iDpoc., EpUUX&Tf et XXV. Ann
défenseurs de ses prérogatives. Les lettres d'Innocent ne changèrent rien à leurs habitudes. Ils continuèrent leurs assemblées sans prendre l'avis de Tévêque de Rome, comme nous le verrons bientôt dans l'affaire des Pélagiens et surtout dant celle d'Apiarius. On ne trouve pas encore une seule province d'Orient qui se soit soumise à ces commandements du siège romain. L'immense concours des Orientaux dans la ville éternelle à 'propos de saint Chrysostôme ne produisit point ce résultat. Le métropolitain de l'Occident n obtint des Orientaux aucun acte d'obéissance. Les deux Églises marchèrent comme auparavant, tantôt d'accord, tantôt en hostilité, mais toujours séparées; et l'hérésie pélagienne va nous en fournir de nombreux témoignages.
La source de cette hérésie est cachée dans les écrits d'Origène et même dans le plus orthodoxe de ses ouvrages. En défendant la religion .chrétienne contre un philosophe du nom de Celse, il avait dit que parmi les questions difiiciles à résoudre par l'esprit de l'homme, on devait compter surtout l'origine du jnal. Cent cinquante ans après, le maître d'éloquence de saint Chrysostôme, Théodore, devenu évêque de Mopsueste, s'empare du doute d'Origène et résout la question, contrairement aux opinions reçues, en niant le péché originel et l'immortalité primitive du premier homme que ce péché aurait détruite. C'était heurter de front cette parole de saint Paul : que le péché était entré dans le monde par un seul homme en qui tous avaient péché. La doctrine de Théodore est apportée à Rome par Rufin le Syrien, son disciple, qu'il ne faut pas confondre avec le traducteur
d'Origène. Mais ce disciple n'ose pas la prêcher ourertement. Elle est recueillie par un jeune Anglais nommé Morgan qui venait de latiniser son nom en adoptant celui de Pelage, et qui, tout en conservant l'habit des laïques, avait embrassé la vie austère des moines. Ce Pelage, qui donna son nom adoptif à cette hérésie, n'en fut pas encore le plus ardent pr'édicateur. Un moine de noble origine, nommé Gélestius^ qu'on fait naître tantôt en Ecosse ou en Irlande, tantôt dans laCampanie, puisa cette doctrine dans les entreliens de Rufin et de Pelage, et mit à la propager plus d'audace et de talent que son maître ou son ami. Ils comptaient déjà de nombreux prosélytes dans Rome, quand le terrible Alaric fondit sur l'Italie. Pelage et Gélestius s'enfuirent à l'approche des Goths, passèrent en 409 dans la Sicile, et gagnèrent en 410 les plages d'Hippone et de Carthage. Il n'est plus question du Syrien Rufin. Ses deux disciples restent seuls en scène. Us professent que le péché d'Adam n'a nui qu'à lui-même, et que sa race n'en porte point la peine, qu'il était en naissant sujet à la mort, que nous venions au monde sans péché originel, que par conséquent nous n'avions besoin ni du baptême pour nous régénérer, ni de la résurrection du Christ pour ressusciter nousmêmes, que la loi de Moïse menait au salut comme la loi nouvelle, que les enfants non-baptisés n'étaient pas moins sauvés que les autres, qu'enfin le secours de Dieu ou la grâce était inutile aux hommes pour bien faire.
On ne sait comment s'était formé ce corps de doctrine et ce qu'y avait apporté chacun des docteurs dont nous
avons établi la succession. Mais ce qu'il faut remarquer,
c'est que, sur tous les autres points de la doctrine ecclésiastique, ils s'étaient montrés partout les plus éloquents défenseurs de l'orthodoxie. Pelage surtout s'était acquis par ses écrits l'amitié de saint Paulin, évêque de NôIe, et celle de saint Augustin, qui devait être plus tard son plus vigoureux adversaire. Ses propositions étaient en effet contraires à l'opiniondes premiers docteurs de l'Église, qui enseignaient qu'avec toutes les forces de son cœur et de son esprit, l'homme était incapable de corriger la perversité de son origine, si la grâce divine ne venait à son secours. Le clergé de Carthage s'émut des prédications de Gélestius, dont .Pelage s'était séparé en 411 pour aller prêcher en Palestine. Le diacre Paulin, l'ancien secrétaire, le biographe de saint Ambroise, se fit l'organe des prêtres africains, et dénonça ces hérésies à leur évêque Aurélius. Un nouveau concile fut assemblé sur-le-champ; et Gélestius, interrogé, combattu par Paulin, fut condamné d'une voix unanime. Le cardinal Noris a affirmé, treize siècles après, dans son Histoire du Pélagianisme^ que Gélestius appela de cette sentence à l'évêque de Rome, tandis que le calviniste Bruys révoque cet appel en doute dans son Histoire des Papes *. Dans tous les cas cet appel n'eut aucune suite. Innocent avait Alaric et Astolphe sur les bras, et c'était assez pour lui. Gélestius s'enfuit à Éphèse, et avant que la sentence de Garthage y fût connue, il séduisit l'évêque Héraclide en déguisant adroitement son hérésie, et se fit ordonner prêtre.