‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 85 sur 150 · S. Jér., îÀaX · texte numérisé non relu

S. Jér., îÀaX

tiques se rue sur Bethléem, pille et brûle les monastères de cette ville, envahit la retraite de saint Jérôme, dévaste la demeure de sa nièce, sainte Paule, de la vierge Eustochia, son élève, massacre leurs domestiques, égorge un diacre qui lui est dévoué, et force le saint vieillard luimême à se réfugier dans une tour.

Au milieu de ces désordres arrive des derniers confins de l'Espagne un jeune prêtre nommé Paul Orose, qui est chargé par deux évêques de cette province de FOccident de soumettre à saint Augustin les erreurs dont Priscillien a rempli cette contrée. Orose était dans toute Tardeur de la jeunesse; après avoir rempli son message, il s'anime au bruit de l'hérésie pélagienne, il se fait le courrier des deux illustres défenseurs de la foi. Il va d'Hîppone à Bethléem, il passe à Jérusalem pour assister à une conférence où Pelage doit être examiné de nouveau. Cette conférence s'ouvre au mois de mai 418. Orose y combat l'hérésiarque, mais ses paroles sont perdues. Les deux antagonistes parlaient latin à un prêtre qui n'entendait que le grec; et l'interprète qu'il avait choisi lui rendait si mal les arguments du jeune Espagnol, que certains assistants, réfugiés sans doute de l'Italie, faisaient entendre des murmures. Mais l'évêque Jean ne conccr vait pas, ou ne voulait peut-être pas concevoir la guerre qu'on faisait à son protégé. Orose s'avisa enfin le premier qu'il y avait à Rome un pontife qui parlait latin, que Pelage, Célestius et lui-même appartenaient à l'Église latine. Il demanda que l'affaire y fût déférée, qu'elle y fût apportée par deux députés et qu'on s'en remît à la décision d'Innocent. Il y avait douze ans que durait cette '

dispute; et quoi qu'en ait dit le cardinal Noris, personne, pas même saint Augustin, n'avait songé à en appeler à l'évéque de Rome. Jean de Jérusalem consentit à cet appel qu'il n'était pas bien décidé à suivre, car il chercha querelle à Orose sur les incidents de cette conférence, et peu de temps après, au mois de décembre de la même année, il porta i'aifaire au concile de Diospolis sans attendre la décision de «on frère de Rome.

Ge concile, ouvert le 20 décembre 415, n'était composé que de quatorze évêques que présidait Euloge de Gésarée. Deux évêques gaulois avaient été la cause ou le prétexte de sa convocation. Ëros, disciple de saint Martin de Tours, et regardé lui-même comme un saint personnage par Prosper d'Aquitaine, avait été chassé du siège d'Arles par le pape, à l'instigation du maître de la Milice, Constantius, qui lui avait fait substituer son ami Patrocle. L'autre, nonmié Lazare, avait été sacré évêque d'Aix par Proculus de Marseille, auquel le concile de Trêves avait laissé pendant sa vie ce privilège de métropolitain. Mais à la mort du tyran Gonstantin, son protecteur, il avait été chassé par une faction rivale. L'évéque de Rome avait, i ce qu'il paraît, approuvé ou toléré cette déposition; et les deux prélats destitués étaient venus chercher des appuis en Orient, comme tant d'autres en avaient cherché, à Rome contre des disgrâces sem* blables. Pour plaire sans doute aux ènfiinents docteurs qui pouvaient les servir, ils s'emparèrent de la querelle du jour, dressèrent un Mémoire contre Pelage et ses disciples; et c'est oe Mémoire, appuyé par une nouvelle dénoadalîon du diacre Paoltn, qui fit assembler œ oon-

cile de Diospolis où furent appelés l'hérésiarque et ses adversaires. Mais Pelage y comparut seul. Ni Eros, ni Lazare, ni Paulin, ni Orose ne vinrent soutenir l'accusation; et saint Augustin fait entendre * que Févêque Jean de Jérusalem, partisan de l'hérétique, ne fut pas étranger à leur absence. Pelage n'eut donc à lutter que contre un Mémoire écrit en latin par les deux évêques gaulois et que n'entendait aucun des juges. Il prouva la régularité de ses mœurs, la pureté de son zèle par les témoignages irrécusables de plusieurs prélats d'une piété reconnue, et par une lettre que saint Augustin lui-même lui avait écrite deux ans auparavant. A ces attestations l'évêque de Jérusalem ajouta la manifestation de sou estime particulière et la violence de ses emportements contre les accusateurs. Les subtilités de l'hérésiarque achevèrent son triomphe. Il fut absous tout d'une voix, et le concile de Diospolis proclama qu'il ne pouvait être sans injustice retranché de la communion des fidèles.

A la nouvelle de cette décision, que Pelage a l'impudence d'adresser à saint Augustin, l'évêque d'Hippone met bas tous les ménagements. Il se rend au concile annuel de Garthage; Orose y apporte en même temps le Mémoire d'Eros et de Lazare. On y reproduit les actes du concile de 41 2 qui a prononcé la condamnation de Célestius; et une nouvelle sentence, souscrite par soixantehuit évêques, frappe les deux chefs de la doctrine pélagienne. Soixante-un prélats de Numidie s'étaient assem blés à Milève dans cette même année 416; et une même

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