‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 63 sur 150 · Salp. Sey., ch. l, p. 2S · texte numérisé non relu

Salp. Sey., ch. l, p. 2S

qui ouvraient ainsi lere de ces atrocités du fanatisme, de ces auto-da-fés dont l'Espagne a donné longtemps au monde chrétien l'abominable spectacle. Mais il y a dans cet épisode de Thistoire de l'Église d'autres témoignages que je ne saurais négliger. Voilà encore un empereur qui convoque des conciles, qui livre des évéques à la justice séculière, tandis que son prédécesseur, en révoquant son édit de bannissement, avait, de son autorité privée, renvoyé ces mêmes évéques à leurs églises, malgré le décret du synode qui les avait condamnés. Que faut-il en conclure ? Que l'autorité spirituelle de l'empereur était encore exercée dans toute sa plénitude, que le caractère, la vie même des évéques dépendaient encore de la juridiction impériale : et c'est une chose avouée par l'Église elle-même, puisque les évéques, assemblés à Bordeaux pour juger Priscillien, s'arrêtent dès l'instant que l'accusé en appelle à l'empereur.

Au milieu de ce bruit et de ce mouvement du monde chrétien, on est étonné d'entendre encore ia voix des païens, dont les dieux semblaient engloutis depuis vingtquatre ans dans la tombe de Julien. Ils se réveillent cependant. Ils prendront part aux révolutions dont l'Occident sera le théâtre et que terminera l'épée de Théodose. Symmaque le fils leur sert d'interprété; et sa voix a osé demander au nom de quelques sénateurs romains la restauration de Mars et de Jupiter. Damase, affaibli par l'âge et les infirmités, laisse à saint Ambroise le soin de combattre cette résurrection de l'idolâtrie, qui, repoussée d'abord par Gratien, est reprise après sa mort par le même Symmaque. Les idolâtres croyaient trouver un accès

plus facile auprès de Yalentinien le Jeune ou plutôt de l'Arienne Justine qui gouvernait et disputait à JUaxlme l'empire d'Occident pendant la minorité de son fils... mais Ambroise les fit échouer encore; et les derniers jours de Damase ne furent point troublés par le spectacle des cérémonies païennes.

La mort le délivra enfin de ses agitations, le ii décembre 384,. après dix-huit ans d'un pontificat, qui, malgré tant d'essais et de-prétentions, n'avait rien ajouté aux prérogatives de son siège. Il n'avait pu entamer le pouvoir spirituel des Césars qui restèrent en fait et en droit chefs de TÉglise. Il avait même laissé altérer dans ses mains l'autorité que lui avaient transmise le pape Jules et le concile de Sardique. Les actes de Gratien et de Maxime en sont le témoignage; et Théodose avait affranchi les Églises d'Orient du droit d'appel que prétendait l'évêque de Rome. Dans l'Occident même ce privilège était pour ainsi dire annulé toutes les fois qu'il paraissait un évêque assez éminent par son mérite pour attirer comme saint Ambroise tous les respects du monde catholique et pour élever en fait une juridiction rivale, comme nous l'avons vu dans la condamnation des deux évêques d'Illyrie. Cependant lefabricateurdes fausses décrétales, prenant l'ambition de Damase pour une possession d'état, a cru pouvoir lui prêter des empiétements et des conquêtes. Mais les prétendus décrets qui les contiennent offrent de telles fautes de chronologie, de tels plagiats d'écrits dont les auteurs n'existaient pas encore, que la critique a eu peu de peine à en démontrer la fausseté. Ces conquêtes

de Damase se réduisent à un mot, qui est à la vérité i 12

d*une grande portée, car il résume à lai seul toutes les 4)rétentions de la papauté. C'est le nom de fils qu'il voulut donner aux autres érêques. Mais cette témérité, qui profita plus tard à ses successeurs, ne fut jamais acceptée de son tirant. Les Occidentaux lui montrèrent d'une manière assez rude qu'ils étaient loin de le reconnaître pour père ; et les Orientaux affectèrent constamment de lui donner le titre de frère que Toulait répudier son orgueil.

