I. Pallade, p
qui s'intéressaient à ses malheurs. D'autrei messages étaient adressés par lui à Aurélius de Carthage, à Jean de Jérusalem, à Euloge de Gésarée. Ces lettres étaient des adieux suprêmes. Le bruit qu'elles faisaient dans le monde importunait ses ennemis à la tête desquels l'histoire rencontre partout des évéques* Ceux d'Antioehe et de Cabales le trouvaient trop près de la Syrie. Ils sollicitèrent son élolgnement, et AroadiUs, l'éternel instrument de leur colère et deA vengeances d'Ëudoxle, le fit transporter à Pythionte» sur les bords du Pont-Euxin. Mais il n'arriva point jusqu'à cette nouvelle prison... Un voyage de trois tnois, à pied, tantôt sous des torrents de pluie, tantôt sous un soleil ardent qui brûlait sa tète ehauve, épuisa le reste de ses forées. Miné par une fièvre dévorante, privé de tout soulagement par la barbarie de ses bourreaux, le tnartyr ne put dépasser la ville de Co* mane, ditns le royaume de Pont. Les cruels ne daigné^ rent s'ariréter que lorsqu'il s'affaissa sur lui-même, et une sainte mort le délivra enfin de leur présence et de seà tortures, dans la journée du 14 septembre 407. Enseveli d$ns i'dratoire qui contenait déjà les cendres de saint Basilique, soii corps né fut transporté que trente ans après à Constantitiople par Tordre de Théedese le Jeune, qui réparait les crimes de sa liière par oe téthoigiiage de vé-^ nération. Ronte réclama plus tard ses précieuses reliques et le Vatican en fut le dernier dépositaire.
Mais sa mort n'arrêta point la rage de ses persécuteurs. Le pape Innocent et toute l'Église d'Occident firent l<K)gtemps de vains efforts pour obtenir même la réhabilitation de sa mémoire qui devait grandir de sièc)e M ^i^^
aTec la gloire des chefs-d'œuvre d'éloqueace qu'il léguait à la postérité. Les Atticus^ les Théophile et leurs corn*plices résistèrent huit ans aux instances des Occiden-* taux, qui finirent par rompre toute communication avec eux. Un synode de Carthage tenta vainement de les réeon^ cilier. La mort même d'Arcadius, arrivée le 1*' mai 408^ n'apaisa point cette querelle. Ëudoxie mourut quatre ans après, et la disparition de cette impie adultère ne changea pas davantage les sentiments de ceux qu'elle avait ameutés contre le censeur de ses vices. Sa haine vivait toujours au cœur de Théophile \ et ce misérable s'achar^ nait comme un vautour sur le cadavre du martyr dont i) avait triomphé. Dans un écrit infâme publié après l'exil^ peut-être après la mort de saint Chrysostôme, Théophile l'appelait encore l'ennemi de l'humanité, le prince de^ sacrilèges. Il l'accusait d'avoir prostitué son âme au diable dont il était, disait-il, le disciple immonde ^ Les plus viles passions du cœur humain peuvent seules faire concevoir cet acharnement dans un débat où n'entrait aucune controverse religieuse; tout y était infâme, honteux, exécrable de la part des persécuteurs, La mort seule de Théophile put arrêter ce débordement d'injures et de calomnies. Il avait suivi de près son impératrice | et la réhabilitation de saint Chrysostôme fut commencée par Alexandre d'Antioche, qui, en succédant au persécuteur Porphyre, se hâta d'inscrire le nom du martyr dans les sacrés diptyques, Acaoe de Bérée suivit cet exemple ; Atticus lui-même, menacé par le peuple de Gonstan-
i. Facundus, Bermi., liy. VI, ch. v.
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tinople, céda enfin à la voix publique et aux conseils de son nouvel empereur. Cyrille, neveu et successeur de Théophile, fut le plus opiniâtre. Il ne se rendit que quatre ans après aux instances de ses suffragants, qui Taccusaient hautement de suivre plutôt les passions de son oncle que les intérêts de la chrétienté.
