‹ Histoire de la puissance pontificaleChapitre 90 sur 150 · Àug., EpUt CGXXIX, CCLXII · texte numérisé non relu

Àug., EpUt CGXXIX, CCLXII

C'était sans doute un ménagement pour Tévèque de Rome, et saint Augustin, qui savait à quoi s'en tenir sur la fausseté de la citation^ voulut peut-être donner aux légats le temps de se rétracter et sauver à Zosime Tamertume d'une éclatante défaite. Les cardinaux Bellarmin, Baronius et Noris sont fort embarrassés de cette action de Tévêque de Rome et de ses légats. Us disent que le pape avait confondu les canons de Sardique avec ceux de Nicée, et allèguent que les Latins citaient indifféremment les uns pour les autres. Ces trois historiens commettent à leur tour une erreur volontaire, car dans une autre assemblée tenue à Carthage au mois de mai 419, les légats de Rome distinguaient fort bien les conciles en citant le quatrième canon de Sardique, en vertu duquel les prêtres condamnés par un évêque pouvaient, en l'absence de leur métropolitain, en appeler aux évêques voisins. Mais on ne pouvait arguer ici de l'absence du métropolitain de Carthage, et il était difficile d'attribuer à un évêque d'Italie le titre de voisin, quand il s'agissait d'un évêque de la Mauritanie Césarienne. On ne dit pas que l'observation en ait été faite. Il y a une grande confusion dans le récit de cette querelle, et c'est seulement par un examen approfondi de la réponse définitive des Africains qu'il est possible d'en expliquer les incidents.

La transaction ou plutôt la concession provisoire du synode de Carthage fut de sa part fidèlement exécutée; et saint Augustin donna une nouvelle preuve de sa déférence à l'occasion d'un nouveau débat qui surgit pendant l'examen des actes de Nicée. Ce nouveau débat fut suscité

par un jeune prélat nommé Antoine qu'Augustin avait donné pour évêque à la petite ville de Fussale en Numidie. Ce jeune homme avait surpris la confiance de Tévêque d'Hippone qui l'avait fait élever dans un monastère; mais ses vices, ses exactions avaient causé un tel scandale, que les évêques de la province s'étaient hâtés de le déposer ; et, comme Apiarius, il en avait appelé à l'évêque de Rome. Saint Augustin voulait prévenir les suites de cet appel qui pouvait envenimer un débat qui n'était pas encore vidé; il écrivit au pontife romain pour le prier de ne pas renvoyer à l'Église de Fussale un évêque déposé pour ses crimes. Il témoignait un profond regret de l'y avoir nommé lui-même. Ce qui par parenthèse atteste que tout évêque avait droit d'en nommer un autre sans que l'ordination donnât à l'ordinant la moindre autorité sur celui qu'il avait consacré. Cette lettre de saint Augustin ne fut point reçue par Zosime qui était mort le 26 décembre 418, ni par soh successeur Boniface que la mort avait également emporté; mais par le pape Célestin qui avait succédé à Boniface. On voit par là que le contrôle des exemplaires du concile de Nicée avait pris déjà beaucoup de temps, mais il avait été terminé pendant quela lettre de saint Augustin voyageait vers Rome. Les évêques de Constantinople et d'Alexandrie avaient enfin envoyé des copies des exemplaires que possédaient leurs Églises. Il fut démontré à tous les yeux que ces exemplaires ne contenaient point le canon sur lequel Zosime et ses légats avaient fondé leurs prétentions, et une expédition de ces actes fut adressée à i'évéque de Rome.

Ce fut Gélestin qui les reçut, et il n'en tint aucun compte. Il prononça immédiatement Tabsolution d'Apiarius, et le renvoya en Afrique sous la protection de son légat Jaustin qui l'avait prévenu des dispositions hostiles du synode de Carthage. Les évêques africains furent révoltés, en effet, de cette décision; ils se rassemblèrent sous la présidence d'Aurélius et de Valentin, primat de Numidie; et aucune considération n'arrêta l'explosion des ressentiments qu'ils avaient contenus pendant plus de quatre années. Le nouveau concile fit comparaître Apîarius, lui arracha l'aveu de ses crimes, et sans égard pour la décision de Rome, confirma l'excommunication du prêtre de Sicque par un vote unanime. On s'écria qu'il ne fallait plus tolérer ces appels à l'éveque de Rome ; et une lettre synodale, dont la date est incertaine, mais dont le texte ne l'est point, anéantît d'un coup toutes les prétentions que le saint-siége avait élevées depuis le pontificat de Jules.

