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CHAPITRE II

Houdard de La Motte : Discours sur la poésie. — Traduction en vers de l'Iliade. — Discours sur Homère. — Réponse de Mme Dacier. — Des causes de la corruption du goût. — Réplique de La Motte : Réflexions sur la critique.

Si l’on acceptait sans réserve le témoignagne de Fontenelle, de Mme de Lambert et de l’abbé Trublet, on prendrait

I. V. Creuzer, Relig.de l'ant. , l. II, p. 37 1 , trait, de M. Guigmault.

La Motte pour un des plus beaux génies qu’ait jamais produits la France en philosophie , en éloquence et même en poésie. Si l'on en croyait La Harpe, on le tiendrait pour un faiseur de paradoxes, pour « un esprit toujours faux dans les matières de goût. » La vérité se trouve entre ces deux jugements. La Motte n’est ni un philosophe, ni un orateur, ni surtout un poète; c’est un esprit tin, varié, le plus souvent raisonnable, et qui ne cesse d’être juste que lorsqu’il veut excéder la justesse, en appliquant la rigueur de la logique à des objets qui ne la comportent pas. C’est , comme Fontenelle, un de ces poètes-géomètres pour qui la poésie n’est que l’art de rimer des raisonnements et de cadencer la prose. On s’est étonné que La Motte, auteur d’opéras, de tragédies et d’odes qui lui avaient ouvert l’Académie, ait, en attaquant la poésie, travaillé lui-même à diminuer sa renommée. La Fayc, dans une ode dont une strophe est restée célèbre, se plaint qu'il déserte l’Hélicon. Mais La Motte ne s’était jamais élevé bien haut sur l’illustre montagne, et il se retrouva tout naturellement, et presque de plain-pied, dans la plaine. En effet, si la poésie n’est que de la prose mise en vers, c’est un art plus pénible qu’important, plus puéril qu’ingénieux ; et il y a toute facilité et tout profit à redescendre de la prose rimée à la prose sans rimes. La Motte avait un axiome : « La prose peut dire plus exactement tout ce que disent les vers, et les vers ne peuvent pas dire tout ce que dit la prose '. » Il le confirma par un exemple éclatant, en adressant au cardinal de Fleury une ode en prose qui devait, disait-il, s’élever sans effort aux beautés les plus sublimes de la poésie : « Fleury, respectable ministre , aussi louable par tes intentions que par tes lumières, aussi cher à ton roi qu’à son peuple, et précieux même à tous nos voisins; toi à qui les poètes sont inutiles parce que l’histoire se charge de ton éloge.... » La Motte, le Pindare en prose de M. de Fleury ! Le hasard a bien de l’es-

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