Le plus beau fleuron de sa couronne fut l'amitié de saint Jérôme qui était resté auprès de lui comme secrétaire après le départ de Paulin d'Antioche. Cet illustra enfant de la Pannonie avait déjà visité dans sa jeunesse la capitale des Césars. Il y avait étudié les lettres sous le grammairien Donat et l'éloquence sous le professeur Victorin. C'est là qu'il avait passé subitement d'une rie voluptueuse et turbulente aux austérités d'un néophite en adoptant la religion dont il devait être le plus éloquent défenseur. Cette conversion était d'autant plus méritoire qu'il vivait au milieu de toutes les séductions du faste et de l'opulence, et il avait eu le courage de s'y dérober, pour en arracher plus tard ceux-là même dont il avait suivi les exemples. Mais il ne s'était point §enti la force d'entreprendre tout à coup cette réformation difficile. Il s'était réfugié pendant dix ans dans les solitudes de la Chalcide syrienne pour se fortifier contre le démon du siècle; et après avoir passé dix autres années à visiter toutes les capitales du monde, à s'entretenir avec tous les saints docteurs de son temps, il était revenu à Rome pour coitiiiiencer le cours dé ses prédications. La société

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romaine s'attacha miraculeusement à ce pfèifB qui elpliqUait les dogmes dans un stylé étiticelant de verte et d'élégance, qui dirigeait toutes ses pensées vers l'amélloràtioiî des mœurs et le perfectionnement de l'espèce humaine. Les femmes surtout s'empressèrent à Tôntendre. Avides de choses nouvelles, suivant l'expression de Sulpice Sévère, elles l'erttourèrent de leur admiration, lui deitiândèreiit des règles de conduite. Il leur enseigfiâit la pratique de toutes les vertus et le sage emploi de leurs fichesses au profit des pauvres et des malades. L*ènvie le tfotlbla souvent" datis fcette mission divine. Le clergé lui-mêilie avait pris une trop large part dans la dégradatioti publique, pour ne pas voir avec peine les succès de cet apôtre de rhutnifité chrétienne. Mais cette haine, contenue par la faveur de Damase qui secondait ouvertement la mission du nouvel apôtre, n'éclata que sous le pontifi- CËt de son successeur. On attaqua dès lors par d'itifâmes calomnies ce censeur perpétuel des mœurs et de TavariCe des clercs, qu'il comparait pour le faste à de jeunes Bantés. Leurs impostures trouvèrent une créance kvcùglè dans l'esprit du peuple, qu'il est toujours plus facile d'èhtraîner au mal que de ramener au bien. Le nouveslù pape Syrice ne soutint pas comme l)amase le docteur qui proclamait cependant la prééminence du siège de Rome, et Jérôme quitta la ville éternelle, comrtie avait fait Jugurtha, en l'apostrophant du nom de Èàbylone.

Remarquons en passant que le pontifièaf de Syrice cottïftîètiça par tin acte dé soumission à l'autorité impériale. L'antipape Ùrsin, qui avait troublé la vie de Dâmasë, slvait cru que le schisme devait fiftir avec ce pcJti-

tife et que le siège de Rome appartenait au survivant, comme l'avaient décidé les Occidentaux pour le siège d'Antioche à la mort de Mélèce. Mais le peuple et le clergé rejetèrent cette prétention d'Ursin, leurs acclamations y appelèrent le Romain Syrice, et dans Tespoir de mettre un terme aux désordres que fomentaient sans cesse les partisans de Fantipape, le nouvel évêque fit confirmer son élection par un édit du 23 février 385, que l'impératrice Justine adressa au préfet de Rome au nom de son fils Yalentinien le Jeune. Cette confirmation, consacrée déjà par un fréquent usage, ne sera quatre siècles plus tard qu'un argument, stérile en faveur de rautorifté laïque. Mais elle était dans ce cas d'autant plus remarquable, que Justine et son fils professaient ouvertement Tarianisme. Il se passait au reste dans la conscience de ces grands personnages des capitulations, qui témoignaient de la faiblesse de leurs principes et de la flexibilité de leurs caractères en présence de nécessités impérieuses. Damase et Syrîce, qui poursuivaient partout les hérétiques, pliaient devant une impératrice arienne, et Justine, retenue longtemps par la crainte du catholique Gratien, n'osait pas troubler la paix des orthodoxes. Le meurtre de ce collègue de son fils rompit le frein de sa haine. Elle demanda tout à coup à Tévêque de Milan une basilique où les Ariens pussent prier sous la direction d'un évêque de leur secte. La réponse d'Ambroise était facile à prévoir. Son respect pour les Césars ne pouvait aller jusqu'au sacrifice de ce qui appartenait à Dieu ; et sa résistance à la volonté de Justine fut d'autant plus opiniâtre que l'impératrice avait pris pour évêque un second Auxence,