Il est juste de dire que saint Augustin ne prit aucune part à ce concile et à ses décrets. Mais ses collègues passèrent outre et s'établirent sur un pied d'égalité avec l'évêqûe de Rome, en lui donnant cette fois le titre de Cosacerdos, i Votre Sainteté, disent-ils, ne peut rétablir » ceux qui ont été excommuniés dans leurs provinces : » et vous devez repousser les prêtres qui ont la témérité » de recourir à vous. Les décrets de Nicée ont soumis » les évêques eux-ïnêmes à la juridiction des métropoli- » tains. Ils ont justement ordonné que toutes les affaires » ecclésiastiques fussent terminées aux lieux où elles » avaient pris naissance, la force et la lumière ne man-

» quent nulle part aux évêques pour les juger; et aucun » d'eux n'a reçu du ciel à cet égard aucune grâce parti- » culière. Le jugement d* outre-mer peut-il être sûr,

» privé qu'il est des témoignages les plus nécessaires? 1 Quant à vos légats, il n'y a pas de concile qui nous ait » obligés de les recevoir. Dispensez-vous à l'avenir de » nous en envoyer, car nous n'avons vu dans les actes » de Nicée rien qui vous y autorise. Apiarius a été con- » vaincu et condamné par nous; et nous espérons que » l'Afrique ne sera plus obligée de le supporter. » Cette lettre rétablit tous les évêques dans l'indépendance que saint Cyprien leur avait attribuée, mais rien ne marque plus l'esprit de suite, la ténacité du saint-siége dans ses prétentions, que la solidarité acceptée par les trois pontifes dans un débat soutenu d'abord par un mensonge et terminé par une défaite assez éclatante. Ajoutons que l'affaire d'Antoine de Fussale se perdit dans le tumulte de cette décision et dans l'éclat de ce manifeste.

Je n'ai point voulu mêler à ce procès le récit des désordres qui avaient troublé l'élection de Boniface ; mais son avènement et son pontificat furent accompagnés d'incidents que je ne peux passer sous silence dans l'intérêt de la puissance impériale. A la mort de Zosime, le peuple et le clergé de Rome s'étaient partagés entre deux compétiteurs. L'archidiacre Eulalius, soutenu par le préfet Symmaque, avait été sacré par Tévêque d'Ostie, dans la basilique de Latran dont son parti s^étaiit rendu maître par la violence. Le même jour, 29 décembre 448, neuf autres évêques et un grand nombre de prêtres avaient intronisé Boniface dans l'église dé Saint-Marcel, malgré

les menaces du préfet. Force fut d'en référer à l'empereur Honorius; et celui-ci, prévenu par Symmaque, décerna d'abord la papauté à son protégé Eulalius^ Mais les adhérents de Boniface lui ayant inspiré quelques doutes sur la validité de l'élection qu'il avait approuvée, il revint sur sa décision; et, pour examiner plus mûrement les raisons des deux compétiteurs, il leur enjoignit de venir plaider leur cause devant lui dans sa résidence de Ravenne. Il leur défendit en même temps de rentrer dans Rome avant sa décision, déclarant que celui qui enfreindrait cette défense serait par cela même déchu de tous ses droits. Ceux d'Ëulalius paraissaient incontestables, il avait été ordonné par le consécrateur habituel des pontifes romains, il avait pour lui l'édit du 3 janvier, la protection du préfet Symmaque, il avait officié dans la basilique de Saint-Pierre, le jour des Rois, et s'il eût su attendre, il est probable qu'il l'aurait emporté. Mais il crut qu'une prise de possession équivaudrait à un droit aux yeux d'un empereur qui n'avait de volonté que celle de ses ministres; et il osa reparaître dans Rome pour célébrer la fête de Pâques. Cette témérité le perdit. Symmaque exécuta les ordres de son maître et chassa Eulalius de son église. Honorius, qui avait convoqué un concile pour juger le différend, n'attendit plus l'arrivée des évêques, et par un nouvel édit, rendu le 3 avril, vingt-sept jours avant l'ouverture de ce concile qui fut immédiatement contremandé^, il adjugea le siège de Rome à Boniface.

i. Rescrit du 3 janvier 419.

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