‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernesChapitre 13 sur 166 · I. Liv. VI · texte numérisé non relu

I. Liv. VI

a dit un des sages du calvinisme, M. Vinet, devient es- i sentiellement meilleur, il ne faut plus parler de chule ni | de rédemption. Celte seule pierre arrachée fait écrouler la voûte '. »

La distinction entre le dogme de la chute et celui de la rédemption nous aide encore à expliquer certaines dispositions diverses que, dans le cours de son histoire, le christianisme a témoignées à l'égard de l’antiquité classique. Malgré les efforts des plus grands hommes du christianisme pour tout accorder dans un juste équilibre, il y a toujours eu dans son sein deux esprits opposés : l’un, plus austère et plus triste, qui procède surtout de l’idée de la déchéance originelle ; l’autre, plus consolant et plus doux, qui s’attache surtout à la rédemption. Selon qu’on est plus vivement touché de l’un ou de l’autre dogme, on arrive à exagérer ou la misère de l’humanité déchue, ou la grandeur de l’humanité rachetée. Ces deux esprits divers sont représentés dans le christianisme, à toutes les époques de son histoire. Leurs représentants les plus récents et les plus illustres sont les jansénistes et les jésuites ; les uns, aggravant le péché originel, et considérant surtout la sévérité du Père, les autres, étendant outre mesure le bénéfice de la rédemption, et se fondant surtout sur la miséricorde du Fils. De ces deux manières d’envisager l'homme, soit dans la misère de son péché, soit dans la gloire de son rachat, résultent deux manières d'apprécier ces fruits de la pensée humaine qu’on appelle les lettres '. L’école austère du christianisme les dédaigne, ou du moins n’a pour elles quelque estime, qu'alors / que le christianisme les a purifiées. Les jansénistes se sont servis de l’antiquité pour l’éducation, mais avec défiance. Ils méprisent l’art. C’est à leurs yeux une faiblesse mondaine, , presque un péché. De Maistre s’est moqué, sans retenue, de leur désintéressement littéraire et de leur amour de l’ano-

1 . L'Education , la Famille et la Société, p. 393. Paris , 1 855.

2. Voy. M. Sainte-Beuve, Uitt. de Port Royal, liv. IV, chap. i.

nyme En poussant plus loin, si l’on allait jusqu’aux protestants, on trouverait Luther qui, à ses débuts, aurait volontiers brillé la littérature païenne tout entière. Mais les jésuites, plus doux, plus cléments que les jansénistes pour l'homme et pour l’esprit de l’homme, ont aimé les lettres païennes, et ont travaillé sans relâche à établir un chemin couvert entre l’antiquité et le monde chrétien. Us cherchent à réconcilier, comme ils peuvent, l’esprit païen et l’esprit chrétien, et dans leurs œuvres littéraires, ils les gâtent souvent l’un par l’autre. Dans ces poèmes où le merveilleux chrétien donne la main à la mythologie antique, on ne sait quoi ce mélange offense le plus, de la piété ou du goût. Nous verrons même plus loin comment les jésuites, par la façon dont ils ornaient et gâtaient les anciens, ont contribué, pour leur part, à la révolte des modernes.

Mais ces deux esprits du christianisme se marquent mieux encore dans la querelle de l’abbé de la Trappe et des Bénédictins, M, de Rancé, converti et portant jusque dans la piété la fougue qui avait troublé sa jeunesse, avait rétabli dans^ les maisons de la Trappo toutes les rigueurs de l’ancienne discipline, abandonnées depuis longtemps. Il avait ramené l'abstinence, la loi du silence, les couches dures, la pauvreté et les humiliations, les jeûnes et la pénitence. Mais ce n’était là que la réforme du corps : Rancé voulait réformer l’esprit. Il supprima les études, même celle de la théologie, et ne permit à ses religieux que la lecture prescrite par saint Benoit, celle de l’Écriture, des Vies des saints, et des ouvrages des Pères qui traitent des devoirs monastiques. Dans son traité de la Sainteté des devoirs de la vie monastique, qu’il ne voulait jvas publier, de peur de soulever contre lui tous les ordres religieux, il avait essayé de justifier ses réformes, et de laisser à ses frères, après sa mort, un tableau fidèle de leurs obligations. 11 fut forcé do le donner nu public par les

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