Scythe de nation, qui se faisait appeler Mercurien, pour ne pas porter un nom que la ville de Milan avait droit de détester.

« Prenez mon patrimoine, dit saint Ambroise, prenez » ma vie. Je ne les défendrai pas contre vous. Mais je ne » livrerai point le temple de Dieu à ses ennemis. » Justine ne s'arrêta point devant cette opposition. Elle oublia même qu'à la mort de Gratien et dans la frayeur que lui inspirait l'heureux assassin de ce prince, elle avait prié le saint évêque de détourner le bras qui menaçait le trône et les jours de son fils, et qu' Ambroise s'était rendu à la cour Ae Trêves pour fléchir et conjurer l'ambition de l'usurpateur. Le souvenir d'un si grand service fut moins puissant sur Tesprit de Justine que l'intérêt de sa secte. Ses soldats s'emparèrent par son ordre de la basilique Porcienne, et marchèrent sur la basilique neuve où saint Ambroise officiait. Mais ils se souvinrent tout à coup qu'ils étaient catholiques et s'arrêtèrent à la voix du prélat qui prêchait alors sur le livre de Job, pour donner à son peuple des leçons de patience.

Syrîce ne pouvait ignorer ce qui se passait à Milan. Ambroise en faisait part à sa sœur Marcelline qui habitait la ville deRome. Mais le chef prétendu del'Église chrétienne, absorbé par les intrigues de l'antipape, n'osa braver la puissance qui avait confirmé son élection; et parut indifférent à une persécution qui ne l'atteignait pas lui-même. Ambroise, dont les sermons et les lettres nous en ont transmis l'histoire, en supporta tout le poids avec la constance des premiers martyrs. Il sut résister aux ordres de sa souveraine et contenir en même temps un peuple qui

voulait poi2$sar 1^ résistance jusqu'à 1^ révolte. « Je ne > peux livrer la basilique, dit-il, mais je ne 4ois pas com- » battre, » paroles sublimes, commentaire admirable des paroles de Jésus-Christ, qu'oublieront dans Tavenir les successeurs du saint évêquet II y ^ une haute vertu dans cette modération d'un prêtre qui, placé entre deux devoirs contraires, est assez maître de sa colère pour se inaintenir entre Taccomplissement de Tun et le respect de l'autre. L'opposition populaire fut cependant entretenue par ses prédications. Il y ajouta même des miracles. Ces moyens peuvent être diversement appréciés. Mais ce qui doit être admiré de tous, c'est cette fermeté, que n'ébranlèrent ni les menaces de 1^ tyrannie ni les clameurs de ses sicaires. Quand une bande de Gotbs, substituée par Justine aux soldats romains, se précipite vers la basilique, Ambroise es|; sur 1^ pprte. I] la défend par des anathèmes, et les barbares s'arrêtent encore à la voix d'un prélat quQ soutient et grandit la vénération du monde entier. C'était quelque chose de plus qu'Athanase, car l'évêque d'Alexandrie avait fui devant les soldats de Constance et de Valens.

