point les violences des hérétiques; et l'histoire en fait honneur à la modération de Théodose. Mais les excommunications ajoutées à l'expulsion des Ariens avaient pris depuis dix ans un caractère de sévérité soùs l'inspiration de saint Basile, qui, oubliant dans l'intérêt de l'unité catholique sa mansuétude naturelle et la modération habituelle de son langage, avait attaché la privation de toute vie civile à celle de la communion ecclésiastique. Les malheureux que frappaient les anathèmes des prélats catholiques, ne trouvaient plus nulle part ni sûreté, ni repos, ni moyens d'existence. Un exemple contemporain prouve même que les fanatiques ne s'en tenaient point à ce retranchement delà vie civile. Mais ce n'est point à l'Orient, c'est à l'Espagne qu'appartient cet acte de brutalité.
Un homme considérable sorti d'une famille riche et noble, nommé Priscillien, avait adopté les erreurs de Manès et de Sabellius. Son éloquence naturelle, sa for-
tune, ses vertus privées lui attiraient un grand nombr<B de partisans; et les évéques d*Espagne et d'Aquitaine s'assemblèrent pour mettre un terme i ses prédications. L'évêque Ithace de Sossube, et son collègue Idace de Munda se portèrent pour accusateurs ; et, s'il faut en croire Sulpice Sévère ^, ces deux évéques, les plus légers et les plus corrompus de leur temps, cherchaient moins le triomphe de la vérité que la satisfaction d'une haine particulière. Ithace n*est selon lui qu'un audacieux bavard, qu'un impudent parasite. L'accusaticm d'hérésie ne leur suffit pas. Ils y joignent le crime de magie et reprochent à Priscillien de se vautrer dans les impudicités de certains Gnostiques. Sa vie entière démentait cette calomnie; mais son hérésie justifiait tout aux yeux de ses juges ; et sa condamnation fut [irononcée en 381 par un concile de Saragosse. Je passe beaucoup de détails, comme l'origine égyptienne de cette hérésie, la quantité de ses erreurs, la qualité de ses adhérents, je n'en parle que pour faire voir où en était déjà arrivée la répression des hérétiques. La sentence de Saragosse irrita les Priscillianistes ; deux évéques, nommés Instantius et Salvien, avaient embrassé leurs doctrines, et pour donner plus de poids aux prédications de leur chef, ils lui avaient conféré l'évêché d'Avila. Le nombre de ses prosélytes s'en accrut. Mais la rage dlthaceen fut aggravée. Il obtint de l'empereur Gratien un édit qui bannissait les hérétiques non-seulement des villes, mais de toutes les terres de l'Empire. Priscillien et ses deux amis coururent
i. Hitt. Sac,, Hy. II, ch. l.
à Rome pour implorer Tassistanee de Damase, et ils ne l'eussent point osé s'ils avaient été coupables de toutes les horreurs dont on les accusait. Mais Damase refusa de les voir, et Févêque de Milan leur ayant montré le même dédain, ils achetèrent, dit-on, la faveur de deux courtisans qui firent révoquer le décret. Ce ne fut qu'un moment de répit. Gratien fut assassiné, et l'usurpateur Maxime, cédant aux instances, aux artifices d'Ithace, renvoya Priscillien devant un nouveau concilequifutassemblé à Bordeaux et qui eût ratifié la sentence de Saragosse, si l'hérésiarque n'eût prévenu le jugement par un appel à l'empereur ^. Mais Ithace et Idace le suivirent à la cour de Trêves; et pressé par leurs intrigues, l'assassin couronné livra Priscillien et dix ou douze de ses adhérents au bras séculier du préfet Ëvodius. Saint Martin, qui était alors à Trêves, prit en vain le parti des accusés. Il blâma la cruauté d'Ithace, il tenta de fléchir le barbare Maxime; il le supplia de ne pas faire juger des évéques par un laïque, de ne pas faire couler leur sang. Tout fut inutile. Une sentence de mort fut rendue, le glaive trancha les jours de Priscillien, de deux autres évêques, de deux diacres, d'une femme nommée Euchrocia ; et cinq à six autres d'un sang plus vil, dit l'historien, furent bannis de leur pays. C'était une atroce nouveauté. On avait vu jusque-là des catholiques persécuter, assassiner même des hérétiques, mais c'était la première fois qu'on les faisait condamner et exécuter juridiquement, et ce premier exemple était le crime de deux évêques espagnols,