‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 110 sur 166 · I. Cic. ad. Alite., lib. VU. epist. xu · texte numérisé non relu

I. Cic. ad. Alite., lib. VU. epist. xu

fois, dans le cours de son ouvrage, que si j'avançais d’un pas de plus contre Phalaris, j'aurais à soutenir un duel à mort : généreuses menaces contre un théologien qui n’a jamais porté d’épée. Yoilà ce que j’appelle un phalarisme. » Cette fois, dit Monk, la victoire de Bentley fut complète ; il resta maître du champ de bataille. Ses adversaires promirent toujours de lui répondre et ne tinrent pas leur promesse L’opinion se retourna du côté de Bentley avec autant de force qu’elle s’était prononcée contre lui , et l’on comprit enfin que c’était lui, et non ses adversaires, qui défendait l’antiquité. Mais combien le public fut long à ouvrir les yeux ! Que de savoir, d’esprit, d’éloquence, dépensés par un seul homme, pour vaincre l’illusion de son temps ! Et, aujourd’hui, de cette polémique célèbre, que reste-t-il? un chef-d’œuvre de controverse, mais un de ces chefs-d’œuvre qu’on admire par tradition et qu’on ne lit guère, parce que l’intérêt du sujet n’est pas à la hauteur du talent qui s’y déploie. Toutefois, la discussion n’eut pas pour effet unique de démontrer que les Lettres de Phalaris sont une fiction littéraire; c’eût été un médiocre honneur pour la polémique de Bentley. Ses dissertations spirituelles et savantes apprivoisèrent à l’érudition la société polie, et lui firent goûter la critique appliquée aux ouvrages des anciens. Elles furent une leçon utile pour les écrivains qui parlaient de l’antiquité sans la connaître, un avertissement de ne pas admirer sur parole, d’étudier, avant de se prononcer, et de remplacer l'enthousiasme banal de l’école par un examen personnel et réfléchi. Voilà le service rendu et à la littérature et aux gens du monde par ces admirables pédants dont les gens du monde se moquaient. Voilà pourquoi nous devons honorer la mémoire de Bentley, assez savant pour soumettre les œuvres des anciens à l’examen d’une critique pénétrante, et assez spirituel pour faire aimer ces sévères études au public lettré de son pays.

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