Cette lutte dura deux ans; et c'est aux vertus, à l'éjoquei^cei de celui qui la soutenait avec tant de dignité, cjue l'Église dut la précieuse conquête de sain| Aiigustin. leupe encore, il avait fui sa mère pour vivre dans la (}($b^uche lii plus effrénée ; e^ Moqique avait eii de plus )ft douleur de le voir embrasser l'béré^ie des Manipbéei)s, Api^^s fiyoip professé }a rhétorique k T^gaste ^a patri^, à Q^rthage et à Rome, il s'était vmin à M^ni et

l4 çiiriesifé li'gBipftdrp jiiipra^ufpélèiîr^riYftjt poussé

dans 1^ basilique où prêchait l'évêque dpnt il ^mirait déjà le caractère. Les discours d^Ambroise ^cbevèrent ce qu'avaient commencé l'étode de saint P^ul et un exanipfi plus apprpfondi des ^rr^^^s de Manès. Monique fut heureuse de retrouver son fils, et la coyiversion de cet illustre néophite fut pour Ambrgise une consolation nouvelle. Une lettre de l'empereur Maxime était venue en mêrne ten^ps rappeler à Timpératrice Justine que même eu Occident I91 foi catholique n'était pas dénuée de protection. Justice savait sgns doute ce que pouvait être la piété d'un pareil homme, I^'intérêt de la religion n'était qu'un prétexte : mais les menaces de cet usurpateur sanguinaire p'ep étaient que plus dangereuses; e( la fière inipératnce en fut assez épouvantée pour dégrader son caractère ou plutôt pour en manifester Ici faiblesse, en implorant l'assistance de ce même prélat qui l'ayait déjà (i^uyée, et qu'elle ftvait payé 4e la plus îJQJrQ ingratitude. Ambroise aurait mieui^ f§}t de no pas ?iccepter cpttp nouvelle ambassade. Pès les preniier^ mots de j^axinie il en pressenti! l'inutilité. Mais on eût attribué sqr refus au ressen tinrent 4^ ^es injures, et cette obéissance aux vqpu^ de ^ sQuyer^ii^e ^tait 1^ conséquence de ^e^ principe^. Le César, dont il aygit une premier^ fois (conl^nu J'^mbition, débuta par s^ plaindre de )a faiblesse qu'il ^yait eue de ^écout^r. Il lui reprocha d'ayoip sauvé la famille qu'il était impatient dq détrôner, ^t init t^nt d'aigreur et de brutalité 4ans ses paroles, qu'i^uibroi^e en oublia son caractère 4'an^b^sadeur. Il ne répondit plus qu'en évêque, en apôtre qui s'arrogeait la mission de punir les puissances de la terre des criipes que les lois

humaines ne pouvaient atteindre. II reprocha à Marime le meurtre de Gratien, le rapt de sa couronne. Il rejeta de sa communion les prélats qui communiquaient avec lui. Il ne fit qu'irriter un ambitieux qu'il s'était chargé de calmer, et se fit chasser enfin comme un séditieux d'une cour où il était venu comme médiateur.

Cet outrage à la majesté de l'Empire, si de tels mots peuvent s'appliquer au farouche Maxime, ne tarda point à retomber sur la famille qu'il s'était chargé de défendre; et il fallut tout le respect que son caractère imposait au monde, pour détourner de lui la supposition d'une vengeance préméditée contre ses persécuteurs. Mais l'histoire a dit avec raison que la résolution de Maxime était arrêtée d'avance. Il passa en effet les Alpes vers la fin de 387, il envahit l'Italie, s'empara de Milan et de Rome; et Justine et son fils, chassés de ville en ville, allèrent chercher un refuge à la cour de Théodose. Un César dévot et superstitieux ne vit d'abord qu'un châtiment du ciel dans la chute d'une princesse et d'une cour infectées d'arianisme, et il hésita à venger une famille à laquelle il avait dû son élévation. Mais la dévotion ne fut jamais antipathique à l'amour. S'il faut en croire Zosime *, les charmes de Galla, sœur du jeune Valentinien, firent plus que la reconnaissance, et après avoir fait consulter un moine égyptien qui lui prédit la victoire. Théodose ramena sa jeune épouse et sa famille en Italie à la tête d'une armée. Maxime et Victor son fils furent vaincus et massacrés. Yalentinien II remonta sur

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