Ces évoques s'empressaient en même temps d'écrire à celui de Rome et à ceux des autres sièges d'Occident, qui se remettaient successivement en communion avec eux. Mais qu'en revint-il au siège romain en juridiclion et en autorité? Que lui rapporta ce concours d'évèques chassés de rOrient par les satellites de leur empereur? Rien qu'un hommage stérile^ un précédent sans valeur. La tourmente passée, les Orientaux reprirent leur ombrageuse indépendance. La modération d'Innocent aurait dû cependant affermir son autorité. Ses réponses, toujours concertées avec les évêques d'Occident, furent constamment modestes et réservées. Il appelle Chrysostôme son coopérateur et son frère. Il reconnaît les droits des métropolitains et leur trace seulement des règles de conduite à l'égard des évêques de leurs provinces. Innocent pousse le respect jusqu'à renvoyer devant Alexandre d'Antioche Acace de Bérée son suffragant, qu'il n'admet à sa communion que sur l'avis de son chef naturel. Il va même jusqu'à dire à Alexandre *, qu'Antioche'étant le premier siège du Prince des Apôtres, ne céderait point à Rome si cette dernière ville n'avait pas eu l'avantage de posséder jusqu'à la fin celui qu'Antioche n'avait possédé qu'en passant. On voit
i. Innocent, Ep» XVIII.
dans ce peu de mots rintérét qu'avaient lesi évéques de Rome à se rattacher à saint Pierre. Le titre de la ville éternelle n'est que secondaire aux yeux d'Innocent. Enfin son respect pour l'autorité des conciles et sa subordination à l'autorité impériale n'admettent ni le doute ni la contradiction, du moins jusqu'à cette époque.
Il y eut cependant une entreprise sur la puissance civile de la part d'un évêque; et je dois la citer, car elle sera imitée plus tard et servira d'argument à ceux qui voudront soumettre l'Empire au Sacerdoce et qui érigeront en privilèges toutes les tentatives de la puissance épiscopale. La ville de Bérénice, dans le Pentapole, était en 411 gouvernée par un certain Andronic qui, à l'aide d'un ancien geôlier nommé Thoas, en opprimait et ruinait les citoyens. Ce peuple désolé implore le secours de Synésius, évêque de Ptolémaïde dans le diocèse duquel se trouvait la ville opprimée. Les malheureux n'avaient point alors d'autre recours contre la tyrannie, et si le sacerdoce abusa plus tard de ce respect des populations chrétiennes, il est juste de reconnaître qu'à l'époque où nous sommes arrivés, son entremise leur fut souvent utile. Synésius, dont la trente^huitième lettre nous raconte cet événement, adressa d'abord quelques reproches à Andronic, mais celui-ci n'ayant répondu que par des injures et des menaces contre les prêtres, l'évéque lança l'excommunication. Il y enveloppa le geôlier Thoas et tous les parents ou domestiques du tyran. Il leur ferma les églises. Il exhorta les magistrats eux-mêmes à les chasser de leurs tables, à les retrancher de la société. Il défendit aux prêtres de les secourir au lit de mort, d'as-
ftist^ à leurs funérailles. Il fit part à tous tc9 évèques voisins de cet anathème, et déclara d'avance qu'il cesserait de communier avec ceux qui ne rejeteraient point les coupables. Tel était déjà l'ascendant du prêtre et Yétfet de ses excommunications, que le terrible Andronîc fléchit sous le poids de cette sentence, et qu'il sollicita le pardon de l'évèque. C'était plus que n'avait fait saint Ambroise à Tégard de Tfaéodose, qu'il s'était borné à pepousser de son église. Mais l'excommunication d'Andronic avait déjà toutes les conséquences que saint Ba* «ile avait attacha à ces arrêts du sacerdoce. La superstition les avait acceptées; et tout philosophe qu'il était, Syiiésius fit faire un pas de plus à la puissance ponti*ficale.
L'évèque de Rome n'était Jamais allé jusque-là. Le pupe Innocent condamne même sans le vouloir, sans le savoir peut-être, cet empiétement de l'évèque de Ptolétnatde, en proclamant dans une de ses décrétâtes * que ta puissance publique a été établie et armée par Dieu pour la répression des crimes; et ces mots renferment la réprobation anticipée des Papes du moyen âge, qui s'armeront eux-mêmes du glaive, pour châtier des résistances <iu'ils érigêfTont en attentats, au nom d'un Dieu qui a si hautement séparé les ém\ puissances. Hais au temps d'Honorius la puissance civile se montra partout absolue, inciWïtestée ; et oe n'est pas à im prince aussi faible qu'il faut en faire honneur, c'est aux ministres qui le dominent lui-même. A l'exemple de tous les Césars,